13 décembre 2017

Une ambiance qu'on ne peut fuir // succinct bilan.

   Ça sent le sapin à certains coins de rues où les gens se pressent d'excitation afin d'acquérir leur arbre de Noël afin d'y entasser dessous les cadeaux au moment venu. Les enfants sont impressionnés par ces immenses conifères de plus d'un mètre qui s'élèvent au-dessus de leur petites têtes emmitouflées dans des bonnets colorés et mis de travers. Les manteaux des passants crissent en se frôlent dans la rue ; l'air est chargé d'électricité provoquée par ces frottements de laine, de matière imperméable et de plumes. Mais surtout, ce sont les scintillements des guirlandes, des vitrines et des lampadaires qui se reflètent dans les flaques de verglas fondues qui électrisent les dizaines de milliers de parisiens que je croise chaque soir dans les rues.
   On ne peur fuir cette ambiance. J'ai l’impression d'être un grain de chocolat en poudre, qui est inévitablement mélangé avec toutes les autres centaines de milliers de poussières de chocolat dans une énorme tasse de lait brûlant, afin de ne former qu'une seule et unique masse fondante. Son odeur se croise d'ailleurs à l'entrée de chaque boulangerie ; chacune d'elle propose un assortiment arc-en-ciel de pâtisseries qui ravivent les yeux et les papilles. Moi, je n'ai assez de pièces dans mon porte-feuille que pour les moins chères des bières des bars les plus simplistes. Mais ça me rend bien heureuse de pouvoir savourer mes quelques gorgées de houblon dans cette effervescence commune, géante de laquelle je fais indéniablement partie, malgré moi.
   Je n'ai pas eu le cafard depuis des semaines ! Je jubile de plaisir tous les soirs -; un peu moins tous les matins car j'affectionne plus de tout la tendresse de ma couette en plumes. Je suis débordée mais je déborde : d'énergie, de bonne volonté, de plaisir, de chaleur. Je n'ai d'ailleurs presque pas froid : le vent glacial me fouette bien mes chevilles dénudées - que d'aucuns sont scandalisés de voir en cette saison - ainsi que mes doigts et mes narines, mais je n'éprouve aucun mal-être en ressentant ces picotements. Au contraire : ils me stimulent ; je frissonne, je m'émoustille, je frétille d'énergie.

   Je manque de temps d'être fatiguée, d'être lasse, d'être blasée. Il ne reste plus que dix-neuf jours avant la fin de la plus belle année de mon existence. Je ferai tout pour, mais je ne suis pas certaine que 2018 me soit aussi propice. Alors je respire avec allégresse l'air glacial de ce mois de décembre qui me procure autant de joie que le ferait habituellement un mois de juillet entre mer et garrigue. C'est l'odeur du bonheur qui se répand dans mes poumons, encore et encore. Et je continuerai à cultiver cette merveilleuse sensation, encore et encore, jusqu'à la fin de la dernière année qu'il me sera donné de vivre.
   Car je mourrai en décembre, si seulement je meurs un jour. 

18 novembre 2017

Albert Calmus - L'étranger

Des bruits de campagne montaient jusqu'à moi.
Des odeurs de nuit, de terre et de sel rafraîchissaient mes tempes.
La merveilleuse paix de cet été endormi entrait en moi comme une marée.
À ce moment, et à la limite de la nuit, des sirènes ont hurlé.
Elles annonçaient des départs pour un monde qui maintenant m'était
à jamais indifférent. Pour la première fois depuis bien longtemps,
j'ai pensé à maman. Il m'a semblé que je comprenais pourquoi
à la fin d'une vie elle avait pris un « fiancé », pourquoi elle avait joué
à recommencer. Là-bas, là-bas aussi, autour de cet asile où
des vies s'éteignaient, le soir était comme une trêve mélancolique.
Si près de la mort, maman devait s'y sentir libérée et prête à tout revivre.
Personne, personne n'avait le droit de pleurer sur elle.
Et moi aussi, je me suis senti prêt à tout revivre. Comme si cette grande colère
m'avait purgé du mal, vidé d'espoir, devant cette nuit chargée de signes
et d'étoiles, je m'ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde.
De l'éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j'ai senti
que j'avais été heureux, et que je l'étais encore.

