29 août 2023

Disparition.

Je ne sais pas depuis quand, ni d'où ça vient mais je crois que je n'ai plus peur.
Pas de tout, évidemment. Mais des choses qui n'atteignent pas mon coeur.

25 août 2023

Submersion ou chute.

C'est là qu'on se rend compte qu'on est composé à plus de 70% d'eau. Le corps se liquéfie au contact de l'air. C'est comme si on était enrobé dans une fine couche de laine, quelque chose de doux et chaud, trop chaud, et qui endort. C'est la température des vacances ; c'est aussi celle de la détresse. Une alerte devant laquelle se boucher les oreilles est inefficace.

L'appartement est brûlant, ma mère ruissèle, les glaçons mis dans mon verre d'eau meurent en quatre minutes. La plus infime des brises, la nuit, a la saveur d'une gorgée de vin, c'est enivrant, et si frustrant : on voudrait en boire encore mais c'est la pénurie, les cuves sont vides, l'ivresse est courte, on est aussitôt saoulé par la chaleur immobile et monstrueuse. Comme si on se trouvait dans la gueule d'une immense créature qui respire fort et nous transperce par sa fétide haleine, celle des poubelles qui tournent en quelques heures dans la rue, celle qui émane des corps poisseux, de l'eau croupie, celle qui émane des arbres desseschés, des kebabs bon marché, celle qui se condense dans les effluves de bière qui s'échappent des bars mal climatisés.
La ville baigne dans cette subtile puanteur qui a la saveur de l'été mais qui dissimule mal l'angoisse du désastre climatique. On va à la plage mais on ferme les yeux sur le fait que la plage vient à nous ; le bord de mer avance chaque année, je cours matin et soir me submerger dans les vagues à peine tiédies, mais la distance jusqu'à l'écume se raccourcit chaque mois de juillet. Cela devrait sembler moins fatiguant mais dans les faits c'est carrément fatal.

Chaque éte je nage dans cette ivresse. Dans la vase érodée de Palavas-les-Flots, dans mes souvenirs de lycéenne insouciante qui bat les pavés de la Com', dans les bacs de sorbets de glace à La Banquise comme si c'était ça le planning idéal du repos. Ça peut l'être en effet durant quelques jours. Mais à plus grosse dose, c'est un endormissement, un lent  empoisonnement, une petite mort, une fissure qui semble si fine vue d'en haut mais qui est d'une profondeur abyssale si l'on s'engouffre dedans. 
Moi, je sautille par-dessus la fissure, tant que mes enjambées sont assez grandes, tant que la crevasse est surmontabke.
Un jour on tombera toustes dedans.
Et ce sera cuit,
littéralement.

09 août 2023

Les bâtisseurs.

J'apprends la construction. Le BTP de mes envies n'est pas si fou, j'ai des bases irrégulieres, et du ciment qui fond comme neige au soleil mais il suffit d'un plan bien établi pour qu'on ne dérape pas, pour qu'on ne s'écroule pas tous ensemble.
On a nos billets.
J'ai mes billes pour la suite.
Je veux aller loin mais la distance n'est pas invariable. Je peux dire stop ; je peux dire "encore", je peux parler, je peux me taire.

Mes envies sont légitimes.

Ça change pas mal la donne. Je suis présente, je suis dans le présent ; c'est un cadeau à moi-même au'on ne s'offre pas toutes décennies.
Je suis pauvre, aussi : appauvrie par mes angoisses, par les lanternes de vos promesses, par les creux de vos reins, par les abîmes de mes espérances.

Mais mes envies sont légitimes.

Je soufflerai sur la brûlure que laissera mon absence, je comblerai les trous de mes no shows par des selfies, je raturerai la ligne de l'accomagnateur en la relaçant par des petits coeurs. Je serai mon propre binôme.
À qui je parle, ici ? L'écho que j'entends me berce et me rassure, n'est ce pas un signe pour plonger là, dans le vide - ou plutôt : en plein dans le mille ?

Je retiens ma respiration.

La suite dépendra des requins.