18 novembre 2022

Compromis.

Je suis dure.
Je t'entends le penser. 
Je ne croyais pas que poser ses limites faisait tout autant mal que laisser les vannes ouvertes. J'ai la même boule au ventre, les mêmes larmes sur les joues, les mêmes peurs, mais sans la consolation de venir te les dire et redire et attendre de toi que tu fasses quelque chose. C'est la double peine des mêmes émotions déchirantes avec l'impression de mon indifference. 
Pourtant, oh, comme je ne m'en fiche pas, comme ça m'éreinte de te délaisser ainsi, de te fermer la porte, de ne pas te tendre la main, de ne pas pouvoir te serrer dans mes bras, de te dire ça va passer.
Ça va passer, c'est certain. Mais ça va recommencer, et je te ferai les mêmes supplications, les mêmes reproches, le même refrain et j'ai déjà fait ça tant de fois avant toi que je me suis essouflée en plein vol, en plein bonne volonté, en pleine preuve d'amour. Ça n'a rien donné : il n'y a jamais eu de renouveau, c'était le même schéma. Je sais désormais que si deux fois, trois fois, quatre fois ça ne change pas ça ne changera jamais et je ne serai jamais apaisée, jamais heureuse, jamais sereine. Je ne peux pas me projeter en me disant que c'est moi qui porte l'inquiétude, que c'est moi qui rappelle les différentes étapes, que c'est moi qui crie quand ça craint. J'ai rayé le disque, je me suis cassée la voix, j'ai passé des nuits à pleurer de désespoir, dejà, tant de fois. J'en ai encore le coeur bouffi, tu sais. Alors non, je ne laisserai pas passer. Parce que j'ai déjà perdu trop de moi-même, j'ai besoin de garder des bouts de moi intacts, le plus de bouts de moi possible, car beaucoup ont déja éte discéminés dans des promesses non tenues, des mensonges à rallonge, des faux espoirs. J'aimerais maintenant vivre et me construire entière, et m'entourer de personnes qui ne me prennent pas des petits bouts de moi simplement parce que c'est là, et non pas parce que ça leur importe. Je ne suis pas un puis inépuisable de prières et de compassions, je ne veux plus me laisser tarir, alors je prends le problème à la source, aussi glaçante soit-elle.

21 septembre 2022

La rentrée pas si mal(e).

Ça va toujours bien. Oui, c'est speed, imprévu, barbant, prenant, foisonnant et d'autres termes en -ant. Mais c'est comme ça chaque année. Et peut être celle-ci moins que les autres : j'ai arrêté de croire que la pression et les pressions sauveraient la face. J'y vais juste par à coups réguliers, sans prévoir que dans deux cent mètres il faudra bifurquer. La route est incessamment sinueuse, et d'autres horreurs plus graves qu'une d'autre de frappe ou un retard de livraison feront que la pilule de la vie est dure à avaler. Je ne sauvé pas des vies ; mis à part la mienne - je le dis rarement, car m'entendre le dire m'étonne moi-même : je suis heureuse au travail. Y'a plein de si. Vous aussi, vous devriez être payés davantage. Et votre chef devrait faire plus d'efforts pour vous soutenir sur ça et ça. Et puis les travaux de menuiserie dans le couloir, la collègue qui tousse, la cafetière qui fonctionne mal, les réunions dispensables qui enchaînent à une allure folle... C'est la même barbade pour toutes. La rentrée, les vacances, la fin d'année, le début de j'sais pas quoi, c'est pareil : jamais d'accalmie, jamais le temps de souffler un coup, assez fort pour se décrasser les poumons. Alors je souffle par à coups : ce soir, ce mardi après midi, demain peut être aussi. De toutes façons, que je le fasse ou pas, demain ça sera dur pareil. On me demanderai les mêmes choses ; je repousserai les mêmes projets au lendemain ; je ferai les mêmes bêtises ; je déjeunerai à la même heure.

J'ai décidé de racler à la petite cuillère chaque miette de douceur dans l'existence, depuis fin juillet. Alors on ne va pas partir le ventre vide si rapidement.
Je grossis à vue d'œil.

12 août 2022

Timer.

- Il nous rente pas beaucoup de temps, hein ?
- Non...

- Viens, on passe les meilleurs moments de la vie.

[Dialogue de sourds, dans mon cœur. J'ai dit oui.] 

31 juillet 2022

C'était mieux avant

- C'est délicieux, dit Rubinstein.
Nous mastiquons respectueusement, les yeux clos.
Le fracas lui fait rouvrir tout grand les yeux. Mon assiette a explosé en un millier d'éclats, des fragments volent à travers le restaurant comme des dents, rebondissant sur le sol là où j'ai précipité l'assiette de toutes mes forces, hurlant à pleins poumons, puis je m'effondre. La violence m'a rejeté en arrière sur la banquette. Ma main gauche dégoutte de quelque chose qui ressemble à du sang et à de la sauce. Elle est étalée sur la table. Mes doigts agrippent le formica, s'y enfoncent, tentent de s'y enfoncer, les ongles pliant et se brisant contre la surface comme un parapluie dans la bourrasque. Je n'arrive pas à détacher les yeux de ma main. Je la connais, mais j'ai oublié son nom. L'extrémité des doigts est d'une blancheur étrange, que le sang a désertée. Je tremble sans pouvoir m'arrêter. La sueur dégouline le long de ma joue que je mords à l'intérieur de ma bouche. Je sens un morceau de ma joue se détachersous mes dents, les muscles de mon visage ouvrent et ferment mes yeux. Cela résonne dans ma tête. Quelqu'un hurle 
- J'en sais rien si c'est délicieux ! Je veux pouvoir dire que c'est délicieux !

