06 janvier 2020

Injustices.

C'est la première amie qui me parlait des enfants comme d'un avenir certain pour elle, comme d'un futur paisible et riche, comme d'une caresse d'amour, comme d'une aventure sans fin et d'un accomplissement.
Sa voix de velours est tellement ronde que parfois elle n'atteignait pas mes tympans et je lui demandais de répéter. Elle a des cheveux d'or et d'écorce et je ressens encore ses boucles vaillantes entre mes doigts, en cours d'espagnol. J'étais partie une semaine chez elle, a Aix-en-Provence, il y a cinq ans. On discutait des jours entiers en mangeant des tomates et en visitant des expos.
Elle a le sourire le plus enjoué et le plus apaisant que je connaisse, et la malice dans son regard a toujours suscité chez moi respect, plaisir et admiration.

Nous nous sommes vues la dernière fois à Paris, en 2016. On a ri sur l'île Saint-Louis en mangeant des glaces.

Depuis, Sh a déménagé au Mexique, s'est mariée et elle vient avoir un bébé. Son accouchement par césarienne lui a provoque une infection qui a nécessité trois opérations sont une ablation de l'utérus. Elle n'aura plus jamais d'enfants, à part la petite Nour qu'elle vient de mettre au monde.

Je ressens une peine infinie et une vive douleur depuis cette annonce, et je prie l'univers de lui donner de la force et de la faire sourire jusqu'à ses 90 ans.
Pensées infinies pour sa santé, son enfant, ses cheveux, sa famille.

29 décembre 2019

Paresse

Il n'aimait que le monde
Le monde qui l'entoure
Il n'était que le monde
Le chaos et l'autour

Le gris de son âme
Le vert de sa peau
Le cri de son bras
- gueule de vautour

Paresse de l'ivresse
Faiblesse du mensonge
De roi il est devenu songe

Les fils de ses mots, les bas de ses phrases
Se sont effacées comme fondent les glaces

Éclair millénaire de ce que nous fûmes jadis dans les mansardes et les verres comptés je suis vaine de ta vie comme les plumes de l'oiseau qui s'évertue à marcher. Tu es tué par mégarde par la frappe, pas les coups. Coups d'un soir, coup d'un quart d'heure les douze coups de minuit sonnent creux à ta porte.

Je suis si loin de ton rivage, désolée mais j'aurais coulé
Le douces vapeurs de ton pelage
Qui ne réchauffent que les trottoirs.
Au revoir notre beau monde,
Au revoir nos doux amis en commun
Au revoir l'espoir qui gronde

Et à demain matin.

27 décembre 2019

Chaleur.

Le voile de velours que laisse la chaleur de ton corps contre le mien est indélébile et inoubliable. Je me sens caressée de ton souvenir toutes les journées qui suivent une nuit à deux. Je ne me souviens pas d'avoir un jour été aussi dépendante du toucher, du toucher d'autrui. Ma peau devient fluide à ton contact et je me vague contre les dunes de ton corps comme l'écume de l'océan contre le sable.
Ces caresses m'éclaboussent d'émotions si fortes que je prends parfois peur de ton absence, ne serait-elle qu'une question d'heures.
Ne laisse pas ma peau refroidir, mon amour.

22 novembre 2019

Anima.

LARUS DELAWARENSIS

Le fleuve glissait dans son vêtement de khôl, la glace en plaques cadenassait sa puissance. Il était dans sa lenteur et nous dans sa fraîcheur. Là-haut, nous tournions en rond. Nous étions affamés et le ciel, tout autant que nos cris, ne nous rassasiait plus depuis longtemps. Il nous fallait de la chair et les humains sont impossibles à dévorer. Nous tournions en rond, sur le point de nous entredéchirer quand nous l'avons aperçu. Ils marchait, tête nue, le long du monumental pont métallique, indifférent à la violence du paysage, sans jamais regarder dans la profondeur, sans marquer le moindre arrêt. Nous voyons parfois des humains se jeter dans le vide, s'émiettant à la surface de l'eau, et se dissolvant dans la gueule du fleuve. Il était de ceux-là. Tous, nous avons cru à sa chute, mais il n'a pas marqué la moindre hésitation. Il refusait la mort. Il était puissant, infaillible et, mettant un pied l'un devant l'autre, il est arrivé à l'extrémité du pont avant de s'engager dans une des bretelles de l'autoroute, sourd aux klaxons des machines qui le frôlaient à une vitesse qui dépasse notre entendement. 

Wajdi Mouawad, Anima

06 novembre 2019

Loin du coeur.

Qu'écrit-on à quelqu'un qui est en prison ? 

19 septembre 2019

Interstices.

Il y a des jours où le cœur se serre, la bouche se fige, les mots les plus blessant transpercent l'écran et vont se figer sous le diaphragme, empêchant de respirer. Les larmes dévalent les joues comme une avalanche de petits pois et l'on se rappelle que cela fait longtemps qu'on ne s'aime peut-être plus vraiment comme on s'est promis.
Et les draps se transforment en océan le soir, où l'on voudrait se noyer d'avoir cru encore une fois à la satiété.

03 septembre 2019

Adulte.

Ce sera dans quelques jours, ma vie adulte.
J'apprends à marcher avec plus d'assurance dans la rue, à moins trembler des mains, à m'excuser moins souvent. A être sûre de moi, à être calme, à savoir combien je vaux et ce que vaut tout le reste. A comprendre aussi que la finalité, c'est pas ce qu'on nous dicte d'avoir mais ce qui nous rend heureux. Je vais mettre du temps, le temps de mettre de l'argent de côté. De l'assurance, aussi.
J'ai un repère. J'ai des objectifs.
J'ai peur, encore.
J'ai hâte, aussi.
Je vais.
Je vais voir.