16 juillet 2013

Boulevard du Port-Royal.

Taxi.

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Boite gay.

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   Il y a des choses qui ne se vendent nulle part ailleurs que dans nos rêves. Les camaïeux de turquoise en rentrant de chez toi. le chant des coucous bourrés dans les platanes. J'ai mal aux poumons quand je respire. On aurait pu s'endormir sur le parvis de Notre-Dame. 
   Et puis c'est cette soirée qui est devenue un rêve.

Rétrospective.

   Je me suis trompée de train.
   Il me restait 2% de batterie sur mon iPhone, et trente pages à lire de mon bouquin. J'en avait pour deux heures et demi de trajet à tuer.

   J'ai tué les minutes comme je pouvais. J'ai appuyé ma tête contre la vitre sale et un peu grasse du train et j'ai soudain senti l'odeur de mon épaule : une odeur suave de draps de lit humides d'amour, l'odeur de ton dos doux et glissant sous cette chaleur, l'odeur de nous amours.
   Parfois je voudrais te faire comprendre comment je t'aime. Je crois que tu ne comprends pas. On ne se comprendra jamais sur certaines choses, nous avons vécu trop différemment pour avoir pleinement conscience des désirs et des attentes de l'autre. Je m'imagine parfois que l'amour, c'est pour les enfants...
   Je suis une enfant, encore. Une enfant qui a été gâtées durant des années, une enfant capricieuse et exigeante, qui voudrait enrober ton coeur et y injecter ses mots... Pardon, pardonne le bébé que je suis et qui pleure sans raison : pour un voyage, pour des moustiques...

   J'aime les livres. Pas pour l'histoire, mais pour le langage exquis, la tournure des phrases et les figures de style. J'aimerais qu'on puisse lire l'un l'autre comme dans un livre ouvert : pas pour comprendre mais pour être compris, surpris, pour réagir. Moi j'en ai marre de ne pas te comprendre quand tu te tais, quand seuls les trois points de suspension sortent de ta bouche. J'en ai marre aussi quand tu ne me comprends pas, ou que tu fais semblant, ou que tu as peur. Je suis gourmande mais je ne te mangerai pas ; en revanche je mangerai tes mots réconfortants, tes fortes embrassades, tes regards sincères.
   Tu n'est pas un hérisson pour rien. Mais tu as un tigre, pas sur ton épaule mais dans tes poumons : quand tu dors il s'éveille ; réveille le aussi pour me protéger, moi, le bébé capricieux que je suis.


   (le train, finalement, n'a pas su me soutirer mes larmes, je suis rentrée plus fatiguée d'avoir trop pensé que d'avoir trop voyagé)

12 juillet 2013

Autour d'une table dans un jardin.

Il nous a suffi d'un cachet bleu pour refaire le monde. A l'aube, l'idée nous est venue de prostituer des licornes aux prénoms féeriques - Symphonie, Daisy, Christina - et d'en faire un calendrier dans tous les grandes villes du monde. Et de faire des boites à agonie.

03 juillet 2013

Une rose anonyme

    Rasséréné par l'attention de Randall, Hugh se dirigea vers la fenêtre et regarda au-dehors. De la tour, on voyait par-dessus les têtes des hêtres et par-dessus la roseraie qui d'ici ressemblait à un ensemble de carré brodés où les fleurs se détachaient sur la terre nue, épousant la courbe dodue de la pente rapide de la colline. Près du pied de la colline pointaient les courtes lances épineuses d'une plantation de châtaigniers, et au-delà un petit morceau de terrain boisé, où les merisiers venaient à  peine de défleurir, voilait à demi dans un nuage de verdure un groupe de séchoirs à houblon coniques. Le village, caché par l'autre avancée de la colline, montrait seulement entre les ormes luxuriants, jaunes d'or maintenant dans le grand soleil, le sommet élancé du clocher de l'église. Plus loin encore s'étendait jusqu'à perte de vue la surface du Marsh, ses prairies, ses saules, toujours un peu nacrés et argentés. Hugh regardait ce spectacle, presque invisible pour lui dans sa familiarité et il entendait au-dessus de sa tête Miranda qui bondissait bruyamment dans sa chambre et chantait : "Au près de ma blonde", avec assez de fore pour être sûre d'être entendue. Elle avait une jolie voix frêle.
   "J'ai reçu une lettre de Sarah, dit-il. Veux-tu la voir ?
   - non, merci", dit Randall. Il ajouta : "Les lettres de Sarah me rendent malade. Elle n'a cessé de me traiter comme une entité composite depuis mon mariage. "Très chers Ann et Randall" au début et à la fin : "avec tout l'amour de nous deux pour vous deux, votre Sally". Comme si le mot "amour" pouvait avoir un sens dans une formule de ce genre. Et comme si mon cher beau-frère avait jamais éprouvé à mon égard autre chose que de la stupeur et du mépris.
   - que tu lui rends bien.
   - Un homme insignifiant sorti d'un endroit insignifiant. Je suppose que Sarah va bien ?
   - Elle est enceinte une fois de plus.
   - Seigneur, encore une fois ! Dit Randall. On croirait vraiment que ce sont des cons de catholiques. Il y a Jimmie, et Sally, et Penny, et Jeanie, et Bobby, et Timmie, et maintenant il va y avoir Bébé ! Nom de Dieu.