[...]

- Treese...
Rubinstein se penche en avant, courbé par-dessus la table, vers moi. Il tend les mains.
Je ramène les genoux contre ma poitrine pour barrer la route à mes mains, faire cesser leur martèlement. Je veux protéger ma tumeur. Elle est triste. Tout le monde essaie de la tuer. Ils ne savent pas que ce n'est pas une chose venue d'ailleurs - c'est moi, c'est venu de moi, c'est à moi. Je l'ai fabriquée. Je ramène les genoux contre ma poitrine pour la tenir au chaud.Nous mourrons ensemble, maintenant, l'une à l'intérieur de l'autre. Comme des gens qui font l'amour.

Howard Buten - C'était mieux avant

28 juillet 2022

bah.

Il fait croire que je n'aime plus assez.
Allez tous vous faire foutre.

27 juillet 2022

Lastitude.

Il est seize heures du matin moins des poussières. Je me force à engloutir mon repas. J'ai fait un gazpacho divin avec les tomates de Saint Martin de Castillon. 
J'ai réussi à ne pas pleurer. J'ai trente ans aujourd'hui. J'ai regardé mon téléphone près de 80 fois depuis mon réveil, j'ai fait ma cohérence cardiaque mais j'ai le souffle coupé et une boule à l'estomac. Je n'ai aucune envie d'aller au resto, aucune de faire quoi que ce soit, je me sens lasse et exténuée. Mais je suis joviale au téléphone. C'est peut être juste ça, la dépression. Je consomme des antidépresseurs depuis la moitié de ma vie. Parfois j'arrête, et parfois je double les doses. Mais j'ai trouvé un taff harassant qui me plaît, des amis captivants au point de me faire oublier de broyer du noir, je dégage quelques dizaines de minutes par semaine pour faire du sport ; je vois une psy aussi chère que compétente depuis un an et demi. Bref, je me soigne. Je me soigne de ma dépendance affective, de ma peur de l'abandon, de mon envie d'attention... Un truc de lion ça, je crois.

J'ai trente ans. C'est nul. J'ai envie de pleurer. Demain je vais faire ma première biopsie, certainement en gueule de bois. La vie est courte.

26 juillet 2022

La nuit l'été

Hier soir, durant de longues heures je ne parvenais pas à m'endormir. Je me suis alors penchée dans l'encadrement de la petite fenêtre et j'ai respire les senteurs de lavande et les bruits des grillons à pleins poumons. L'éternelle pensée m'a traversé l'esprit : l'envie de partager ça avec quelqu'un, quelqu'un de chaud et tendre collé contre moi.
Et puis j'ai chassé cette pensée de la tête. Ce sont mes moments, c'est mon odeur ce soir, mon concerto nocturne, ce sont mes souvenirs. Je n'ai pas envie de les couper en deux, de les partager avec d'autres. C'est mon moment, ici, chaque été, où je frotte la vaisselle, où j'engloutis des lectures, où je mange plein de confiture le matin, où je contemple les playmobils dans la chambre d'enfant. Si on me prend ces moments là, j'aurai quoi, moi ?

*

J'avais envie de ces retrouvailles ce soir, en avais besoin. Besoin de sentir que j'ai manque à ce corps chaud et tendre, mais il est reste de marbre. Silencieux comme une belle statue, fuyant les mots, mes caresses, mon regard déçu, mes blagues. La solitude s'injectait dans mes poumons à chaque arrêt de métro qui passait en silence. Je lui acressais le genou en le scrutant à travers la vitre. Il me souriait parfois, alors je me disais qu'il y a peut être une chaque que nous fassions l'amour. 
En arrivant à la maison, j'ai eu le temps uniquement de me laver les mains en sa présence. Il n'a pas quitté ses chaussures il m'a dit je m'en vais je suis fatigue. Comme quelqu'un de fatigué de moi ; je connais si bien ce sentiment.

J'ai pleuré jusqu'à ce que le Xanax fasse son effet, seul consolateur de ma solitude. De longues minutes ont été gaspillées à envoyer tout mon chagrin rempli de haine et de colère par SMS. En vérité, j'attends encore qu'il sonne a la porte, s'excuser, me prendre dans ses bras, me dire que ça s'arrangera. Mais le temps ne ment pas. Il n'y a que la lavande qui sent toujours aussi bon par la fenêtre d'été en été. Et il faut que je l'apprécie seule.