06 septembre 2018

Bientôt

Sinon j'oublierai l'odeur de ta peau, la lisseur des rondeurs de ton dos, le goût de tes phalanges et leur pression sur mes hanches. J'ai cabossé ta sérénitude, j'ai fait suer ta confiance, j'ai bu du poids du monde sur mes trapèzes qui ont craqué sous le silence. Tes risées scient mes neurones, je broie du noir comme au charbon et j'entends d'ici l'automne me chuchoter du vent.
Je cartographie ma colère en bégayant mes peurs, je n'oserai jamais dire l'épaisseur de mes chevilles, je tiens de bout à peine ; de peine, c'est pas la peine d'aller vers demain verser les larmes dans tes deux mains, ais-je assez de charge pour te pousser à bout de mes histoires à dormir debout (?
) ma torpeur est frivole, je m'écroule sous mes propres paroles je dis ce que je pensais ne pas croire et ne pas voir du matin jusques au soir. Chat-souris avec chat qui sourit
Jaune
Je suis jaune de mon coeur comme une feuille d'automne.
Que tu me pardonnes les milliers de fois ou je marche en titubant en m'affalant dans tes grands bras
Je brasse l'air de ma colère
Je brise l'ère de mes envies
Je frise les crises d'hystérie
Je t'envie
D'avoir
Le pas sur mon dos rond.

05 septembre 2018

Rentrée de la casse.

Il y a des fois t’y peux rien, parfois ça ne s’avale pas, ça s’agglutine et s’accumule dans tes côtes ton entrejambe et tes poumons telle la poussière de sable qui grince entre tes dents et tes pages de bouquin lorsque l’été passe derrière le rideau des mois aux courants d’air, les « bre » sur le bout de la langue, et toi, ta langue gonflée qui te fait mal et qui est moite, qui boite, qui ne sait plus dire ce que tu as envisagé de beau pour ces prochaines semaines, pour l’hiver venant, pour le reste de cette vie.


Les doigts roucoulant sur le clavier à s’exprimer à des dizaine d’adresses ajourées d’un « a » en tourbillon ne font que s’enkyster de peines, de crampes, aboyant sur le plastique des touches des « cordialement » trop bien écrits.


J’avais le courage, il y a encore quelques jours d’écrire des milliers de lettres, d’apprendre les alphabets de toutes les langues, d’user ma collection de stylos plumes. Je suis déplumée, désormais, je suis vide, je suis molle, je suis suintante, rugueuse et acerbe même lorsque tes mains me touchent avec leur douceur infinie. Mes yeux s’embuent à chaque instant et cela me fait terriblement mal de savoir que demain encore je devrai me rabibocher avec le métro, avec mon micro-ondes, avec les nouveaux stagiaires.


J’ai le sentiment que du lundi au dimanche la vie se visse en moi comme dans un pas de vis sans fin. Je suis lacérée par les « di » de tous les jours de la semaine, par le réveil qui sonne chaque matin en m’arrachant à la chaleur de ton dos, et même, déjà, par les mois de vide qui vont arriver et engloutir toutes les bribes de confiance que j’ai accumulées vingt derniers mois entre mes mèches de cheveux.


Même eux, je les perds, par poignées.


Je suis chauve, échevelée de fatigue, vidée de la beauté du monde


Et ma langue, je pourrais l’avaler avec mes peines que j’en aurais pas le ventre moins lourd.

29 août 2018

L'étaumne.

Je suis partie
A dessein
Ta gorge moite
Contre mon sein

Je suis belle à croquer
Fais moi un dessin
Vert de terre et d'orages
Comme l'été recouvert de nuages
Je m'enrage
Tu t'arranges
Je m'arrache
Tu m'ensonges

Mes joues s'orangent contre ton lobe
Je pertinence tes flancs exquis
Je perds le sens de c'que tu dis
Étoile filante dans un cirque
Tissant les constellations propres
Que tu t'amuses à me montrer
Quand j'amenuise les doux leurres
Qui ondent le ciel de nos lundis.

