18 mai 2010

Camille.

   Je n'ai jamais su tout oublier, tout laisser tomber, tout jeter, tout foutre en l'air ne serait-ce le temps d'une soirée; sauf avec toi. Ta voix calme,  tes yeux de chat, tes belles lèvres qui me disent tout doucement des choses apaisantes ou à mourir de rire, tes yeux qui pleurent de joie ou de rage, tes mains qui tiennent les miennes ou une fine cigarette sont pour moi les étincelles de la fin d'un parfait échappatoire que j'ai laissé passer inconsciemment. Nous ne nous reverrons plus dès juillet, et c'est comme si c'était déjà maintenant car la fin de l'année n'est pas la meilleure période pour profiter de toi. Jamais plus je ne prendrai autant de plaisir à descendre du whisky-coca dans un coin de ruelle qui pue la pisse de clochards, jamais plus je n'irai danser au Rockstore avec la folle envie de te voir bouger au rythme des basses comme si tu était la seule chose vivante qui restait sur terre à mes yeux, plus jamais je ne profiterai de tes fins doigts qui me roulent un cigarette aussi fine qu'une brindille sur l'esplanade sous un soleil brulant, et bientôt même nos cafés communs du vendredi matin serons terminés. Tu me manques déjà comme me manquerait une personne avec qui on a envie de partager non seulement le bonheur mais aussi le chagrin, comme un journal intime, comme un coup de foudre qu'on ne revoit pas.
   Oui, je n'ai pas su consacrer plus de temps à toi et à ton entourage, surement, est-ce là toute l'erreur, mais c'est une faute irréparable, et comme toutes celles que j'ai faites, elle me fait mal. J'aurai besoin de te voir, et c'est pour cela que je ne mangerai pas les midis de l'an prochain, pour me payer un billet de train une fois par mois et venir passer une nuit avec toi, avec les autres, une nuit où je serai heureuse comme je n'ai jamais appris à l'être.

09 mai 2010

Des dieux marins.

   Je n'aime pas les mouettes. Par jalousie. Parce que ces bateaux ailés vivent au dessus-de la mère, la bien-aimée matrice qui engloutit chaque noyé de larmes entre ses cuisses moites et salées comme après un coït sans le moindre reste d'amour. Elle finit par gober des milliers  de fous, qui ont chuté ivres morts de sentiments incontrôlables dans le trou noir de leur cœur, si rongé déjà, au moment où ils ont découvert leur existence. L'eau salée, douce et vicieuse les caresse de ses habitants, si réconfortants : des algues, des petits poissons qui tourbillonnent autour, quelques oursins qui chatouillent gentiment les chevilles, des étoiles de mer qui font croire au ciel déjà tué à cause des yeux pleins de sel, morts eux aussi. Les noyés vivent ainsi dans la pénombre de la lave bleue, noire, gisante dans les intestins, le sexe, les oreilles, entre les orteils, jusqu'à ce qu'elle s'infiltre enfin dans la tête puis descende dans le cou, passe derrière les clavicules et atteigne enfin notre petit moteur, qui freinera alors doucement sa cadence pour ne faire qu'un avec les vagues. Et des années, des centaines d'années plus tard il ne restera du noyé que quelques bouts de marbre vivant, qui sera rejeté, par une forte tempête sur la plage. Les mouettes, elles, sont au-dessus de tout ça.

   Voilà, maintenant tu connais la véritable nature d'un coquillage.

27 avril 2010

Paris.

   Paris, 22 avril 2010; vers 15h40.

   Sorties du RER B après une heure de trajet passée auprès d'un femme obscène qui écartait les jambes alors qu'elle était vêtue de collants et d'un homme âgé qui ressemblait à un smiley géant, nous sommes descendues à Châtelet-les-Halles. N'ayant pas d'argent, on a résisté aux H&M et compagnie et on s'est dirigées vers la place centrale des halles pour fumer une clopounette face à un cylindre géant tagué de petits bonshommes noirs sur fond blanc s'appelant Sacha, Robine et Pelle, entre autres. Ensuite on est allées bouffer au Macdo place DuBellay : un McChicken et une frite chacune. On n'a pas pu résister tout de suite après à l'envie de fumer encore à la fontaine des innocents, et même si on s'est faites traiter de lesbiennes, on a bien digéré.
   En se dirigeant vers Notre-Dame on s'est dit qu'à l'Happy hour on irait au Bého. Puis, on s'est calées au square de la Tour Saint Jacques où l'odeur des fleurs nous a une fois de plus fait sortir nos cigarettes.
   Nous attendant, Notre-Dame, toujours aussi vieille, belle et gracieuse, nous a invité pour la énième fois à la prendre en photo. On s'est promenées au bord de l'eau pour s'asseoir sur un reste de banc, et pour que je la prenne en photo, et pour qu'elle me lise des histoire, et pour fumer une millième fois... Au bout d'une heure, ou une seconde - je ne me repère plus dans le temps quand je suis avec elle - nous avons marché cinq longues minutes jusqu'à ce minuscule parc situé tout au bout de l'ile de la Cité. Là, nous nous sommes allongées dans l'herbe pour se reposer, aller sur Facebook changer nos statut grâce à son iPhone et manger une savoureuse plaquette de chocolat Ritter noir noisettes. A quinze heures nous sommes parties et c'est au moment précis où on s'engouffrait dans les escaliers qui mènent au pont qu'une bombe à eau vint nous rafraichir. On a bavé sur les vieux livres des quais de la Seine et j'ai failli acheter un pièce de Sartre mais je me suis dit que je ne pourrai pas me payer mon Cosmopolitain au Beho.

