24 mai 2011

Trop.

En sachant qu'il est 19h25 et que, si jamais j'arrive en suppliant
à te convaincre d'aller me chercher au lycée demain à12h20,

cela veut dire qu'il reste 16 heures et 55 minutes
c'est à dire 1015 minutes entières,
60900 secondes
avant que je ne fonde en larmes dans tes bras.

Je n'arriverai jamais à attendre tout ce temps.

Je vais mourir.

Impalpable.

Ce sont des baisers,
c'est seulement des baisers que je reçois,
même pas une carte postale.

Ci-git :
la desillusion,
l'horreur d'être déçue,
le boheur qui fâne
l'angoisse qui danse dans toute la salle
le silence... le tien.

mais oui, pour m'aimer, tu m'aimes tant
mais comment dois-je m'y prendre pour modeler cet amour ?!
pour le mettre sur ma tête
sentir son poids
sentir tes yeux posés sur moi...


Je n'ai

jamais

compris

nos disputes


elles sont des syphons où je me noie,
où tu te noies
et lorsque je respire encore
j'ai simplement envie
de me tuer
et de te tuer toi.

A quel point tu existes ?
Puis-je te palper,
t'embrasser,
t'écouter me dire des choses que je veux entendre ?
Je n'arrive pas à creuser ta peau,
creuser ton coeur
je perds le fil
de mes pensées
de notre histoire

Ce sont les funambules qui savent marcher sans tomber,
moi je ne suis bonne qu'à les regarder depuis le sol
assise sur un siège
les jambes et bras croisés
parce que je ne sais rien faire d'autre qu'admier
et subir.

T'admirer toi et tes belles joues,
toi et tes lettres
toi et tes nuits blanches
toi dans un champ sous le ciel éternel.
Que suis-je à coté de tout cela ?
Je suis un poil, un verre de bière, un brin de blé : un instant.

Je ne suis qu'un instant dans ta journée.

19 mai 2011

à Alix.

La terre étais sèche
elle se melait à ta robe
ton dos sale y était enfoui
comme chaque mouvement de tes doigts

c'est un rêve que celui-ci, c'est un rêve rouge.


* * *


Toi, tu étais turquoise, belle et turquoise
comme la mer qui accouche
d'une nymphe aux cheveux de vagues.
Tu souriais en coin.
Je te regardais en coin.

Moi, j'étais ta peau, ta peau sablée et volatile
ta peau lasse et fluide
Je me cachais sous tes eaux chevelues
je riais.

C'est plaquées par le vent
qu'on  se trasformait en enfants
dépecées de nos costumes
- tu n'étais plus la mer, je n'étais plus le sable -
on jouait à cache-cache.

Et dans trente ans,
lorsque j'irai me baigner à la plage
lorsque je verrai l'eau turquoise qui danse et chante

je ne penserai qu'à toi,
Alix.










08 mai 2011

Claude Monet

"Un paysage, pour moi, n'existe point en tant que paysage,
puisque l'aspect en change à chaque moment ; mais il vit
par ses alentours, par l'air et la lumière qui varient continuellement."
Claude Monet                                     

Monet - Meules, fin de l'été, effet de matin, 1890

Monet - Meule au soleil, effet de neige, 1891

 Monet - Meules, fin de l'été, effet du soir, 1890

Monet - Meules au soleil, effet de matin, 1890

Monet - Meules au soleil, milieu du jour, 1890

07 mai 2011

Mille ans encore.


 T'aimer plus que tout.

(Nous sommes là où le monde a voulu qu'on soit.
 Le monde, c'est toi et moi.
Là où nous sommes, c'est le centre du monde.)

06 mai 2011

Boulimie cardiaque.

   Mon pire cauchemar est assis au milieu de ma chambre ; de ses longs bras difformes, dont les coudes frôlent le sol et les murs, il resserre le corset invisible qui entoure ma poitrine, il noue les lacets qui l'attachent avec un grésillement sec : ce sont mes doigts qui tapotent le clavier à la recherche de n'importe quelle occupation, c'est la fièvre indolore, impalpable qui endolorit les yeux et fait trembler la bouche, c'est le vent inexistant qui glace la peau et soulève chaque poil comme un chef d'orchestre qui ordonne à ses musiciens-marionettes de jouer.
   Je ne respire plus normalement mais par soubresauts qui s'entrechoquent dans la cage thoracique, se bousculent et s'insultent : "jalouse !", "imbécile !", "terne !", "invivable !" se crient-ils mais ils n'ont pas d'oreilles alors ces mots attérissent dans les miennes, comme des avions qui franchissent le mur du son, brisant le silence qui parvenait tant bien que mal à faire tenir en équilibre les cils qui empêchaient les yeux se s'affaisser et de laisser la place à un torrent de faiblesse. Et goute à goute le monde s'écoule, le monde que je dessine sur les parois intérieures de mon crâne, dans l'espace vide entre le cerveau et l'os fin, un monde dessiné au pastel fade qui n'a jamais entièrement su accomplir son but qui consiste à donner envie à ma bouche de se grimacer en sourire, levant ses coins pour ressembler à un hamac de paresse où des baisers doux peuvent se balacer sans tomber dans les ravins creusés par le sel dans mes joues.

   C'est triste d'écrire ça, triste comme un paysage figé. Triste comme la nature qui ne sait plus où aller, triste comme le monde, le véritable monde que je ne saurais pas dessiner et qui me fait presque apprendre par coeur les choses que je devrais dire spontanément, demain.
   C'est parce que je suis triste et tétanisée à l'idée que demain pourrait se reproduire.
   (Après tout, c'est tout à fait normal)

25 avril 2011

Le problème théologique : les apories du monothéisme.

   Le monothéisme doit concilier deux thèses fondamentales :
   - Dieu est le créateur du monde (création ex nihilo, c'est à dire à partir de rien) ;
   - Dieu est infiniment infini, il ne saurait ressembler aux hommes, tout anthropomorphisme doit être exclu. Prêter à Dieu des formes, des pensées, des attitudes, des comportements humains, c'est le propre des religions païennes.
   Or l'idée de création n'est-elle pas justement un résidu d'anthropomorphisme ? N'est-ce pas imaginer Dieu sous le modèle d'un artisan "qui met la main à la pâte" ? Beaucoup de philosophes "païens", adversaires des chrétiens, le pensaient...
   La création marque une coupure entre Dieu et Dieu, un avant et un après incompatible avec sa perfection, puisque l'être parfait ne peu changer.
   Le problème devient plus aigu si l'on tient compte de la différence entre immortalité et éternité. Les dieux grecs sont immortels : ils ne meurent pas mais ils sont soumis au temps comme l'univers. En ce sens, ils peuvent accompagner les trajectoires éphémères des créatures mortelles. Mais l'éternité n'est pas un temps infini, c'est un au-delà du temps. Est éternel l'être qui n'est pas soumis au temps, car le temps divise l'être en lui-même.
   Mais si Dieu est éternel, comment expliquer qu'un contact soit possible entre lui et l'homme ? Par exemple, Sait Augustin, en écrivant ses Confessions , bâtit une vaste prière. Il se souvient de son enfance, de sa jeunesse, de ses errances et erreurs. C'est un cheminement dans la mémoire, donc dans le temps : comment ce qui demande du temps peut-il toucher Celui qui, par définition, est hors du temps ? La seule solution serait de faire du temps une réalité créée par Dieu, en même temps que la création. Alors, la question même de l'avant-la-création disparaît.

Explication du livre XI des Confessions de saint Augustin.