lundi 27 septembre 2010

Après une nuit fruitée.

J'ai eu un an,
j'en ai dix mille maintenant.
Regarde comme c'est débile
d'être assis l'un en face de l'autre :
c'est liquéfier nos sentiments
un dimanche soir,
nonchalamment avachis sur le bois d'un comptoir,
c'est l'ouverture de nos deux gorges
qui nous égorge
à chaque battement de cils -
ces branches fragiles de larmes desséchées.
Te souviens-tu de nos oublis ?
Des mots éparpillés dans un carnet
niaisement fleur.

Viendra l'automne
et cet herbier sera poussière.

dimanche 26 septembre 2010

A la belle étoile.

   C'était un rêve. Elle s'était brusquement arrêtée de danser, je pensais qu'elle voulait se resservir un verre, mais non, elle a sorti son paquet de Craven A de sa poche. "Viens, on va fumer !" Dit-elle à Mathieu. "Je viens avec vous !" criai-je. Je courus dans la salle de bains, j'attrapai mon jeans, et je sortis en trombe de la maison en suivant Mathieu qui trainait un matelas deux places. On courait presque, pieds nus sur les graviers; lorsqu'on arriva sur la route, Mathieu balança le matelas par terre et se jeta dessus. Marion et moi le suivîmes. Une fois allongée, je mis mon jeans à la va-vite, Mathieu me passa une cigarette et, les yeux au ciel, on admira la belle fumée de nicotine. Un fou rire : imagine on se met de la cendre dans les yeux, comme on aura l'air cons !
   Le tignasse rousse de Mathieu était encore plus éclatante sous la lumière des lampadaires, ses bouclettes me chatouillaient le visage. Clémence, excédée par tout le bordel qu'on foutait dans la rue, arriva le mains sur les hanches, le regard sévère et commença son serment par : "alors, vous voyez, là c'est la maison de mes grands parents, ici à droite, c'est mon grand oncle qui y habite, et là a gauche c'est là où je travaille !". Comme on a ri avec Marion ! On aurait dit une fonctionnaire qui raconte sa vie. Et puis, Clem s'est allongée avec nous, et a commencé à rire, aussi. Moi, je n'en pouvais plus et, en me relevant, de la cendre m'est tombée dans l'oeil. J'avais l'air conne, moi...
   C'était le paradis, jusqu'à ce que Mathieu, bourré, se relève en courant dans tous les sens comme un aliéné. Ce n'était pas un rêve.

jeudi 23 septembre 2010

Lénine n'est pas Staline.



http://hazel.cowblog.fr/images/lenine.jpg Article du Direct Montpellier Plus

Juste pour vous informer, pour votre culture générale que :
   - la "lecture d'auteurs déportés dans les Goulags" n'était pas très bien placée car les Goulags sont apparus... dix ans après la mort de Lénine.
   - Jacques Domergue n'est pas très à jour car, des statues de Lénine il y en a partout, et pas seulement dans les ex pays communistes, il y en a aussi au Danemark, aux USA et même en Inde. La liste en bas.
   - en ce qui concerne la dernière phrase, Monsieur Napoléon n'aurait pas vraiment eu sa place sur... La Place des grands hommes du vingtième siècle.

PS : en ce qui me concerne j'ai beaucoup aimé cette affaire, sachant que cela m'a permis de modifier l'article du Wikipédia qui concerne la Liste des monuments dédiée à Lénine en rajoutant "France" à "Autres lieux" !

mercredi 22 septembre 2010

Le jargon de l'amour intemporel.

éparpillées dans ma chambre,
les feuilles d'automne - ces pages blanches stigmatisées d'encre -
me rappellent en se démultipliant
que le temps passe plus vite que l'aiguille tourne.

Je suis la soeur de cette belle femme dont le nom n'ose pas se dessiner sur certaines bouches :
la mélancolie, celle des instants brulants qui se plaisent à pétrir le passé
dans la masse grise, comme pour fabriquer
du pain au goût salé des larmes
que versent les ingrédients d'un si triste quart d'heure.

