11 février 2019

Ver.

Je hais certaines soirées comme celle-ci.
Je hais le vide interstellaire de ma paresse de ma passivité de mon courage de mes ambitions,
Je déteste la vitesse à laquelle les minutes me rapellent mon inutilité
Je me sens nuisible insecte, chatte obèse, sac plastique embroché sur les branches d'un arbre.
Je prie depuis des heures pour avoir sommeil
Mais que je lise, que je pleure, que je me touche, que je bouffe ou que je scrolle twitter rien n'y fait.
L'inexistence de cette journée me tord telle un seprent qui vient de se faire arracher la tête
Je suis la flaque d'eau qui reste encore sur le bitume après deux jours de soleil,
Je suis le pot de yahourt mal terminé qui commence à dégager une odeur âpre.
Je suis impirtune, génante, flasque.
Il est 1h32 et ce que je voudrai faire demain ne se fera pas par manque de temps
Le temps de me dire que je peux, que je dois, que je vais.
Je piétine toutes mes envie avec mes pieds enflés
Je sens que même la nourriture ne veut pas s'affaisser dans mon oeusophage
Rien ni personne ne veut cotoyer le minable amas de peau que je suis
Je n'éprouve à mon égard qu'une viole te répugnance
Je ne pleurerai pas, ce serait trop d'apaisement à me donner
Je ne serai donc que le parasite qui se terre à ce deuxième étage

Jamais papillon.

31 janvier 2019

Mes ongles ont la peau dure

Je suis
cramée brûlée hors de contrôle
je vais me rôtir comme une poulette
pour toi
pour tes aises
pour tes paranos
Pour nos adreurs trop cuites.
Je suis la fille merveilleuse qui ne t'appartient
que quand je ris
Tu n'aimes que notre volupté ; tu ne préserves
que notre intégrité

Tu engendres un nouvel organe au creux de mon diaphragme qui diffuse rapidement de son taux d'acidité - l'huile essentielle de ma détresse - à tous ceux qui me font sentir vivante quand je frôle ton existence.
Mon coeur suffoque ;
mes poumons crampent ;
mes yeux se floutent ;
mes mains tremblent ;
mon ventre s'effrite ;
mes genoux me lâchent ;
mon foie gonfle ;
mes reins flanchent ;
mes dents grincent ;
mes joues se campent :
mon corps s'effondre comme une vieille tombe.

Je m'effondre, donc : face à la plus petite de tes incertitudes
Godzilla de ma vie, tu fais trembler ma frêle structure
J'ai vingt six ans et quand tu m'écris trois mots de travers j'ai le Parkinson et l'Alzheimer.

Sais-tu ?
Je te serai fidèle comme une vieille chienne aveugle,
Tant que tu me caresses deux fois par jour dans le sens du poil,
Tant que tu me diras ces mots doux,
Tant que tu me laisseras dormir à tes pieds.

Suis-je si fugueuse pour que tu me laisses ?
Suis-je si joueuse pour que tu me fasses courir ?
Suis-je si chienne pour que tu me fasses subir ?

Je fais une guerre d'un carambolage
Je crise d'un mot, tu m'uses d'une phrase
;
Éreintée de mon inassurance
Je ne suis l'ombre que de tes évidences

Je me barricade de tes mégères
Je fais pousser mes larmes comme de la fougère
Vilaine cicatrice de vide qu'on laissés les automnes où tu t'es absenté de ma vie
Tu me sèmes d'amour
Tu ne recueilles que la colère.

Je ne suis qu'ombre d'un nuage
l'écho d'un vague frémissement
l'image vieillie d'un mauvais voyage...
Indélectable désistement.

Tu es la crinoline de mes espérances
Le jupon de mes futurs
L'enveloppe de mes envies rances
Le précipice de mes investitures.

Tu es
Les lettres qui composent l'alphabet de ma cénesthésie
Alors,
N'éventre pas les recoins de nos synesthésies...

Je suis tienne
Je suis vilaine
Je suis infecte, épouvantable :ignoble et exécrable ! Je suis monstre, je suis laide, je suis fade je suis bête. Je suis hideuse, je suis féroce, je suis instable, je suis frileuse.

Je suis borgne de tes états
Et aveugle de nos alégresses
Je suis - mais surtout : je ne suis pas -
Quand tu me mêles à ta détresse.

Je suis terrible ! :
plus que tout
quand il s'agit
de notre amour.

Croque moi et je m'enroue pour que l'on fasse
demi-tour

Beige Mitterrand.