   Et là on y est, on boit nos breuvages rouges, on finit d'écrire notre journée, et je l'aime.

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13 mars 2010

Heaven.

   Ils nous ont largué dans les petites ruelles près du Circus, "pour s'amuser", sauf que c'était pas drôle, car ils ont embarqué le shit et ne nous ont plus jamais rappelé. Nous étions trois, dans la nuit parsemée de coups de vent glacial, et nous n'avions plus rien à perdre. Lola a dit : "on va au Heaven" et Clémence et moi avons acquiescé.
   Trois minutes plus tard, plantées devant le bar, clopes au bec mais sans briquet, on a mendié pour avoir un peu de feu. Elles finissaient déjà leurs cigarettes et moi, comme d'habitude, il me restait encore quelques lattes. J'ai tiré dessus encore deux fois, puis en la jetant j'ai dit "on y va".
   Il n'y avait presque pas de monde, surtout des hommes qui se collaient et se pelotaient entre eux; on s'est posées dans le coin le plus reculé de la boite et nous avons commencé à nous déshabiller, la chaleur était insupportable. Je n'ai pris qu'un shooter, j'avais pas d'argent et je n'aime pas la bière, c'est bien connu. Et puis nous avons commencé à danser. A tout oublier. Maxence, la drogue, Hélène, cette soirée, l'absence d'Eleonor. Nous dansions comme pour la première et la dernière fois, nous étions trois, seules au monde, au milieu d'une foule de pédés, c'était drôle. Deux fois on nous a fait comprendre très explicitement qu'on était excitantes à trémousser notre boule comme des petites connes. Deux fois, on a ri à cause de ça, mille fois on a ri à cause d'autres choses. C'était libérateur.
   Parties vers minuit dix, on a essayé d'appeler Cécile qui s'était barrée mais qui devait dormir chez Clem, avec nous. Elle ne viendrait pas. Alors, nous avons ri, parce qu'il nous fallait personne, nous étions toutes les trois les plus puissantes du monde.
   A l'arrêt de tram on croise de vagues potes.
   Dans ce tram, qui a mis un putain de temps à arriver, un clodo puant et vulgaire a fait chier Lola "la fille trouée" avec un trou dans son leggings et un autre dans sa lèvre. Rémi et les deux autres nous sont venus en aide, on a bougé jusqu"à l'autre coté du tramway et nous sommes tous les six littéralement rentrés en symbiose. Lola a commencé à parler de catch avec Rémi, Clém a dit des conneries à Fabrice, et moi j'ai raconté la vie de mon rat à Jonathan que j'ai renommé Jerry à cause de mon ex.
   En rentrant chez Clémence on s'est calés autour de la table, un verre de chocolat au lait froid dans la main. On a sorti le Pastis à 42 degrés, la binouze, la crème de cassis. Jerry connaissait Jade, il connaissait "oh, baby", il nous a parlé de verres à shooter et de Lady Gaga.
   Nous nous sommes mis sur le canapé pour regarder un film, Clémence a mis La Marche de l'Empereur mais tout le monde, après cinq minutes d'hilarité totale, a protesté et on a finalement regardé le porno érotique super mal joué de NT1. Puis Fabrice s'est cassé. Clémence est allée pioncer. Nous quatre, finalement on s'est endormis devant le DVD de Mars Attacks! et Jerry et Remi sont partis à 4h30, refusant de dormir sur place.

    Le matin, sur la terrasse, en train de fumer Lola me dit : "mais putain, il est moche ton pantalon vert, je ne sais pas comment t'as fait pour te faire draguer avec ça". J'ai ri, intérieurement, parce que je l'adore, ce futal.

03 mars 2010

L'amoureuse.

L'amoureuse

Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s’engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.

Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s’évaporer les soleils,
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.

                                  Paul Eluard - Capitale de la Douleur, 1924.

02 mars 2010

Musée d'Orsay.

Les voilà, mes douze apôtres !



http://hazel.cowblog.fr/images/1monett.jpgClaude Monet - Le Bassion aux nymphéas, Harmonie verte, 1899.



http://hazel.cowblog.fr/images/2tissotbal.jpgJames Tissot - Le bal, 1871.



http://hazel.cowblog.fr/images/3MaximilienLuceunerueaparaisenmai1871.jpgMaximillien Luce - Un rue à Paris en Mai 1871, 1903.



http://hazel.cowblog.fr/images/4labouragenivernais.jpgRosa Bonheur - Labourage nivernais, 1849.



http://hazel.cowblog.fr/images/5loladevalencemanet.jpgEdouard Manet - Lola de Valence, 1862.



http://hazel.cowblog.fr/images/6redonchardapollon-copie-1.jpgOdilon Redon - Le char d'apollon, entre 1905 et 1914.



http://hazel.cowblog.fr/images/71886.jpgEdgar Degas - Le tub, 1886.



http://hazel.cowblog.fr/images/8jfdemeghareassisetfilant.jpgErnest Barrias - Jeune fille de Mégare, assise et filant, 1868 - 1870.



http://hazel.cowblog.fr/images/9redoncoquille.jpgOdilon Redon - La coquille, 1912.



http://hazel.cowblog.fr/images/10AlexandreCabanelTheBirthofVenus.jpgAlexandre Cabanel - La naissance de Vénus, 1863.



http://hazel.cowblog.fr/images/11EdouardManetLeDejeunersurlherbe.jpgEdouard Manet - Le déjeuner sur l'herbe, 1862 - 1863.



http://hazel.cowblog.fr/images/12vangogh.jpgVan Gogh - Portrait de l'artiste, 1889.