Encore une heure, puis deux, puis deux journées passent en trombe.
Je ne me souviens même plus si hier est passé avant la veille.
Nous jouons au silence - lui et sa patience, moi et mon ignorance -
autour d'un verre de spasmes défigurés de nos mains frêles.
Les ongles vibrent plus vite que l'air de la guitare
en rentrant, avant-hier, j'avais déjà vu demain,
c'est dans tes yeux que j'ai lu les aventures de ce soir,
c'est comme un récit que nous ferait Homère
les yeux ouverts vers un passé qu'il n'a que trop décrit, déjà, dans ses merveilleuses montagnes de mots
le beau silence : celui de la simplicité.

mardi 21 septembre 2010

Le cinéma du chagrin passager.

Charriés par les douces rondeurs de la lune
mes yeux boudeurs songent à la quitter
et les rideaux de branches ne font qu'au final
office de lambeaux de solitude.

Le visage pale de ce triste ciel
fait la grimace d'Arlequin
qui a perdu son costume;
nu sur une scène qui n'est pas encore noire
il se plait a répéter ce que je me dis dans ma tête...

Comédie de larmes - les cratères les accueillent
sur fond sonore des hirondelles
c'est en rondelles que les nuages, d'un coup de vent,
cisaillent la chair de mes sentiments
qui s'écroulent entre mes doigts

comme un château de sable anéanti par des mains d'enfants.

mercredi 15 septembre 2010

Il n'y a pas de médecins à Paris.

   Je suis là à attendre comme on attend l'aurore alors que le soleil ne s'est pas encore couché. C'est fou comme les genoux s'encastrent bien dans les orbites oculaires. Les yeux deviennent d'abord deux boules douloureuses, puis de brèves vibrations se font ressentir dans le nerf optique, et puis plus rien. Le trou noir. On a l'impression de voir l'infini, comme si les larmes nous avaient rongé les pupilles. J'attends qu'il dise quoi que ce soit, pour ne pas lui répondre, j'attends qu'il parle de nous  pour lui dire que je ne sais pas, j'attends qu'il fasse n'importe quoi, qu'il fasse quelque chose, qu'il me prenne dans ses bras, que je ressente à nouveau. Mais non, je n'arrive plus à aimer. J'ai desaimé Paris et son vent de nuit, j'ai desaimé ses baisers qui me soulageaient tant auparavant, j'ai desaimé les illusions que je m'offrais chaque soir avant de m'endormir. j'ai oublié la saveur des picotements dans l'estomac, de la boule au coeur, des larmes aux yeux. J'ai désappris la parole et cultivé la solitude, j'ai enterré les sensations pour être seulement l'actrice secondaire d'un film qui retrace ma vie, instant par instant. Arrêt sur image : c'est moi, assise dans le noir, face à une bouche d'égout mal fermée, les yeux posés sur les genoux, les mains inoccupées par des mouvement saccadés, l'attente au bout des oreilles... Que fais-je ? J'ai oublié ce qu'il vient de me dire, j'ignore même s'il m'a parlé. J'ai désappris à entendre, à analyser, à agir. Il répète, et moi, machinalement je dis "je ne sais pas", comme un automate. Je ne sais même plus ce que je ne sais pas. Je tourne en rond, en suivant des yeux le contour de la bouche d'égout mal mise, les yeux enfoncés dans les genoux, les oreilles inactives, je tourne en rond, sur le rebord de la bouche d'égouts, je ne peux pas tomber, je ne sais pas pourquoi, peut être parce qu'elle est fermée...
   - Allez, on rentre.
   Je crois avoir entendu, cette fois-ci. la phrase miracle, comme une étincelle. Mes yeux se rallument, je me lève d'un bond, je le suis. Je souris, je ris déjà, comme une bonne actrice.

mardi 14 septembre 2010

Anne-Isabelle.