La première fois que j'ai rencontre l'expression "beige Mitterrand", c'était sous la plume de Frédéric Dard, dans l'un de ses romans de la série des San Antonio. Son héros fétiche, celui qui contribuait à porter les tirages au-delà des 500 000 exemplaires, Alexandre-Benoit Bérurier, était vêtu d'un imperméable qualifié de "beige Mitterrand" ; il était en outre maculé de graisse, comme souvent. Par la suite, au début des années 1990, j'ai retrouve cette même expression dans d'autres contextes et chez d'autres auteurs. Il s'agissait d'une pure expression chromatique sans aucune portée politique ni dimension argotique ou populaire, encore moins journalistique ; une expression authentiquement littéraire, presque savante et vraiment superbe.
J'ignore si Frédéric Dard en est l'auteur - je sais qu'il fut un proche du président, à qui pourtant il ne ménageait guère ses critiques - mais je suis à peu près certain que cette expression faisait allusion à la couleur d'un costume d’été que François Mitterrand porta pendant au moins deux saisons : un costume léger, en lin ou en toile, pas très bien coupé et d'une nuance de beige qui ne lui allait absolument pas. L'ancien président de la République n’était du reste pas fait pour les tenues recherchées ou officielles, encore moins quand il s'agissait de tenues d’été. Lui qui était solide et imposant en tweed ou en velours devenait emprunté et ridicule dans des tenues trop claires et des tissus trop fins. Il est étrange que ses conseillers vestimentaires ne l'aient pas remarqué, ou qu'ils ne l'aient pas pris en compte. Pourquoi, dans les chaleurs de l’été, déguiser de beige un président âgé sur qui un simple bleu marine aurait été mille fois plus discret et plus convenable ? François Mitterrand détestait-il le bleu marine ? Ou sinon lui, son entourage? A l'Elysée, jugeait-on naïvement - et stupidement - cette couleur trop "de droite" ? Comment peut-on, lorsqu'on est un professionnel de l'apparence et de la communication, commettre de telles erreurs ! Vêtu de beige, le président semblait à la fois mal endimanché, en fin de septennat bien avant la date et comme fatigué de ne plus croire à ses propres valeurs.
A dire vrai, la nuance de ce beige était désastreuse. A la fois trop claire et trop voyante, comme celle d'un costume de petit malfrat de chef-lieu de canton ; avec en outre une légère nuance "moutarde avariée" du plus vilain effet. Certes, je n'ai vu ce costume qu'en photos et à la télévision, donc assez loin de sa matérialité véritable. Au demeurant, s'agissait-il du même costume ou de plusieurs, taillés sans le même tissu ? Combien d'exemplaires de la même tenus possède un président de la République ? Le saura-t-on jamais ? La nuance de ce beige en tout cas semblait toujours identique : un vilain beige, tout ensemble beige d'autrefois et beige trop neuf, beige de la province et beige des mauvais quartiers. Un beige vulgaire, sorti d'un roman des années 40 et maladroitement remis au gout du jour après un passage trop appuyé chez le teinturier. Bref, une sorte de "beige Simenon" devenu "beige Mitterrand". Rien à voir, absolument rien, avec les splendides beiges aristocratiques que portait mon écrivain préféré, Vladimir Nabokov, à la fin de sa vie, sur les bords du Lac Léman, ou je l'ai aperçu plusieurs fois sans jamais oser l'aborder, probablement parce que je l'admirais trop.
Qui dira un jour combien cet horrible beige mitterrandien a coûté de voix à la gauche au début des années 1990 ?

Michel Pastoureau, Les couleurs de nos souvenirs.

28 janvier 2019

Dérailler sur ta peau.

   De l'autre coté du couloir, dans le wagon, il y a un couple qui somnole, moelleusement enlacé. Ils se tortillent régulièrement pour changer de position dans ces inconfortables sièges de train, et à chaque mouvement ils se lovent encore plus l'un à l'autre. Ils me font penser à nos éternisantes mais si fugaces matinées où nous sommes si embrassés, si fortement enjambés que nous semblons former une sorte de petite dune.
   Cela fait plus de douze lunes que je désire, chaque crépuscule, passer mon museau dans le velours de ton menton, que je souhaite cerner tes cils de mes pupilles, que je tâche le plus souvent possible d'enrouler mes doigts autour de tes bras de satin, m'accoler à une de tes cuisses, me presser contre ton flanc ou jouir d'enrouler vigoureusement tes épaules.
   Comme si la proximité avec la chaleur et les ondulations de ta peau était cette chose même qui fait frémir en rythme le grandissant organe que j'ai dans ma poitrine, que tu cultives de ton existence depuis 372 nuits.