Iris Murdoch - Une rose anonyme

28 juin 2013

un an.

27 juin 2013

cinq ans.
que j'aime

23 juin 2013

vers Nemours.

   C'est à la fois dingue et difficile, le retour chez soi. On se rend compte que la vie est rose. Mais seulement quelques week-ends par an. On construit un bonheur donc les murs sont de la musique, la nourriture de la chimie, et le fonctionnement la communauté. C'est intense. Tout le monde est beau, laid, gentil, méchant, gros petit, loin, près, ivre, drogué, incontrôlable, déréglé, uni.
   Et le lendemain soir, on se reloge dans nos murs de plâtre, parfois seul. Mais toujours seul dans sa tête. Seul face à une évidence trop grosse pour être imaginer : notre vie devrait fonctionner à l'envers.
   Les problèmes et l'absurdité du quotidien. Le plus douloureux. Notre petit vie cyclique se répétant monotonement tous les sept jours. La triste évidence de nos situations : en couple, célibataire, parent ; étudiant, travailleur, chômeur ; riche, pauvre ; blond, brun, roux ; doué en dessin, nul en musique, expert en ethnologie de la France rurale, que sais-je encore... : juste fade. Et cette sensation d'avoir l'estomac tel un abricot desséché, cette faiblesse, ce début de mal de gorge, les oreilles qui grésillent et cette fièvre. Envie d'être avec quelqu'un, n'importe qui, pourvu qu'il nous fasse penser à autre chose que notre vie, pitié. Car on est trop faible, trop soumis, trop lâche pour une remise en question. Pas parce que c'est mieux de ne pas dormir la nuit et de danser jusqu'au petit soir du lendemain en se droguant avec ses amis. Non. Parce qu'on ne croit pas à notre liberté. Parce qu'on s'enchaîne et ça s'enchaîne du matin jusques au soir, et de l'enfance jusqu'au lit de mort. Parce qu'on se construit une prison avant même d'aller à l'école. ¨Parce que... "société"...
   Moi, je hais les gens, j'ai peur des gens, je m'en fous des gens. On s'échappe comme on peut, nous, pauvres petits avortons de la technologie, du bitume et du bruit de perceuse en guise de berceuse.
   C'est juste quelque chose d'autre. Mais quelque chose d'autre qui ne se casse pas la gueule, qui est "ensemble". Comme ces casse-tête 3D en bois, qu'il est horriblement difficile à réaliser mais une fois fait on ne sait même plus comment les défaire. On s'est cassé la tête pour trouver un autre moyen de nous casser la tête. Mais ça casse la tête, une fois le moment de l’ébullition terminé. On redevient de la vapeur d'eau qui se colle aux plafonds, sur les nuages et dans les égouts. Nous redevenons des petits rats d'égout. Nous redevenons hommes, animaux sociaux. Mais pendant quelques heures, dans une petite utopie, nous étions des sauvages. La nature, la liberté reprend ses droits sur nous, nos corps et nos âmes. Et en rentrant le soir on ne l'oublie pas. On n'en devient que plus agressif de finir d'être sauvages.

   Mais ça fait vivre. Ça fait vivre mieux que n'importe quel optimisme, cette malheureuse petite rétrospective du dimanche soir. La vérité, la notre, vaut bien ce malheur.