31 décembre 2010

Le salut.

   A mes yeux il est clair que l'enjeu du conflit c'est, non seulement le sort des nations et des États, mais aussi la condition humaine. Il n'y a là, d'ailleurs, rien que de très naturel. Toujours, la guerre, sous son aspect technique, est un mouvement des sociétés. Les passions qui l'animent et les prétextes qu'elle invoque ne manquent jamais d'enrober une querelle concernant la destinée matérielle ou spirituelle des hommes. Les victoires d'Alexandre étaient celles d'une civilisation. C'est le désir tremblant du barbare qui fit crouler l'Empire de Rome. Point d'invasions arabes sans le Coran. Point de croisades sans l'Evangile. L'Europe de l'Ancien Régime se dressa contre la France, quand l'Assemblée proclama : "Les hommes naissent libres et égaux en droit."


Charles de Gaulle - Mémoires de guerre - Le Salut : 1944 - 1946

La dernière danse avant des millénaires.

   Je crois savoir maintenant pourquoi je me retenais tant de pleurer. Parce que je n'aurais pas su si c'était de joie ou de désespoir. Camille criait, criait comme une aliénée, elle était rouge, saoule et belle, jouant avec son piercing à la langue. Son visage, par moments, frôlait le mien et ses yeux me pénétraient violemment l'âme. Derrière elle, Clara voltigeait au bout des doigts de Logan, comme une feuille tourbillonnée par le vent. Elle avait un tel sourire aux lèvres que ses yeux se réduisaient en deux fines fentes à travers lesquelles elle véhiculait à la pièce des relents de liberté. Lorsque j'étais petite, et que, comme toutes les filles du monde je rêvais de danser, je m'imaginais telle qu'elle était là, à quatre heures du matin, dans un appartement ne dépassant pas les 45m², belle, comme emportée par la musique et emportant tout sur son passage - ce qui lui valut des mains ensanglantées et à Julie quelques verres cassés. Cette dernière, la maitresse de maison - la plus jeune - du haut de ses dix sept ans avait comme toujours ses yeux pétillant, un verre à la main, elle riait à chaque fois que quelqu'un tombait sur le sol, à chaque fois qu'on renversait du whisky sur ses beaux canapés. Pilou était déjà plus ou moins agonisant, titubant à chaque pas, hoquetant à chaque parole de "Aline". Il était beau lui aussi, il avait son éternelle chemise verte à carreaux jaunes, qui n'a pas du voir de lessive depuis le mois d'octobre.
   Salah était venu cette fois-ci mais il manquait Christo. Comme si le destin faisait tout pour que nous ne soyons jamais réunis tous ensemble. Vers 4h49 Lucie a pris la sage décision de rentrer, avec moi. J'ai étreint tout le monde très fort avant de partir. Camille dormait déjà, recroquevillée sur la banquette. Je suis allée la voir en l'embrassant tendrement sur la joue et en lui disant qu'elle allait me manquer. Et elle m'a murmuré je t'aime.
   J'aurais tué pour ne pas leur dire "à l'année prochaine".

27 décembre 2010

Fooled me again but for the last time.

Tu.
Me colles à la peau
tu as l'âge des aubes des étés ukrainiens
je ne sais pas qui tu es,
je ne sais pas d'où tu viens.

Tu
as la saveur d'une tomate
encore vierge des dents
d'une enfant assoiffée.
Je n'ai jamais su couper en rondelles
la douceur de ta peau,
tu me grattes partout, tu me grattes dans le dos.

Ménage ta fougue et range tes ongles cruels
Raye les dizaines de poèmes tristes que tu veux encore m'écrire
éteins la musique (celle de mes soupirs).

enfuis toi quelque part où je ne te voudrai plus.

26 décembre 2010

Nicolas n'a souhaité joyeux Noël comme il convient.

   Une bouteille de Grants pour deux, deux joints, une centaine de vidéos. A 5h55 on fumait dans la cuisine en mangeant des clémentines et du foie gras. A 9h30 on a maté Marsupilami. A 11h32 on a été contraint de se réveiller. Mon Noël ne fut pas si vide que ça tout compte fait.

23 décembre 2010

La neige est voluptueusement calme.