30 décembre 2018

Tout cela

Boire un peu moins
Trouver du travail
Faire du sport six fois par semaine : salle de sport, abdos à la maison, marche d'une demi heure, faire l'amour... tout compte.
Lire davantage
Remonter mon niveau en espagnol
Remonter le niveau en anglais
Se baigner plus
Se focaliser plus sur soi
Être plus patiente
Parler plus à sa famille
Prendre du temps pour créer
Manger un peu moins
Souffler un bon coup quand ça va pas
Faire plus d'expos
Se balader plus à Paris
Aller plus souvent à Montpellier
Réapprendre à conduire
Prendre soin d'Adrian et moi
Rêver d'avantage
Angoisser moins
Aller davantage vers les gens
Refaire de la pole dance
Acheter un nouvel ordinateur trop cool
S'habiller mieux
Avoir plus de plantes
Définir ce qui me plairait dans la vie à moyen terme
Apprendre à faire des tartes au citron meringuées
Manger plus de fruits de mer
Dire aux gens que j'aime que je les aime, plus souvent
Faire plus de choses, encore plus qu'en 2018
Me valoriser
Apprendre à savoir ce que je sais réellement faire
Apprendre à savoir ce que je veux réellement faire
Apprendre à vouloir faire ce que je sais faire
Refaire des perles
Faire des collages
Voir Anne bien plus souvent
Réavoir mon grand écart droit
Trouver mon parfum préféré
Aller davantage au cinéma
Avoir plus de temps en ayant moins de temps
Serrer Adrian dans mes bras à chaque instant où cela est faisable
Se faire violence
Acheter plus de fruits rouges même si c'est cher
Jouir plus
Aimer, encore et encore et encore

Recommencer chaque jour

28 décembre 2018

Dévêtue.

C'est donc un cycle incontournable. Même les plus puissants ouragans de fureur de vivre s'en vont et lui laissent place. À ce silencieux rouleau compresseur qui réapplatit le diaphragme comme lorsqu'il subsistait en léthargie quand j'avais si peur que je ne ressentais plus rien. J'ai peur de nouveau, je n'ai en vérité jamais cessé d'être craintive. De l'inaction, de l'incomplétude, de l'inexistence. Voilà que tout m'échappe encore. Comme lorsqu'on est parvenu à bourrer toutes les affaires dans un placard et qu'en entrouvrant la porte les étagères te vomissent dessus toute ta garderobe. Je me vomis dessus ma fatigue, ma flemme, mon incapacité, mes angoisses, mes enfantillages.
J'ai haï si fort sillonner les couloirs du métro tout à l'heure que rien que l'idée de mon passe navigo dans la poche de mon sac me contracte les viscères. J'ai les yeux qui piquent comme après avoir été aspergés de citron pressé, et le peu d'ongles qui me reste endolorit le bout de mes doigts desquels je me gratte frénétiquement, de malaisance.

Il va falloir voir des gens demain, et puis après demain, et tous les autres jours. D'étranges et terrorisants êtres humains à qui je vais devoir faire la bise en souriant, habillée dans ma tenue excentrique, et en leur criant bonne année un verre à la main, le regard ailleurs. Car je préfère au fond qu'on me mate les seins plutôt qu'on me regarde dans les yeux. Je n'arrive plus en ce moment. À soutenir un regard. Je n'arrive plus à parler à maman, à regarder calmement la personne que j'aime, à dire bonjour à la boulangère sans sentir que j'ai fait cela de travers. Je devrais faire mieux ou autrement ou arrêter de faire. Tout est bancal, artificiel, grinçant. Le mets les pieds pile dans les flaques d'eau boueuse et j'éclabousse au passage le petit monde qui m'entoure, saleté que je suis.

Alors j'arrête de marcher, je me roule en une boule flasque et tiède au fond de mon lit et je m'oblige à passer une longue nuit, qui me laissera le temps, je l'espère, de rebourrer mon placard de mes peaux de chagrin, de fermer la porte, et de ne pas l'ouvrir avant 2019.

24 novembre 2018

Brasses insensées

On ne s'asseoit que sur ses fleurs bleues
Et je suis pauvre de mes bleus
Tanines sont les espéraces
Qui raclent le font de tes
Déchéances

Ivres sont les estomacs
Qui hurlent après la plèbe de tes tripes
Vides sont les entrelacs
Qui engrenagent tes récifs

Belles femmes de lumière
Belliqueuses des tes lunes
Jamais je m'entre-maître
De tes délicieuses prunes.

Celles que tu caches dans ton col
Celles que tu bouffes dans ton beffroi
Celles que tu broies comme du formol
Dans les interstices de tes doigts

Juteuses choses qui m'engrainent
Justes phrases de ta dentition
Croquants moments qui me sèment
Jusque dans ta
Déperdition