Dis-moi
Dix mots
Dimanche
Dans si longtemps
Que tu seras argenté et moi striée ;
A nous deux la voie lactée

28 août 2018

L'art Brut. // Les derniers paragraphes.

   « On s’est souvent étonné du fait que tant de pensionnaires d’hôpitaux psychiatriques se mettaient subitement à dessiner, sans avoir généralement aucune formation artistique, et en faisant preuve parfois de dons insoupçonnés. Pour être exact, il faudrait dire qu’ils recommencent à dessiner, puisqu’ils ne font que renouer avec une activité enfantine universelle. Il ne s’agit donc jamais que d’une interruption de la pratique du dessin. Mais alors, ne devrait-on pas plutôt s’étonner de ce que cette interruption soit définitive chez les individus ‘normaux’ ? A-t-on seulement essayé d’expliquer le tarissement général de l’expression graphique vers l’age de douze ans dans les sociétés occidentales ? Ne serait-ce pas que l’activité plastique représente une ‘décharge libidinale’ incompatible avec notre mode de vie, et qu’elle appelle soit un encadrement culturel (par le ‘système des beaux arts’), soit un refoulement pur et simple ? C’est en quelque sorte la rançon que nous devrions payer pour acquérir le maniement de la pensée abstraite, la maîtrise technique, le rendement matériel, valeurs cardinales de notre civilisation.
   S’il en est ainsi, on s’étonnera moins que les individus marginaux, dont le dressage éducatif a raté, ou qui, par tempérament sont rebelles aux normes sociales, et qui sont désignés de ce fait comme anormaux – schizophrènes ou non – perpétuent ou redécouvrent une faculté d’invention sacrifiée par notre culture. La détention, plus particulièrement, est propice à la création imaginative. Elle est comparable à un demi-sommeil. Elle entraîne une désaffection sociale et un déclin du ‘principe de réalité’. Le monde ambiant cesse d’être envisagé dans un sens instrumental et laisse transparaître les investissements pulsionnels sur le fondement desquels il s’est originairement construit. » 


Michel Thévoz, L'art Brut, 1975.

14 août 2018

Viscérations

   Tu dormais profondément, et tes expirations s'entendaient déja depuis la salle de bain en me faisant vrombir les clavicules. J'ai rejoint ce lit où nous dormirions en glissant depuis mes vêtemements jusqu'à me froler à ta chaleur moelleuse et vibrante. Tu as bougé lorsque je t'ai caressé la joue comme on carresse l'écorce d'un platane lorsque l'on a huit ans et qu'on a l'impression d'avoir le roi des arbres sous ses doigts. Tu t'es remis dans ton paisible sommeil, comme on chasse une vilaine mouche qui dérange notre tranquilité, silencieusement.
   Alors, j'ai glissé ma main sur le bas de ton dos et j'ai ressenti pour la première fois de ma vie le sens de l'expression "le creux des reins". J'ai frolé et broyé des dizaines de dos dans mes sommeils, dans mes envies et dans mes peines, et c'est un soir de grotte que je prends conscience de l'existence de ces deux valves discrètes qui ornent, de part et d'autres, voluptueusement, la chute de la colonne vertébrale. Ce son tes creux de reins que j'ai senti, avec fureur, pour la première fois de mon existence, contre la pulpe de mes doigts.
   J'ai pris ta main gauche avachie contre le matelas et je l'ai plaquée contre mon sein. La figure que formaient les angles de tes phalanges contre la rondeur de ma poitrine faisaient une drole de sculpture d'amour, tendre et compliquée, comme le sont parfois les entremêlements de tes phrases accolées aux dernières lampées de vin sous la noirceur du ciel. Je sentais mon têton se froisser et se défroisser à l'idée de se faire réchauffer par la paume de ta main inconsciente, lourde et lasse, au rythme de la valse de tes sinus noueux. Je suis restée des minutes entières de bonheur à me dire qu'il faudrait que je me rappelle de cet instant alors je suis venue l'écrire ici.
   Je relirai et tu reliras ces mots en pensant aux envies que j'ai de toi à chaque moment passé près de ton souffle, près de ta peau couverte du noir de tes t-shirts, du noir de tes angoisses, du noir de la nuit qui nous amène aux lendemains.
   Tu dors et je t'entends encore.

