29 octobre 2023

Merci c'était Princesse Napalm.

Take care but take fun.
On se rappellera de la fréquence des BPM, de ce qu'il y avait sous notre langue, des fractales des stoboscopes, de l'odeur de la fille qui dansait un tout près de nous, des regards enivrés de nos potes, de la scène qui tremble, des paillettes sur toutes les joues, des entrées comptées par dizaines, du goût de la bière, des cordes vocales qui ont fait mal, de la belle soirée.
La fatigue, la gueule de bois, la douleur, les câbles qui se debranchent, les gens qui nous poussent, les affaires perdues, ça s'oublie vite.
Take care but take fun.

25 octobre 2023

Beauté Fatale.

La théorie de l'« exception française » suit toujours le même schéma discursif : on commence par concéder qu'il reste des progrès à faire, sans trop se fouler non plus pour dissimuler que ça ne nous empêche pas vraiment de dormir, puis on enchaine très vite en soulignant les progrès inouïs qui ont quand même été accomplis. On en conclut que, dans ce contexte éminem- ment satisfaisant, celles qui continuent le combat ne peuvent être que des mégères enragées et hystériques que seul le ressen- timent fait jouir, et qui cherchent à obtenir un traitement de faveur plutôt que l'égalité (puisqu'elles l'ont déjà !); mais, heureusement, elles vivent très loin, là-bas, de l'autre côté de l'Atlantique. Quelques citations apocalyptiques où certaines d'entre elles comparent la violence contre les femmes à un génocide, qu'on assortira de flots de protestations indignées, permettront de noyer définitivement le poisson. Elles achèveront de vacciner les mignonnes petites Françaises qui seraient tentées d'imiter ces sorcières. Il n'y aura plus qu'à persuader les gourdes qu'elles sont des femmes libérées, qu'elles ont bien de la chance et qu'elles feraient mieux d'aller dévaliser les boutiques tout en versant une larme sur le sort des pauvres Afg. hanes. Et qu'elles ne viennent pas nous emmerder pour un mannequin nu à quatre pattes sur un panneau 4 x 3. 

Mona Chollet, Beauté Fatale.

30 septembre 2023

Failles.

Notre cerveau ne peut pas assimiler tout d'un coup.
C'est pour cela : les rechutes.

Est ce qu'elles sont obligéees de partir d'aussi haut ?! J'ai le vertige, moi... j'ai le mal de terre.

J'ai encore des cocards et des crampes de la dernière fois. 

Y a-t-il eu une pause ? J'ai l'impression de tomber depuis trois, quatre ans, depuis mille vies, depuis vingt secondes.

J'emploie encore parfois des "tu" pour m'adresser à ma douleur, à mon mal-être, à ma dépression, comme si tu en était le quotidien boulanger.

D'autres loups me traînent au cul.
Tu sais, j'ai envie de me tuer régulièrement depuis vingt ans, maintenant.
Je ne suis pas fragile, simplement le métro en fin de soirée me fait tituber.
J'ai envie de vomir. Vomir ma petitesse. Mes mots ne sont pas forts, mes pensées sont faiblardes, mes appuis sont bancaux, ma vie crispée, je ne maintiens pas. Je n'arrive pas à maintenir tout ce qui ne devrait pas bouger, comme si deux ou trois fois par semaine dans ma vie il y avait un séisme, un Vésuve, une fin d'espoir, un crac.

Je suis seule.
Je rentre seule ce soir.
C'est ce que j'ai voulu.
Est-ce ce que je veux tous les soirs ? Jusqu'à quand, alors ?
On ne se dira peut être jamais assez les choses, comme si c'était trop triste, comme si c'était trop vrai comme si c'était trop banal comme si c'était trop nul.

Ce n'est pas trop nul, de t'aimer, pourtant.
C'est trop tard, ou trop tôt, ou trop fragile. 
J'ai à te donner des immeubles de moi mais à y voir plus clair, ce sont des briques qui ne valent rien.
Je ne vais rien.
Je suis fragile, sans patrimoine.
Toi, tu veux investir dans du solide et je ne suis pas le cheval sur lequel tu va parier, dans cette course effrénée.

25 septembre 2023

Museums.

J'aime les musées.

Moins les objets. Je préfère regarder leur sertissage. L'éclairage sur les murs. Détecter les infiltrations aux plafonds, m'apercevoir que deux expôts sont trop rapprochés, qu'il y a une coquille sur le cartel, que la pièce n'est pas parfaitement soclée, qu'il y a une disparité au niveau des volumes des objets, que le parcours chronologique n'est pas intuitif, que le parquet grince.

Je fatigue d'y lire les texte, je m'impatiente d'y suivre le fléchage, je m'ennuie d'y être assidue. Je me lasse du contenu, je n'ai d'yeux que pour le contenant. Cela m'importe, pour que vous passiez la meilleures des expériences possibles.

