06 juin 2012

Rome.

   Lever 6h. Lana del Rey au décollage : impossible de dormir, mon voisin de siège - un businessman en chemise grise - a beaucoup trop mauvaise haleine.
   C'est fou comme on ne retient que des détails sans importance lors d'un voyage.
   J'ai retenu : la petitesse des hommes faces à ce double monde qu'ils ont eux-même construit, qui s'élève infiniment haut dans le ciel et qui se propage sur des kilomètres sous terre. Saint-Pierre-de-Rome. J'ai retenu : la foi des hommes, qui viennent se recueillir sur des fragments d'os, ceux de Saint Pierre, peu importe leur authenticité. J'ai retenu : l'art de la beauté, cette capacité sans bornes à fabriquer à partir de petits bouts de pierres carrées des fresques des plusieurs mètres de haut au fond des églises, qui brillent plus que le soleil, même dans la pénombre. J'ai retenu : la peur de la mort, qui se traduit à travers des sarcophages en marbre de plusieurs tonnes, sculptés sur quatre côtés, comme faits pour protéger un corps qui sera déjà mort quand on l'y mettra. J'ai retenu : la folie des grandeurs, qui se manifeste même à travers les ruines du forum romain, les bases de colonnes pourraient servir de tables à manger. J'ai retenu : la douleur, la douleurs aux pieds à force de marcher des kilomètres sans faire de pause, à force de courir d'un monument à l'autre, à force de ne pouvoir s'asseoir parterre. J'ai retenu enfin : la capacité des hommes à se sociabiliser, à se dévoiler en petit comité et dans un autre contexte que leur habitacle habituel ; ainsi, j'ai gagné quelques potes, perdu quelques heures de sommeil, et surchagé mon visage de minuscules rides dues aux heures interminables de fou rires.

Forum de Rome - Nous

Glaces italiennes - Mosaïque chrétienne du mausolée de Sainte Constance

S.P.Q.R. - Le Tibre

Mosaïque absidiale de l'église Sainte Pudentienne - Nous

Le Fluid - Saint-Pierre-de-Rome

Mosaïque de la chapelle de la mère du pape Pascal Ier - Nous, fatigués

05 juin 2012

S'aimer pour de mauvais.

- Je croyais qu'on s'aimait...
- Moi aussi je croyais qu'on s'aimait.
- Alors qu'est-ce qu'on fait maintenant ? On se quitte ? Après tant d'années ?
- Je ne sais pas... Je ne sais pas si on peut.
- On peut, bien sûr. On peut tout faire.
- On peut aussi rester ensemble.
- On peut...
   Long silence.
- Il commence à pleuvoir.
- Oui, j'ai vu.
- Et moi, je commence à pleurer.
- Oui, j'ai vu ça aussi, je ne vais pas tarder moi non plus.
- Qu'est-ce qu'on fait, qu'est-ce qu'on fait bon sang ?
- Je crois qu'on s'aime.
- Mais non, on ne s'aime plus, regarde nous : nous sommes maigres et pauvres, nous sommes désabusés et lassés, nous sommes laids et vieux.
- Nous ne sommes qu'un.
- Ce n'est pas vrai.
- Si, c'est vrai.
   Long silence. le soleil commence à se lever.
- Alors c'est ça, l'amour ? C'est ne plus savoir si on s'aime ?
- C'est ça...
- Mais comment en est-on sûr ?
- Il suffit de nous regarder : nous sommes maigres et pauvres, nous sommes désabusés et lassés, nous sommes laids et vieux.
- Tu te répètes.
- Je me repère.
- Donne moi ta main. Elle est tout sèche, toute tremblante. Quel jour nous sommes ?
- Le 26. Le 26 juin 2058.
- Encore hier nous étions des enfants.
- Oui, et maintenant, les nôtres ont grandi.
- Et ils souffrent comme nous.
- Non, on n'a pas souffert.
- Là, on souffre.
- Non, on joue. On joue à cache-cache. Tu sais très bien que nous nous aimons.
- Bien sûr que je sais. Bientôt depuis 50 ans.
- Dans quelques heures...

27 mai 2012

Mesdames.

   Craquer sur elles. N'importe qui : une grande brune aux cheveux bouclés, une à moitié rasée avec un beau chapeau ou une petite emogirl châtain clair. Elles sont toujours là, à me jeter des coups d'oeil, des sourires, à me demander une cigarette, ou bien à ne rien faire. Je les aime, je les envie, je les complimente. Je les regarde danser : certaines ne font que bouger la tête, d'autres gesticulent de tous leurs membres, et les plus inatteignables se mouvent comme des cobras. Je me débrouille toujours pour venir les regarder yeux dans les yeux, leur dire deux mots, leur toucher les cheveux...
   Petites manies qui se transforment en TOC ces soirs ou les kicks tapent jusqu'à l'aube...

12 mai 2012

Il est huit heures
Paris ne s'éveille pas
ou peu.
J'ai eu froid aux yeux
au ventre
aux mains
mais pas au coeur.
Il y a des choses qui se passent sans se passer
on boit beaucoup et parfois
ça nous laisse peu de goût amer.
Amis de ce soir, inconnus de demain,
je vous rejoins, je vous ai rejoint.
Amie de toujours, tu as disparu,
un litre et demi parti dans les bouches d'inconnus...
Encore eux, ces salopes, ces belles filles
aux cheveux courts.
Que veulent-elles
de plus
que ma présence
que l'ignorance
qu'un verre d'eau ?!

"Qu'importe l'endroit, pourvu qu'il y ait l'ivresse",
dirait sans doute en russe un mec bourré aux quais de Seine...
Qu'importe l'heure, qu'importe le bonheur
Si on n's'en souvient plus,
est-ce si mal, après tout ?
Qu'importe l'envie, qu'importe le choix
pourvu qu'il y ait un peu de temps
un peu de premières fois.

Pourvu qu'il y ait
une once de vérité : des yeux bleus marrons
de la chaleur humaine
un rayon de soleil (toujours sur les quais de Seine...)

Au revoir Paris,
au revoir, et à bientôt, je te quitte comme chaque nuit quand je sors du Bato'
Je ne peux plus
te regarder en face,
je m'endors jusqu'à ce soir, jusqu'à ce qu'il fasse

nuit. Crépuscule.
Sans scrupules,
car nous nous disons en vacances.
Je renifle :
je sens septembre
je sens déjà ses feuilles mortes.
Je sens la boucle qui reboucle
les soirs qui se chevauchent
les nuits qui s'embrassent
moi qui t'embras(s)e

belle créature que tu es
les jours où il fait moche.

08 mai 2012

Vétheuil.

Monet - La Seine à Vétheuil, 1879

Monet - Débâcle sur la Seine : les glaçons, 1880



05 mai 2012

Maman a trop d'années pour que je m'en souvienne...

La vierge.

Couchée tard levée matin,
femme jusqu'au bout des seins.

   Quels seins tu dois avoir quand le soleil se couche... Je me contenterai de la lune et du soleil, des rêves et des fantasmes, jusqu'à ce que ça tourne à droite. Je te trouverai peut-être là. Tout tourne, tout tourne comme le soleil et la lune, comme toi, comme tes seins, comme ma tête.