13 janvier 2010

L'ingénu.

   - Je vous plains d'être opprimé, mais je vous plains d'être janséniste. Toute secte me paraît le ralliement de l'erreur. Dites moi s'il y a des sectes en géométrie.
   - Non, mon cher enfant, lui dit en soupirant le bon Gordon; tous les hommes sont d'accord sur la vérité quand elle est démontrée, mais ils sont trop partagés sur les vérités obscures.
   - Dites sur le faussetés obscures. S'il y avait eu une seule vérité cachée dans vos amas d'arguments qu'on ressasse depuis tant de siècles, on l'aurait découverte sans doute; et l'univers aurait été d'accord au moins sur ce point-là. Si cette vérité était nécessaire comme le soleil l'est à la terre, elle serait brillante comme lui. C'est une absurdité, c'est un outrage au genre humain, c'est un attentat contre l'Etre infini et suprême de dire : "il y a une vérité essentielle à l'homme, et Dieu l'a cachée."

 
Voltaire - L'Ingénu

11 janvier 2010

Fable aliénée.

Un chacal rose
s'allant dans le maquis
vint pondre un oeuf d'autruche
sur un chêne rabougri.
Lorsque la nuit fut venue,
la coquille craqua,
se brisa, se cassa, s'émietta
et laissa voir le jour
- oups, la nuit ! -
à un chouette gnou
tout de crasse gribouillé,
à qui par malheur un sabot manquait.
Le gnou chouette, plein de rage
s'adressa à la lune
en ces termes vagues :
"gniii, grinouwiii, gargawaaaa
gritouglaguee !"
La lune silencieuse montra du doigt le chêne
qui dit au gnou chouette de sa voix ébène :
"voici que ta mère le chacal rose
est châtiée de ses divagations,
  espérons qu'un enfant infirme et affreux
la rendra indigne de vivre après de telles contraventions !"
Sur ce, le gnou chouette, pensant à sa mère
alla gambader dans la cambrousse de la Ciotat.

Cette fable illustre les désillusions des chacals roses,
car l'oeuf d'autruche d'une autruche, sera toujours mieux portant
que celui d'un chacal rose !

05 janvier 2010

Le Premier à Quarante.

http://hazel.cowblog.fr/images/DSC00056.jpg





*

Les premières lueurs de la nouvelle décennie
nous ont offert un pale arc-en-ciel
parcourant le ciel d'un bout à l'autre.

Le soir, nous avons appris à jouer au tarot,
et je crois que je donnerais beaucoup de choses
pour y jouer toutes les nuits avec vous
en fumant des cigarettes
et en écoutant Didier Super.

*

26 décembre 2009

En attendant le terminus.

   Borgne, ton souvenir en moi s'évapore comme cette larme acide laissée au creux de ton âme aime chaque instant en moi ta lame git sous ma peau fraîche quelle importance ont toutes les autres fois les autres voix qui s'enroulent dans des yeux sensés n'aimer que la pluie qui s'évade sur les champs de blé qui ornent ta peau teintée d'un coucher de soleil qui ne se couche jamais puisque tu sens l'aurore qui s'échappe par ta bouche, sensuel tu mens en ne me disant que ce que tu peux dire avec des mots malades de fuir tes désirs vastes plaines de fleurs d'automne qui ne vivent que de mes soupirs qui t'enivrent lors des nuits parsemées de baisers plus doux que tes paupières qui s'endorment sur mon sein les soirs de pleine lune.

10 décembre 2009

Impasse des Deux-Anges.

http://hazel.cowblog.fr/images/nuscheetpauleluard-copie-1.jpgMan Ray - Nusch et Paul Eluard (Impasse des Deux-Anges), 1934.

Un bout de future suite.

   Le vent gris et puissant brassait la pluie nihiliste qui s'abattait tant bien que mal sur tous les toits de ce monde. Le soleil, englouti jusqu'au plus profond de notre souvenir, blanchissait un paquet de nuages quelque part au dessus de la tour de la Babotte. Pas un arbre ne poussait dans les alentours, et pourtant on croyait voir de toutes parts des tourbillons de brises qui faisaient valser des feuilles automnales. Louis, ne sachant où aller par ce temps qu'on a vite envie d'oublier, se laissa mener par ses pas devant l'immeuble de cinq étages où il était venu la veille. Son nom de famille... Il y avait cinq sonnettes, il appuya sur celle qui était située le plus en haut car Kryzstof habitait au cinquième.

02 novembre 2009

La dernière phrase de notre TPE.

« Dans le surréalisme, la femme aura été aimée et célébrée comme la grande promesse, celle qui subsiste
après avoir été tenue. »
André Breton