Le texte est-il assez grand pour que vous puissiez le lire assis dans un fauteur roulant ? La temérature des salles est-elle satisfaisante ? Y a-t-il une option vegan à la caféteria ? Est-ce que les numéros près des objets sont bien placés ? Votre enfant risque t-il de se cogner contre la rambarde qui encercle la sculpture ? Vous a-t-on bien expliqué les personnages représentés sur le tableau ? Les espaces fermés sont-ils bien mentionnés sur le plan ? Y a-t-il des assises dans les salles ? Une frise chronologique, un glossaire ?

Et puis... où sont les toilettes ?


J'aime tout et j'aime rien dans un musée. La clarté des salles du V&A museum m'a rendue amoureuse de la céramique, les textes d'une exposition viennoise sur Egon Shiele m'ont fait écarquiller les yeux de beauté devant ses peintures. L'intimisme des salles du musée Jacquemart-André m'a fait passer un moment de sensualité extrême avec Boticelli, devant lequel je suis pourtant restée de marbre à Rome. J'ai fui les Monet tant aimés du musée d'Orsay car la forme des salles les rendait indigestes, j'ai toujours baclé mes visites au centre Pompidou car je hais ses plafonds trop hauts et ses murs légèrement jaunis. Par contre, je divague durant des heures dans la chaleur de la Halle Saint Pierre, dont la salle du bas circulaire fait delicieusement perdre le sens de l'orientation. 


J'apprécie ces lieux comme des maisons, ils ont une énergie, une population, une douceur qui fait que je vais m'y sentir bien ou mal. Et mon peintre favori ou ma sculptrice chérie ne me retiendront jamais dans une expo aux cimaises mal agencées, aux circuits infinis, aux textes mal écrits. C'est comme lire une belle histoire dans un bouquin aux pages déchirées et qui sentent la moisissure. Plaisir amoindri.

Ce que je vois, c'est vos doigts pointés sur les détails mis en valeur par la lumière, vos yeux ébahis devant une explication claire, vos mains qui desengourdissent votre dos sur une banquette confortable. Les choses que je regarde vraiment dans un musée, c'est vous.

11 septembre 2023

Frisson.

Les choses qu'on regrette le plus dans la vie, c'est celles qu'on n'a pas faites.

Faisons vite.

29 août 2023

Disparition.

Je ne sais pas depuis quand, ni d'où ça vient mais je crois que je n'ai plus peur.
Pas de tout, évidemment. Mais des choses qui n'atteignent pas mon coeur.

25 août 2023

Submersion ou chute.

C'est là qu'on se rend compte qu'on est composé à plus de 70% d'eau. Le corps se liquéfie au contact de l'air. C'est comme si on était enrobé dans une fine couche de laine, quelque chose de doux et chaud, trop chaud, et qui endort. C'est la température des vacances ; c'est aussi celle de la détresse. Une alerte devant laquelle se boucher les oreilles est inefficace.

L'appartement est brûlant, ma mère ruissèle, les glaçons mis dans mon verre d'eau meurent en quatre minutes. La plus infime des brises, la nuit, a la saveur d'une gorgée de vin, c'est enivrant, et si frustrant : on voudrait en boire encore mais c'est la pénurie, les cuves sont vides, l'ivresse est courte, on est aussitôt saoulé par la chaleur immobile et monstrueuse. Comme si on se trouvait dans la gueule d'une immense créature qui respire fort et nous transperce par sa fétide haleine, celle des poubelles qui tournent en quelques heures dans la rue, celle qui émane des corps poisseux, de l'eau croupie, celle qui émane des arbres desseschés, des kebabs bon marché, celle qui se condense dans les effluves de bière qui s'échappent des bars mal climatisés.
La ville baigne dans cette subtile puanteur qui a la saveur de l'été mais qui dissimule mal l'angoisse du désastre climatique. On va à la plage mais on ferme les yeux sur le fait que la plage vient à nous ; le bord de mer avance chaque année, je cours matin et soir me submerger dans les vagues à peine tiédies, mais la distance jusqu'à l'écume se raccourcit chaque mois de juillet. Cela devrait sembler moins fatiguant mais dans les faits c'est carrément fatal.

Chaque éte je nage dans cette ivresse. Dans la vase érodée de Palavas-les-Flots, dans mes souvenirs de lycéenne insouciante qui bat les pavés de la Com', dans les bacs de sorbets de glace à La Banquise comme si c'était ça le planning idéal du repos. Ça peut l'être en effet durant quelques jours. Mais à plus grosse dose, c'est un endormissement, un lent  empoisonnement, une petite mort, une fissure qui semble si fine vue d'en haut mais qui est d'une profondeur abyssale si l'on s'engouffre dedans. 
Moi, je sautille par-dessus la fissure, tant que mes enjambées sont assez grandes, tant que la crevasse est surmontabke.
Un jour on tombera toustes dedans.
Et ce sera cuit,
littéralement.