   Elle a un prénom composé, un nom difficile à prononcer, des cheveux bouclés en vrac, un large sourire et des colliers autour du cou auxquels elle tient plus qu'à la prunelle de ses yeux. Elle fait vivre chacune de ces breloques en métal en lui donnant une âme : celle du théâtre, de la virilité, de l'amour, de la musique. Elle est musicale : parmi ses pendentifs il y a la lyre et la guitare, sa voix vive aux tonalités graves se loge imperceptiblement dans toutes les oreilles, chaque membre de son corps bat le tempo de n'importe quelle chanson, ses yeux sont une berceuse et la clé de sol qu'elle s'est dessinée à jamais derrière l'oreille doit lui chuchoter chaque jour un nouvel air à adopter. A travers son t-shirt blanc on discerne parfaitement son soutien-gorge noir, on devine ses hanches, ses seins et ses mollets et on se plait à les imaginer nus durant quelques secondes d'égarement... Noire et blanche, elle est pourtant colorée de mille teintes, et ses Docs Marteens rouges n'y sont pour rien. C'est son allure, sa démarche, sa chevelure. Elle tient une cigarette comme si elle jouait du piano, elle tire chaque bouffée comme si dansait un ballet, elle ne te regarde pas, elle te caresse de son regard de féline, et lorsqu'il se tourne vers autrui c'est une sorte de jalousie qui s'empare de ton corps, et - c'est physique -, tu en redemandes, car elle fait partie de ce rare genre de filles auxquelles on s'agrippe avec yeux, et très rapidement avec tout le reste.

mercredi 8 septembre 2010

Paris en stop.

762 km sur l'autoroute, demain nous voyagerons dans des voitures d'inconnus jusqu'au soir
pour gouter quelques jours au bitume de la capitale, avec Pilou.

Pilou dans la voiture des gentils Suisses qui nous on ramené de Maçon à Paname pour 10 euros.

vendredi 3 septembre 2010

Métaphysique du malheur.

 Quelle belle journée ! - me dirais-tu à travers des larmes qui regretteraient un ciel gris et un vent violent. Je ne voudrai plus t'embrasser ce jour là. Tu as choisi le camp des des demi-faces, celles qui rient pour ne pas pleurer, qui engloutissent la bière au lieu d'engloutir leur propres vies. J'aurais voulu te sauver ; au moins une fois te faire monter sur ce bateau qui prend le large, sur lequel il n'y aurait que les éléments qui te permettraient de voir au-delà du présent, au delà-de l'avenir, à travers le passé, si translucide. Peut-être y voudrai-tu un jour remonter seul, comme certains voyageurs en manque de nouvel air qui embarquent en oubliant leurs valises où même leurs larmes étaient rangées. Moi, j'ai compris bien trop vite que je ne pourrai jamais être le capitaine de bord : je n'ai jamais vraiment touché le fond pour mériter de me promener paisiblement sur la surface. Il me faudrait vivre infiniment plus de chagrins et de solitude qu'une vie entière ne le permet, ceci est réservé aux plus mélancoliques d'entre nous, et j'en ai pas vraiment encore croisé sur mon chemin. Du coup, je cherche à en être seulement le passager. Je ne sais plus quoi te dire, je suis dans l'incapacité de te relever assez la tête pour que tu voies le beau paysage qui s'offre à toi par-dessus tes maigres chagrins. Quel beau métier aurai-je pu faire : vous relever la tête, à tous, vous écarquiller les yeux en vous crachant toutes vos faiblesses en face, celles que j'arrive à cerner plus vite encore que vous-mêmes ne savez le faire. On m'aurait peut-être détesté de vivre si proche de la vérité, de la vôtre, de la mienne. On habitue les gens à être à l'écoute, mais c'ets le contraire qu'il faut faire : il ne faut pas laisser parler, car les mots de ceux qui se sentent malheureux ont un pouvoir plus dévastateur encore que le malheur lui-même. Il faudrait trouver un moyen de leur faire oublier leurs illusions, leurs résolutions. Combien de fois a-t-on fait l'erreur de demander si ça va à quelqu'un qui ne va pas bien ? Quelle que soit la réponse - "oui", "non", "mieux" -, le visage de la personne se décompose, rongée par le souvenir de ce chagrin oublié quelques instants. Quelle erreur que d'entretenir le souvenir, le bon comme le mauvais car le premier intensifie le deuxième.
   Je crois que c'est tout simplement de la faiblesse : l'horreur de se détacher de soi, même si on se sent tellement mal dans notre présent, on se sent obligé d'y rester soudé, comme si en le perdant on perdrait tout ce qui nous appartient jusqu'à nous mêmes. C'est de la lâcheté - le plus facile et le plus fiable des moyens des gens faibles - que de se suspendre par le cou à une corde qu'il suffirait de couper pour retomber sur ses pattes.