Hier soir, je me suis assise sur une enclume, et j'ai senti sa douleur, qui me transperçait les cuisses. C'était ma douleur aussi, autrefois.
26 février 2011
20 février 2011
04 février 2011
C'est comme ça partout
Tu avais l'allure et l'arrogance des éphèbes antiques
lorsque tu t'asseyais sur une chaise
aussitôt le bois se transformait en velours sous tes cuisses
tu buvais du miel
tu mangeais de l'ananas
tu fumais la pipe, une pipe d'ébène
tu ne criais pas, non, tu me regardais de haut
de tellement haut que je voyais à peine tes pupilles posées sur les miennes
j'avais l'impression que tu observais ma chevelure
j'étais blonde à tes yeux
blonde comme ces filles qui servent de tableaux aux soirées
blonde comme celles qu'on n'a pas envie de remarquer
blonde comme celles qu'on embrasse une fois, par inadvertance
blonde comme la plus vaste solitude.
Tu nageais : tes doigts balayaient l'air comme si tu te trouvais au fond d'un océan
et dieu sait si dans ta tête tout n'était pas que liquide
aurais-je pu être une algue ?
flotter entre tes oreilles ?
ne rien voir, ne rien entendre ne pas exister
seulement être présente, ne rien dire...
non je n'aurais pas su.
parce que tu étais l'eau parce que tu étais le roi
parce que tu étais beau et ridicule
hautain et doux
fou et attentif
vivant
et disparu dans les limbes de notre vie commune.
lorsque tu t'asseyais sur une chaise
aussitôt le bois se transformait en velours sous tes cuisses
tu buvais du miel
tu mangeais de l'ananas
tu fumais la pipe, une pipe d'ébène
tu ne criais pas, non, tu me regardais de haut
de tellement haut que je voyais à peine tes pupilles posées sur les miennes
j'avais l'impression que tu observais ma chevelure
j'étais blonde à tes yeux
blonde comme ces filles qui servent de tableaux aux soirées
blonde comme celles qu'on n'a pas envie de remarquer
blonde comme celles qu'on embrasse une fois, par inadvertance
blonde comme la plus vaste solitude.
Tu nageais : tes doigts balayaient l'air comme si tu te trouvais au fond d'un océan
et dieu sait si dans ta tête tout n'était pas que liquide
aurais-je pu être une algue ?
flotter entre tes oreilles ?
ne rien voir, ne rien entendre ne pas exister
seulement être présente, ne rien dire...
non je n'aurais pas su.
parce que tu étais l'eau parce que tu étais le roi
parce que tu étais beau et ridicule
hautain et doux
fou et attentif
vivant
et disparu dans les limbes de notre vie commune.
01 février 2011
L'exigence absolue
Vivre par amour, cela paraît impliquer tout le reste. Un amour véritable garantit en même temps l'authenticité morale de la conduite. C'est pourquoi Saint Augustin a dit : "Aime et fais ce que tu veux". Mais il ne nous est pas possible, à nous, êtres humains, de vivre uniquement par amour [...] car nous glissons sans cesse dans les déviations et les confusions. Aussi ne pouvons-nous pas compter aveuglément et à tout instant sur notre amour : nous devons l'éclairer. Et c'est pourquoi, pour nous, créatures finies, la discipline de la contrainte continue à être indispensable pour maîtriser nos passions ; indispensable aussi la méfiance à l'égard de nous mêmes pour démasques l'impureté de nos motifs. Quand nous nous sentons sûrs, c'ets justement que nous sommes en train de nous égarer.
*
*
Karl Jaspers - Introduction à la philosophie
29 janvier 2011
Une soirée au delà de l'enfer
Je t'aurais tué d'un coup de veilleuse halogène mais il n'était que quatre heures trente cinq du matin. Le vinyle ne grésillait déjà plus depuis longtemps sous la pointe usée du saphir. Je voulais attendre que tu t'endormes mais tu mettais ton pull, ton manteau ; alors je t'ai demandé de rester alors que je voulais que tu partes. Le temps de te supplier de façon hypocrite, les minutes s'étaient écoulées à petites gouttes. Tu avais une écharpe autour du cou, et à chaque fois que je mettais mes bras sur tes épaules j'avais envie de t'étrangler avec ce bout de tissu. Quelle idée de porter une arme de ce genre sur soi... Tu étais beau et arrogant, tes cheveux et tes yeux étaient noirs sous la lumière de la lune. Tu ne voyais pas mon rictus qui disait tout le contraire de mes mots, alors, tu as cédé et tu es resté. Je voulais encore te tuer, toujours dans ton sommeil. Alors j'ai décidé qu'on se déshabillerait et qu'on baiserait sur le canapé crade du salon. Tu t'endors toujours après l'amour. Mais tu n'as pas voulu. D'habitude, c'est moi qui ne veut pas de tes mains, de tes lèvres visqueuses et de ta bite collés à moi, mais pour une fois, pour une dernière fois j'étais prête à le subir. Alors je t'ai encore supplié... C'était lent en long, douloureux et mécanique, comme un ordinateur surchargé qui n'arrive pas à s'allumer. Le réveil que je regardais sans cesse en imitant l'orgasme indiquait six heures, déjà. J'ai attendu que tu éjacules en moi, que ton sperme aille se loger à l'entrée de mon utérus, comme à chaque fois. Au moment où tu t'es retiré je pleurais sans raisons, ou bien parce que je voulais te faire disparaître au plus vite ou bien parce que je regrettais déjà ce que je voulais faire. J'étais fatiguée, tellement fatiguée que je t'ai laissé partir. Tu t'es levé alors que j'étais encore nue, tu t'es rhabillé, tu as mis ton chapeau et tu as ouvert la porte. Alors j'ai couru te dire au revoir, j'ai couru embrasser tes lèvres. Le sperme tiède me coulait sur les cuisses et les larmes, chaudes, elles, me sciaient les joues. Je t'aimais déjà à nouveau, par faiblesse.
J'ai refermé la porte soulagée, en te disant à demain, et quelques secondes après j'ai entendu un grand fracas. J'ai réouvert. J'entendis alors la masse lourde de ton corps s'écraser quelque part au niveau du premier étage, tout comme lorsque, quelques minutes avant, elle s'écrasait sur mon corps. Tu étais mort à cause du paillasson qui était mis de travers et sur lequel tu as trébuché. C'était quelque chose que je n'aurais jamais pu prévoir.
27 janvier 2011
Une oeuve ratée qui coute des millions.
C'est comme s'il n'y avait rien, nulle part. Comme si le sens n'existait pas et qu'il n'y avait pas de choses à définir. C'est incomparable au vide car ile s'oppose à une certaine plénitude, ni au néant car il suppose le verbe "être". Or, là, rien ne s'oppose à rien, les principes même d'opposition, de concept semblent s'être dilués quelque part dans une salle de bains, dans un lit aux draps rouges, dérobés sur un visage qui sourit dans le vague, comme la fumée d'une cigarette. On bat des mains pour la faire fuir, comme si on ne pouvait pas assumer complétement le fait de fumer, alors que c'est l'une des rares choses qui procure encore un peu de plaisir. Les nerfs qui lâchent, qui s'emmêlent formant des nœuds encore plus serrées, encore plus douloureux et volumineux retournent le sourire à l'envers, les doigts qui tremblent, les yeux qui piquent, la chair défraichie par les mouvements brusques. Qu'est-t-on encore lorsqu'il ne reste que tout cela de nous ?
- de la vapeur de méthanal...
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