19 juin 2021

De la tendresse.

Sentir l'humidité, y glisser ses doigts,
Le long des courbes de ses fesses,
Contourner les grains de beauté,
Ouvrir grand la bouche,
S'enfouir sous ses bras,
Griffer les omoplates,
Manger sa peau, 
Refaire l'amour
Gémir encore
Son prénom
Au matin.

16 juin 2021

Volage.

Beaucoup de soupe
Un peu de bière 
Ou le contraire

La trentaine de degrés qui zieute sous ma robe
L'eau de la Seine qui floute mon interminable semaine
Les boucles d'Ozzy au vent qui me tendent des pétards

C'est l'été que je sens entre mes cuisses
C'est la fatigue que je cache sous mes lunettes
C'est l'impatience que je noie dans mes soirées improvisées

J'attends du vent
J'attends une rafale
Une rafale d'amour

J'ai besoin de planer.

14 juin 2021

Entre les gouttes.

C'est l'artifice des petits gouttes, ce sourire, l'euphorie, les gueules de bois. Je suis seule ce soir et les rivières salées reprennent la voie de leur sillons, bien creusés dans mes pommettes. Mon médecin m'a de nouveau prescrit du laroxyl parce que l'insomnie et les cauchemars m'arrachent la tête. Parce qu'il n'y a qu'une seule et unique pensée qui hante mon crâne quand je suis dans mon carré de béton, parce que ça me rend folle, j'ai des mots sur les lèvres qui se répètent en boucle depuis des heures, chaque soir de solitude, depuis des mois, depuis une année et demi. Je fais des bulles avec ma salive et dans chacun d'elles il y a un chagrin que je voudrais crier et qui me ripe le cœur.
C'est l'alchimie des gouttes, tout ça.

12 juin 2021

L'intimité.

Je ne sais pas pourquoi. Pourquoi ça me rend aussi heureuse et aussi forte. Pourquoi j'ai le coeur qui bat à mille à l'heure. C'était peut-être l'après-midi la plus folle de toute ma vie, je préfère me rappeler de cette date. Il y avait la vue sur la tour Eiffel, sur nos vulves, sur les dizaines d'autres. Sur le bien-être, sur la cuisine minuscule, avec FIP radio en fond sonore, les fraises qui poussent timidement au soleil et les cris des manifestants, très bas, dehors. Il y avait la fête sur nos sourires. J'ai mal aux zygomatiques, de bonheur, de hardiesse, de persévérance. J'ai mal aux cuisses et aux mollets d'avoir été assise siliconée tout à l'heure, d'avoir dansé collée à des fesses d'hommes hier soir, d'avoir joui fort seule dans mon lit la nuit dernière, d'avoir cru que ça pourrait recommencer. D'y croire encore. D'envoyer mon bonheur nu à ceux qui en donnent. De crier fort ce que j'aime ; de rire dans la bonne direction, de prendre les mains les plus douces pour m'aider à avancer. Ne pas avoir peur de la peur, de la douleur, de la détresse, de ma dépression. On danse ensemble, elle et moi, et je titube encore sur mes chagrins comme sur mes orgasmes et parfois on se fait mal aux orteils et parfois on s'emplâtre de joie jusqu'à ne plus devenir ivre, tellement on est rempli de vivant.

11 juin 2021

Quand on sera morts.

Je dormirai si peu cette nuit, mais j'ai ce soir mangé du coq au vin, des framboises à la louche et du piment au pamplemousse. Sur la terrasse poussaient des radis, un marronier, et du cannabis, et le soleil paraissait se coucher des deux côtés à la fois. Le rire des gens fait circuler mon sang plus vite, fige mon sourire et détend les connexions neuronales qui glitchent sur la même chose en boucle depuis des semaines.
Il y a mille couleurs, dans cet appartement, mille personnes différentes y passent à chaque fois, il s'y trouve mille bouteilles d'alcools divers et cela fait un milliard de manière d'oublier
Tout, et la
Fatigue.

05 juin 2021

Mémo.

« Le bonheur c'est pas des choses qui vont ou des choses qui ne vont pas,
c'est de vivre avec le présent.
Et on s'en fout de demain. »

04 juin 2021

Archives.

C'est difficile.
Prendre son téléphone.
Effacer les souvenirs.
Ravaler ses croyances.
Raturer les moments de bonheurs.
Se souvenir que le jour où a été prise telle photo, j'étais en train d'attendre de ses nouvelles, tandis qu'il s'enivrait ou pire : s'enivrait d'une autre.
Ravaler sa fierté.
Oublier sa valeur. Sa propre valeur.

J'ai oublié, moi, la sérénité qu'apporte sa peau. J'ai des frissons de peine. 
Je pleure de l'intérieur, maintenant : je sens mes larmes dégouliner le long des parois internes de mon corps, éroder ma gorge, éclabousser mes poumons, inonder mon ventre, faire fléchir mes genoux.
Je ne sais comment user tour ce temps, tout cet air, tout ce calme, tout ce plat. Je n'ai pas faim, j'ai pas envie de croquer la vie la pleines dents, je me sens déjà grossie des lourds cailloux que j'ai gobé à chacune des disputes. À chaque rendez-vous manqué. À chaque silence, à chaque mensonge, à chaque syllabe qui m'a fait espérer en vain.

Moi, je prends la pleine mesure chaque jour des bosses, des creux qu'il m'a laissée. Je me sens décharnée dès qu'il faut arrêter de faire la comédie, dès qu'il n'y a plus personne, dès que je suis là, toute seule, devant le gouffre de souvenirs vaseux qui se relient chaque jour qui passe à un nouveau mensonge.

Alors je pleure devant une photo de cactus, que j'ai dû t'envoyer au printemps dernier et à laquelle tu n'as pas répondu car tu m'aimais déjà si mal.