26 avril 2021
Слава к Богу.
19 avril 2021
Elle se glisse.
J'ai l'impression que la mort commence, petit à petit à se glisser dans ma vie. Cela me fait me sentir adulte. Aujourd'hui Micha est mort. Papa l'avait au téléphone tous les jours, alarmé, de plus en plus suffoquant et paniqué de ne plus pouvoir respirer. Il a succombé à la pneumonie ce soir. Cela doit faire le même effet que de tomber d'une falaise dans la mer, de perdre son meilleur ami. Je ne me souviens que très peu de Micha, mais je me souviens très bien des week-ends que mon père passait avec lui, à la chasse, à la banya, à la datcha, ou dans la forêt.
Je sens la solitude de papa d'ici, et je n'ai pas les mots pour lui tenir compagnie.
Fille fantôme, fille indigne...
18 avril 2021
Dominicales.
J'aime bien les dimanches.
Durant de longues années, j'ai usé mes samedis soirs à sortir lustrer de mes semelles les pavés délabrés des caves résonnant aux rythme de basses techno, à glisser sur la sueur des parterres de salles de concert, à m'arroser l'estomac de liquides enivrants et tapisser mes poumons de nicotine. Je m'endormais dans des bras ou dans ma couette lorsque le soleil dominical pointait le bout de ses rayons et qu'on entendait gosiller les moineaux sur les lampadaires près de s'éteindre.
Le dimanche était alors synonyme de décuve, de pâteuse, de mal de crâne, de brunch à 16h et de pyjama.
C'était il y a un peu longtemps.
Depuis quelques temps, le dimanche est devenu une journée douce et complète, je me réveille avant 11h avec le sentiment de m'être reposée, mon haleine est douce, mes membres ne sont pas engourdis, mes cernes sont en vacances. Je ne suis en retard nulle part, je n'ai pas de trous de mémoire, mes cheveux sont propres, j'ai de l'énergie pour franchir ma porte d'entrée.
J'aime les dimanches : lorsque je prends le métro pour aller quelque part, je ne suis pas rivée les yeux au sol à cause d'une ivresse trop voyante ; je scrute les gens. J'aime observer ces femmes allant à un déjeuner accompagnées d'une tarte ou d'un bouquet de fleurs, de voir des petites tribus familiales se promener nonchalamment au parc, d'apercevoir les gens lire assis face aux rayons de soleil.
J'ai le sentiment que ma semaine a rallongé d'un jour, d'une grosse poignée d'heures où je peux trouver de l'apaisement, du plaisir et du réconfort. Ca contrebalance un peu le fait que je travaille, désormais.
29 mars 2021
Les nuits silencieuses.
C'est peut-être la pleine lune. Mais j'ai senti des griffes noires me broyer l'estomac et m'enserrer la gorge. Lorsque l'année dernière il ne me donnait pas de nouvelles c'était pour se glisser dans les cuisses d'une autre, s'enivrer avec d'autres sourires, rire avec d'autres voix, danser avec d'autres bras ; en somme, me fuir, m'oublier.
J'ai couru et rampé après lui en m'esquintant les genoux et le cœur durant douze mois. J'ai crié colère et désespoir dans le vide, car il coupait son téléphone et c'est comme s'il me mettait une pomme dans le gosier, comme à un porcinet rôti étalé sur un plateau. J'ai les émotions qui ont débordé de mes yeux et de mes oreilles tant de fois que mes interstices sont devenus des crevasses, lacérées par les larmes, par la peine, la solitude, le déni. J'ai eu envie de me barioler de dents de scie, de lames de cutter, d'étaler ma cervelle en bas de ma fenêtre. Je me suis jurée, ô combien de fois de ne plus jamais accorder autant d'importance que je lui ai accordé à lui.
Et puis il y a des soirs où il ignore mes messages et où l'insupportable film de l'année dernière me revient en tête : je l'imagine poser ses mains moites sur les larges hanches crémeuses de son amante, de frôler ses lèvres avec les siennes, de lui dire des mots que j'aurais aimé qu'il me chuchote à moi. Je le visualise en train de s'enfouir dans ses cheveux noirs et de ne surtout par regarder son téléphone qui se déchargeait un peu plus à chaque message que je lui envoyais. J'imagine ces quantités de bières qu'ils ont bu ensemble, leurs rires puis leurs accolades qui se transformaient au fur et à mesure de la soirée en enlacements puis en baisers.
Le lendemain, il devait ouvrir les yeux, tourner sa tête sur l'oreiller, apercevoir une chevelure endormie et durant un instant se demander si c'était elle ou moi, car l'alcool de la veille lui avait brouillé les souvenirs. Il remettait ses vêtements, ceux-là même que j'avais lavés au lavomatic quelques jours auparavant, lui faisait le même baiser qu'à moi lorsqu'il partait de chez moi, avec un sourire et un promesses : celle de recommencer. Puis il arrivait chez lui, rallumait son téléphone et m'écrivait innocemment qu'il venait de se réveiller et qu'il était fatigué hier soir.
Alors, toute la journée, je me demandais comment lui rendre sa soirée plus douce, auprès de moi, quelles choses il aimerait manger, quel vin il aimerait boire en ma compagnie. J'étais tellement aveuglée par son bien être, que j'oubliais son silence de la veille, je ne pouvais pas du tout imaginer un seul instant que hier soir, il répétait le même rituel macabre et honteux de me mentir en allant se glisser dans les cuisses d'une autre.
Je m'endors avec ces scènes et ces images une nuit sur deux, et j'aurais aimé qu'elles occupent toutes les nuits pour arriver à le haïr ; simplement, l'autre nuit sur deux, je crois en les mots doux et les promesses qu'il m'écrit et me chuchote, alors j'attends, patiemment, son amour et son attention qui ne viennent pas, et j'oublie qu'il faut penser à soi, avant de penser à lui.