17 octobre 2017

Peau neuve

Un mois que je suis rentrée.
Je crois que c'est seulement aujourd'hui que j'ai pu déterminer avec exactitude l'instant précis où a commencé ma nouvelle vie. J'étais sortie du métro avec mon épouvantablement énorme valise turquoise -et mon autre valise bleue, plus petite mais plus obèse-, je m'étais approchée avec fierté mais incertitude de l'arrêt de bus où on s'était données rendez-vous. Je levais ma tête haute d'un air un peu hautain et je regardais lentement de gauche à droite de sorte à ne pas avoir l'air de chercher quelqu'un du regard, puisque j'étais autonome et n'avais besoin de personne.
J'avais plein d'a prioris. Je t'imaginais peut-être snob, peit-être laide, peut-être niaise, peut-être bête, peut-être avec une voix insupportable, peut-être même tout cela à la fois. Je n'avais que les dix chiffres de ton numéro de téléphone et deux bref messages échangés pour me faire une idée. Et puis t'as débarqué du coté où je ne regardais pas, sans que je sois prête à enfiler ma cuirasse imaginaire avec laquelle j'accueille à l'accoutumée les inconnus. Tu m'as dit bonjour avec ta plus belle bise et tu m'as demandé si j'avais fait bon voyage avec le plus éclatant des primo-sourires. Ça a fissuré quelque chose quelque part entre mes poumons. Je t'ai répondu naturellement, sincèrement, du tac au tac. Ça a fissuré en fait cette espèce de boule dans le ventre que j'avais à chaque contact avec un étranger. Je me sentais légère, en confiance. J'ai souffle.
J'ai été un peu réservée, à peine sage. Ça a duré un instant. Depuis ce jour là, ce moment précis où tu m'as salué de ta jovialité sans bornes il n'y a pas eu deux seuls jours d'affillée où je n'ai pas ri aux éclats, où j'ai été frustrée, triste, sobre, mal entourée, dévalorisée, malheureuse.
Un mois que je suis rentrée.
J'ai encore mal à la poitrine quand je revis les images de mon départ. J'ai rarement autant pleuré, devant des gens, en public, seule. Encore maintenant quand ma playlist tombe parfois sur cette fameuse chanson phare de l'été qu'on a écouté en boucle j'ai des fourmis dans les joues et le dents qui se serrent.
Un mois que je suis rentrée.
Quatre que je suis follement vivante, pleinement épanouie, étonamment heureuse. Je mange aussi goulument à la louche les heures passées à coder du HTML à 20h en classe que celles à boire une cinquième bière pendant mes concerts de punk. Car il y a assez de carburant d'amour dans mon coeur jusqu'a la chute de mes dernières dents tellement j'ai croqué de beaux souvenirs Outre-Atlantique, ici, partout, constamment.

06 septembre 2017

Démangeaisons

    Ça gratte. Ça gratte depuis quelques jours...
   Je sens comme une grossière râpe à fromage me frotter doucement le coeur sur sa partie supérieure. Ça appuie un peu sur les organes, sur les poumons, ça m'empêche un peu de prendre de l'inspiration. J'imagine à ces moments là mon coeur de gruyère se transformer en une motte de beurre. J'imagine que cela ne fait pas mal, que ça glisse sans m'écorcher, que ça gratte dans le vide et que cela ne me fait rien de plus qu'un simple massage cardiaque.

   J'ai souri. J'ai souri dix mille fois cet été, cette semaine, ce soir là ; ces soirs là. J'ai eu si mal au ventre d'avoir autant ri, d'avoir autant bu, d'avoir autant aimé.
   J'ai les jambes pliées sur la fausse chaise en rotin, le regard dans le vague, une belle gueule dans la main, un briquet un peu trop loin, la guirlande lumineuse qui me cache les passants sur le boulevard Rosemont. J'imagine cette terrasse recouverte de ses feuilles d'automne, et puis la table en palettes que J. a faite en foutant plein de colle à boit partout recouverte d'une épaisse couche de neige ; l'épaisse fumée qui sortira de la bouche de M. quand elle fumera sa clope avec ses moufles, avec son thé. C'est si imminent. Et moi je suis encore tellement ici, tellement en vacances, tellement en vie, en pyjama, tellement bien...
   Je suis partie trop loin, cette fois. Trop loin pour mettre un point à la douceur des heures qui passent à une cadence si peu monotone, aux réveils qui sonnent dans le vide ; très peu pour moi de choyer mes feu petites envies de conforts hebdomadaires. Ce sera désormais vendredi tous les jours de mon existence mais parfois on ira travailler en fin de semaine.
J'suis devenue mélomane, euphorique, alcoolique, vaginale, rayonnante, dérisoire, grande gueule, sarcastique, moins timide, moins maigre, moins anxieuse, plus procastinatrice, encore plus lisse, plus superficielle, plus impartiale encore, plus fun, plus full, plusieurs.
   Je ne dis pas que je reviendrai. Mais je me promets de repartir. Pas nécessairement ici, mais obligatoirement avec les mêmes personnes. Ces milliers de personnes qui ont foulé le parquet du salon pour me donner des lampées de bonheur. J'en suis gavée, liquéfiée, saoûle. 
Pour le moment.

