28 juillet 2021

Un jour de répit pour la fête.

C'est ton présent ? 


J'ai relu hier soir notre première dispute. C'était douloureux comm une rage de dents. C'était le 5 avril 2018. C'était déjà si tôt. C'était déjà la même chose. Tu vomissais de haine que je ne t'aime plus. Tu m'as parlé comme à de la merde. 
Tu
As
Eu
Tord.

As-tu aimé quelqu'un qui t'ignore, qui te ment, qui te recouvre de silence ?
As-tu respiré mon haleine quand je crachais les derniers moceaux de toi ? As-tu été assis à côté de moi, ce soir, où tu m'as dit au téléphone, ivre et vulgaire : "non je ne vais pas venir, Polina, vaut mieux pas" ? C'était toi qui a vendangé mes cernes, ce soir-là ? 

Je pleure.
et si tes yeux passent par ces lignes sache que je meurs chaque matin avec tes SMS, et chaque nuit sans tes baisers.
Tu m'as rendue inexistante.
J'ai vingt-neuf ans et je voudrais mourir demain au pied de l'immeuble où l'on faisait l'amour, où je te criais dessus, où il y avait encore des battements d'ailes, où je n'étais pas certaine de me relever demain.

Je vomis. Je vomis notre monde. Je vomis ta honte. Je vrombis ma ronde. Je ne serai plus là demain. Je me sens désolée. Tu m'as désossée. 

On mangera les restes, 
À chacun sa faim.

26 juillet 2021

Cent ans de solitude.

La maison baigna dans l'amour. Aureliano l'exprima en poèmes sans début ni fin. Il les rédigeait sur les parchemins rugueux dont Melquiades lui faisait cadeau, sur les cloisons des bains, sur la peau de ses bras, et partout, transfigurée, apparaissait Remedios : Remedios dans l'atmosphère soporifique de deux heures de l'après midi, Remedios dans la respiration feutrée des roses, Remedios dans le secret clepsydre des perce-bois, Reme dios dans la vapeur du bain à l'aube, Remedios de toutes parts et Remedios à jamais. Rebecca attendait l'amour vers quatre heures de l'après-midi, brodant près de la fenêtre. Elle savait que la mule du courrier ne passait que tous les quinze jours mais elle ne cessait de l'attendre, persuadée qu'un jour ou l'autre, elle allait arriver par erreur. C'est tout le contraire qui se produisit : une fois, la mule ne vint pas à la date prévue. Folle de désespoir, Rebecca se leva au milieu de la nuit et s'en alla au jardin manger des poignées de terre avec avidité, à s'en faire mourir, pleurant de douleur et de rage, mastiquant la chair tendre des vers et se brisant les molaires sur les coquilles d'escargots. Elle vomit jusqu'au petit matin. Elle sombra dans un état de prostration fébrile, perdit connaissance et son cœur s'épancha en divagations sans pudeur. Ursula, scandalisée, força la serrure de la mal lette et trouva tout au fond, nouées de faveurs couleur de rose, les seize lettres parfumées, les squelettes de feuilles et de pétales conservés dans de vieux livres et les papillons naturalisés qui, au premier contact, se changè rent en poussière.

Gabriel Garcia Marquez - Cent ans de solitude

05 juillet 2021

Le plus grave des cancers.

Elles sont arc-en-ciel toutes nos photos...
Mes chemises à fleurs, tes yeux bleus, la verdure de la Corse, la serre aux papillons avec les queues de chat fushias, ta peau rouge, mon sourire jaune, ton regard noir, le ciel gris de Vienne, les peintures dorées de Klimt, la peinture argentée des caravanes, les lumières qui scintillent jusqu'à l'aube, tes souvenirs qui clignottent dans le rétroviseur de ma vie.

Tu as l'âge que tu as et moi je me sens sans années, molle et malléable au gré des belles paroles et des soirées trop longues. Comme si le temps se déformait et que je ne pouvais plus me greffer sur une des courbes qui m'emmènerait quelque part dans le futur. C'est sinusoïdal, comme tu disais.

Et je te lis chaque jour.

04 juillet 2021

Vendredi sale.

Je marche rue Tourtille.
Mon sac me déséquilibre.
Il n'y a pas de voitures, les terrasses de cafés dégoulinent sur les pavés,
les enseignes graffitées se répondent en couleurs, et le soleil joue à cache-cache dans les reflets des baies vitrées.
J'ai les aisselles moites, je mâche mon chewing-gum en entrouvrant la bouche un peu comme une pétasse des années 2000. Je me sens insolente, exténuée, au bout du rouleau.
Mes lunettes de soleil aux verres fumés ajoutent un peu de gaieté à la puanteur parisienne de ce vendredi soir. 
Ça sent la bouffe chinoise, mes pieds couinent dans mes Converse, mon utérus s'effrite à l'unisson avec mon humeur.
Je marche en quête d'une bière, d'un baiser sur la joue, d'une main sur ma hanche.
J'attends un message de cette nana, en attendant j'en envoie mille autres, à ces autres personnes qui me frôlent, me bercent, me baisent, me font respirer.


* * *


J'ai embrassé une douzaine de shoots ce soir-là. Ravagée, étalée, les pensées écartelées. Ma dignité en vrac dans la cuisine d'Ivry, ma cervelle en lambeaux dans mon crâne, encore ivre, morte de rire d'être encore en vie. D'avoir autant aimé et détesté cette semaine à la fois. Les montagnes russes. Sûrement le changement de dosage des médicaments. Ou un début de burn-out. Ou une miette de bonheur, qui s'est glissée entre deux incisives de la vie.

27 juin 2021

Noces de muguet.