12 août 2018

Grottesque

Tu sens :
Le pamplemousse le houblon et la rosée
Couverture sur tes cils
Je ne veux pas être arrosée
Par nos vices à des miles

Vilaines mauves qui s'encastrent
À des bas plafonds disparus dans du béton
Suspendus
Le long des astres
Que l'on voit communément

Désastre
De notre existence qu'est le silence
Qui nous entoure
Loupe...
Sommes-nous loupés ?
Sommes-nous gueris
Par nos peines
Adossés
à nos aines
À nos années
Toi tes nombreuses
; À nos pensées
Si désireuses

De sommeil
De paiseur
De l'ampleur
Des bras de nos coeurs

Si las et si longs que sont nos heures sans nous-mêmes
Mon bonheur
Ma bonne heure

Ma bonne humeur
:
Apesanteur

06 août 2018

La mémoire et la mer


La marée je l'ai dans le coeur
Qui me remonte comme un signe
Je meurs de ma petite soeur
De mon enfant et de mon cygne
Un bateau ça dépend comment
On l'arrime au port de justesse
Il pleure de mon firmament
Des années-lumière et j'en laisse
Je suis le fantôme Jersey
Celui qui vient les soirs de frime
Te lancer la brume en baisers
Et te ramasser dans ses rimes
Comme le trémail de juillet
Où luisait le loup solitaire
Celui que je voyais briller
Aux doigts du sable de la terre

Rappelle-toi ce chien de mer
Que nous libérions sur parole
Et qui gueule dans le désert
Des goémons de nécropole
Je suis sûr que la vie est là
Avec ses poumons de flanelle
Quand il pleure de ces temps-là
Le froid tout gris qui nous appelle
Je me souviens des soirs là-bas
Et des sprints gagnés sur l'écume
Cette bave des chevaux ras
Au ras des rocs qui se consument
Ô l'ange des plaisirs perdus
Ô rumeurs d'une autre habitude
Mes désirs dès lors ne sont plus
Qu'un chagrin de ma solitude

Et le diable des soirs conquis
Avec ses pâleurs de rescousse
Et le squale des paradis
Dans le milieu mouillé de mousse
Reviens fille verte des fjords
Reviens violon des violonades
Dans le port fanfarent les cors
Pour le retour des camarades
Ô parfum rare des salants
Dans le poivre feu des gerçures
Quand j'allais géométrisant
Mon âme au creux de ta blessure
Dans le désordre de ton cul
Poissé dans les draps d'aube fine
Je voyais un vitrail de plus

Et toi fille verte mon spleen

Les coquillages figurants
Sous les sunlights cassés liquides
Jouent de la castagnette tant
Qu'on dirait l'Espagne livide
Dieu des granits ayez pitié
De leur vocation de parure
Quand le couteau vient s'immiscer
Dans leur castagnette figure
Et je voyais ce qu'on pressent
Quand on pressent l'entrevoyure
Entre les persiennes du sang
Et que les globules figurent
Une mathématique bleue
Dans cette mer jamais étale
D'où nous remonte peu à peu
Cette mémoire des étoiles

Cette rumeur qui vient de là
Sous l'arc copain où je m'aveugle
Ces mains qui me font du flafla
Ces mains ruminantes qui meuglent
Cette rumeur me suit longtemps
Comme un mendiant sous l'anathème
Comme l'ombre qui perd son temps
À dessiner mon théorème
Et sur mon maquillage roux
S'en vient battre comme une porte
Cette rumeur qui va debout
Dans la rue aux musiques mortes
C'est fini la mer c'est fini
Sur la plage le sable bêle
Comme des moutons d'infini
Quand la mer bergère m'appelle

Léo Ferré, La mémoire et la mer