   Un peu de sommeil me court après... Je me souviens de Julie : un marinière pâle sur le épaules, les cuisses à l'air, un gobelet alcoolisé à la main, les yeux bleus, pétillants comme les étoiles. Elle me manque, tout comme les autres. La neige dehors, sur les arbres, les voisins casse-couille, la fluidité avec laquelle la fumée grisâtre enrobe la pièce et imprègne les vêtements. Camille qui fume clope sur clope, Logan - son accent, son anniversaire, les baisers doux -, Clara et son beau dos nu, Pilou agglutiné à sa Wii et Christo qui dort dans le fauteuil spacieux mais si inconfortable du salon. Il y a des prénoms qui me sortent par les pores, je les vois s'écrire doucement sous mes paupières quand je ferme les yeux. Nous sommes en hiver; en regardant par le balcon il n'y a que le blanc qui se propage à perte de vue mais je sors dehors en collants et débardeur et je n'ai pas froid. Parce que quand je rentre, ils m'attendent un petit peu à l'intérieur. Mon Jude amour est là aussi. C'est peut être ridicule de croire que ça aurait pu être un échec mais le fait qu'il soit là, parmi ces gens m'étonne. Comme si les deux plus beaux plaisirs du monde - amis, amour - ne pouvaient se mélanger. Il suffisait d'une crémaillère, d'une simple invitation qui se perpétue. La conjugaison en devient enfantine. Tout s'embrouille, se dilate, s'estompe et s'enfuit. C'est déjà dans le train que je me rappelle de la veille. De quelle veille s'agit-il lorsque les nuits sont blanches et les journées grises ? Léo, lui, a dormi comme un mort, avec sa soupe collée à sa chemise, mais nous, avons-nous seulement songé à fermer les yeux, un instant ? Cinq heures cinquante trois : la nuit ne veut même pas encore finir alors que nous nous embraquons déjà dans le métro : Place d'Italie, Bercy et compagnie. Et dire qu'il y a huit heures nous étions en train d'acheter du whisky au Monoprix des Champs-Élysées...
   Il ne reste que des photos, quelque 663 malheureuses photographies de nos visages agonisants sous les effets de l'alcool. Il y a écrit "nous sommes heureux" sur nos lèvres, il y a gravé "nous sommes éternels" dans nos cœurs.

18 décembre 2010

Vague.

ça ne change rien, il part toujours : c'est la frigidité de l'amour.

Le goût de la gerbe.

   Vingt. Vingt verres, imaginaires. A chaque fois je. Je suis, je ressens. J'existe. Je les entends, je pleure. Vingts fois par jour, au moins, je suis éveillée. Sur vingt quatre. J'avais pas envie d'entendre ça. Ce qu'il dit, lui, à propos d'elle. j'ai peur, car le mien pourrait dire la même chose à propos de moi. Je ne sais pas où me mettre, et là, je n'aurais pas su où me mettre non plus. Mes bras, suspendus au bout de mes épaules - suspendus sous ma tête, semi-douloureuse dans mes rêves les plus inimaginaires (on ne sais plus de quoi on parle à quatre heures moins le quart, et même plus tôt) - sont douloureux (eux aussi). Tout ça sous pression - changement de position - rythme cardiaque presque accéléré, vite le rhum... Lui, il dort déjà comme un mort, à chaque fois. C'est endormi qu'il se couche, c'est réveillé qu'il s'éveille. J'ai soif de n'importe quoi, d'un baiser spontané choisi au bon moment. Mes doigts, eux, contrairement à mon cœur, ne savent plus écrire (et je ne sais pas si ça veut dire quelque chose), faut-il que ça veuille dire quoi que ce soit pour vous ?)  demain, (mais ce sera demain, déjà) je voudrai(s) effacer ce souvenir - peut être - mais peut être (peut être) pas, car ce sera le meilleur. Le meilleur goût d'alcool, le meilleur goût du rhum pur - alors qu'il es dilué, bon sang ! - vite, vite, faut se coucher.
  Il m'engueule déjà, pour un texte, pour un mot : il éteint la lumière. Voilà qu'il dort, alors qu'il dormait déjà quelle importance, demain, on sera à Paris, sans celle-ci, sans celle-là, pourtant, celle-là, elle aurait pu être là, ça n'aurait rien changé.
   Il souffle, encore, comme un bœuf endormi, je dors déjà, moi aussi, moi de même, je te quitterai pour toujours, je ne te quitterai toujours, je te quitterai jamais - dirai-je. A dieu, bonne nuit, quelle importance quand la nuit n'existe pas et quand les mots sont déité. (plus de vingt fois par heure : la foi en ce qui ne s'éteint pas.)
   Souffle. (c'est un ordre.)