Te retrouver, te sourire, te parler, te regarder, toi et ta peau bronzée. Te serrer dans mes bras.
On a tellement grandi, Jude. Mais nous sommes toujours aussi beaux. Restons le cent ans encore. Je nous aime tendrement. 

25 juin 2021

Questions existentielle.

- Tu ferais quoi par amour ?

- je fermerais les yeux. Sur la fatigue. Sur le travail. Sur les copains. Sur le port de la Rochelle. Sur les mensonges. Sur les tromperies. Sur la douleur. Sur la peur. Sur l'égo. Sur ton dos. Sur demain. Sur la pauvreté. Sur les projets. Sur l'échec. Sur l'addiction. Sur le GR 20. Sur le bout des lèvres. Sûrement, mais lentement. Surtout pas.

22 juin 2021

My tribe is bleeding.

« Je suis un mec lambda. J'ai 31ans, suis ingénieur depuis bientôt 10ans. J'ai fait des études, j'ai obtenu mon bac avec mention. J'ai un poste de cadre,  je paie mes impôts, je fais des heures sup, je paye mon loyer, je vais au supermarché faire mes courses, je paye mes factures d'eau, d'électricité, je cotise, je vais voter. Pendant la semaine, je suis vu comme un citoyen modèle qui participe activement à la vie en société.

Mais quand le samedi soir arrive, je deviens leur "punk a chien", leur "déchet", leur "dégénéré", je fais partie de ce "ramassis de drogués et d'alcooliques" qui fait tant couler l'encre des journaux ces temps-ci. Je pourrais être ton fils, ta fille, ta cousine, ton neveu, ton voisin, je fais partie de ce mouvement aussi vieux que moi. Je suis Teufeur.

Le samedi soir je ne vais pas dans ce club ou tout le monde va. Où on te demande d'être bien sapé, bien coiffé, bien rangé, ou on te taxe de 10€ le droit d'entrer, où on te racket encore 10 balles pour un verre de bière coupé à l'eau. Je préfère aller dans un champ, dans un bout de forêt où dans une friche industrielle assister à un spectacle de son et lumière éphémère qu'une poignée de jeunes s'est cassé la tête pendant des mois à mettre sur pied bénévolement. Je préfère écouter un son qui me met en transe, qui me donne envie de tasser la terre sous mes pieds plutôt que les "tubes de l'été" aseptisés que fait passer en boucle le DJ du club. Je préfère me retrouver assis dans l'herbe, au petit matin, à m'émerveiller avec mes potes devant les paysages des Monts d'Arrée plutôt que d'attendre la fermeture de la boîte pour me faire jeter par le videur et assister hagard, à la parade des mecs bourrés. Je préfère rester dormir sur place dans mon camion plutôt que de prendre le volant ou de payer un taxi pour rentrer chez moi a 6h du mat'.

Enfin je fais partie, comme toi, de tous ces gens qui étouffent et qui ne vivent plus depuis bientôt un an et demi. Mais je n'aime pas le foot, alors je dois rester chez moi. Pas le droit de retrouver mes potes, pas le droit d'écouter ma Tekno. Alors oui je suis comme toi qui brave le couvre feu pour rentrer de chez tes amis, comme toi qui quitte Paname pour aller t'aérer en Bretagne malgré le confinement et même comme toi le ministre hypocrite qui participe a ses dîners mondains organisé par ses relations bourgeoises au dessus des lois. On a tous fraudé d'une manière ou d'une autre ces temps-ci. Face à de telles mesures liberticides, plus personne n'est innocent.

Ce weekend j'ai vu des images où mes semblables, des citoyens modèles comme moi, dégénérés a leurs heures perdues, se font matraquer, gazer, voler, mutiler. J'ai vu les hordes Macronistes brandir leurs marteaux, frapper les platines et faire tomber les murs de son dans l'illégalité la plus totale. Et je me rappelle des gros titres lors des émeutes à Hong Kong. Où les manifestants pro démocratie recevaient les louanges des médias français pour leur courage face à la tyrannie du pouvoir en place. Mais lorsque la tyrannie s'invite chez nous là, silence. C'est de la tyrannie "soft", de la tyrannie autorisée, sponsorisée par nos impôts. 

Le déchaînement de violence à l'encontre de notre mouvement ce weekend ne changera rien à mes habitudes. Demain je continuerai d'aller en teuf. Je continuerai de descendre dans la rue, de recouvrir les affiches du FN (pardon, du RN, c'est plus fédérateur, ça plaît plus aux jeunes à ce qu'il paraît) de messages antifascistes et libertaires et je continuerai de questionner l'ordre établi, de contourner les lois pour respirer, pour oublier mon quotidien morose, pour raver.

Un jour je partirai, mais d'autres prendront ma place. Ils n'aimeront peut être pas la Tekno, n'iront peut être pas dans les champs mais ils seront là pour défendre nos valeurs. Je souris en pensant qu'il y aura toujours quelqu'un pour mettre un caillou dans la botte du Pouvoir. Car si tout le monde rentrait dans le moule, si tout le monde marchait en rangs, la société serait stérile. Il n'y aurait pas de Rock, c'est la musique du diable. Il n'y aurait pas de Rap, c'est la musique des gangsters, pas de Reggae c'est pour les fumeurs de joints et pas de Tekno c'est pour les punks a chiens.

Donc ce weekend on a pris des coups, on a un genoux a terre mais on se relèvera pour faire ce que l'on fait de mieux : taper du pied.

Et si nos kicks arrêtent un jour de faire vibrer les campagnes, on gardera en nous la fierté d'avoir participé aux derniers souffles de liberté d'un pays en train de crever.

1312. Rave On. »

Kévin B.