18 août 2017

À vive allure

   J'ai une folle envie de vous prendre,
   Tous.
   Je déborde...
   Je veux sentir vos sourires bénir mes yeux rieurs, je veux vous voir fous, beaux, herissés : au moins un peu heureux comme moi.
   J'ai l'impression de soutenir le monde qui m'entoure avec mon petit doigt gauche. Je suis loin de céder, au contraire : je me muscle, je me remplis, je m'elève. Vous m'élevez : je suis votre enfant à tous, votre petite dernière, votre bout de vous, votre accomplissement votre conscience votre rêve. Je vous suis si reconnaissante...
Tous les soirs je pense à vous, à vous tous. Vous être la plus belle chose du monde qui me soit arrivée, chacun de vous, chaque moment passé en votre compagnie, chaque seconde où j'ai songé à vous, votre peinitude. Regardez vous ! Vous êtes tous plein d'un savoureux fluide qu'on appelle vie ; moi je le nomme bonheur et je le laisse me scillonner les veines les aisselles et le coins de mes lèvres le plus souvent que je peux.
   J'ai décidé il y a quelques jours que je serai heureuse pendant dix ans. Quand je l'ai dit à mes colocs ils m'ont regardé bizarrement. "Pourquoi ?"
   Pourquoi ?! Comment ça pourquoi ?! Y a-t-il une seule raison au monde de ne pas décider d'être heureuse ? Pis seulement pour dix ans, ce n'est rien pardi. Il ne reste plus que neuf ans et 359 jours... Parce que je le veux je le decide je me l'octroie de plein droit. Parce que je suis vivante et que je le savoure chaque minute depuis six mois. Parce que les rares fois où j'ai pleuré en 2017 c'était de bonheur et c'était tellement bon. Parce qu'il suffit de sourire le matin au lieu de grogner. Parce qu'il suffit de comprendre les actes des autres pour les pardonner et les accepter, parce qu'il suffit de desserrer un peu son coeur, comme quand on enlève le pied de la pédale de l'accélérateur pour admirer le paysage : il y a toujours de belles choses à voir, à faire, a sentir, à raconter. Roulez sereinement, mais pas trop lentement, n'oubliez pas votre prochaine destination : ce sera la meilleure de votre vie.

01 août 2017

Je suis là
Je le sens
Comme cette odeur d'aisselle, de bière, de goudron pluvieux

Je suis là comme un soleil sur son nuage
Comme la goutte de rosée sur une feuille de buisson
À l'ombre
À l'oeil
À votre santé

Satiété
Déja nous sommes rendus à la mi-temps,
À la moitié
Mois d'aout : papillon de nuit
Je traverse les bribes de fumée
Et les gouttes de pluie

Je goûte
Le nectar de tout ce qui est bon en ce monde ;
Le sucre : ce sel, ce pêché immonde
M'innonde
Dans ce monde
Comme tour le monde.

Vous êtres cent.
Je suis mille !
Je suis remplie, je suis dosée
Je suis posée
Je -ne- suis -jamais- rassasiée.

Je suis seule
Parmi vous tous
Et vous êtes seul parmi moi
Par miracle
Par bonne chance
Je respire, en cadence.

J'emploie : le verbe amour au singulier
Au plaisir, au désir, au gré du vent

Mes lundis sont longs et abrupts
Les phalanges de mes doigts ne vous diront pas le contraire
;

Belle soit la nuit
Comme tous les soirs
Comme toute la vie...
J'ai vingt-cinq ans après tout :
Qui dirait le contraire ?

27 juin 2017

Débuts.

Ça fait neuf ans aujourd'hui.