dimanche 28 novembre 2010

Le Nuage en pantalon.

Bébé !
N’aie donc pas peur
si mon cou de taureau
porte un monceau humide de femmes au ventre en sueur
- c’est que je traîne dans ma vie
d’énormes amours propres par millions
et un milliard de sales amortons.
Maïakovsky - Le nuage en pantalon

Une indienne qui ne parle pas très bien français.

   "Physiquement, tu ne lui ressembles pas, à part du physique."

   Marina n'étais pas alcoolisée, pourtant cette phrase est sortie de sa bouche, comme un fait, une évidence. Elle continuait sur sa lancée, à parler de sa meilleure amie qui ressemblait étrangement à Lucie, mais moi je ne l'écoutais plus, j'ai explosé de rire. Cette phrase, une simple inattention de langage, m'a paru tellement absurde que j'avais l'impression que la pièce s'était remplie de miroirs déformants et qu'ils reflétaient nos visages déformés par le rire, la fatigue, le rhum.
   Les beaux cheveux châtain foncé ondulaient sur son manteau. Nous étions dans la chambre de Silouane au deuxième étage, et bien qu'on n'ait pas ouvert la fenêtre, il y faisait un froid glacial : de la fumée sortait de nos bouches à chaque fois qu'on prenait la parole. Alors imaginez moi, en train de rire à gorge déployée, grelottant de froid, voyant les deux autres me regarder d'un air interrogateur. Et puis je leurs dis, pourquoi. Parce que Marina a dit "Physiquement, tu ne lui ressembles pas, à part du physique", c'est pour cela que je ris. Alors elles aussi, elles m'ont suivies.

samedi 13 novembre 2010

Solitudes.

   J'ai un rat, un écarteur, quinze autres trous un peu partout sur la tête - majoritairement autour de la clôture des tympans. J'ai les doigts gras car je mange avec les mains : des ailes de poulet toutes faites Casino gisent sur mon assiette jaune, encerclant une pauvre tranche de tomate tiède et salée : dégueulasse. Il y a le deuxième tome des Mémoires de Guerre de De Gaulle dans mon sac - sac à 115€ en faux cuir que j'ai appelé Jimmy car il est tellement encombrant que j'ai l'impression que c'est un être humain que je pote à l'épaule quand je sors avec lui - qu'il faut que je finisse vite car je dois terminer le troisième tome pour mercredi. C'est marrant, j'ai six cent pages à lire, c'est à dire plus de 24000 lignes, et au lieu de ça je m'amuse à en taper d'autres, des inutiles, que dix personnes liront sans intérêt et oublieront dix minutes plus tard. Je ferais mieux d'écrire mon livre, il ne fait que six pages depuis un an et demi mais a plus de sens que le diner solitaire que je vous raconte. Je jubile à chaque notification Facebook : oh oui ! c'est si chouette de voir ses amis virtuels commenter des photos de gens virtuels... Je veux du rhum, une chicha, un baiser, du temps à moi, un énième jour férié et - comme dirait Thomas Roessle - un bonne grosse pipe.

Non ! C'est une hélice !

   Vendredi soir.

   Aucune envie de faire la fête. La fatigue recompose de numéro de ma migraine, elle est a deux doigts de l'appeler, elle appuie sur le bouton vert : ça sonne, une fois, deux fois. Raccrochage brutal. Un sms de Lucie : "Tu sors ce soir ? Si tu sors j'ammène Silouane". Silouane le mec aux fondants au chocolat, au studio duplex et à la jolie barbe. je réponds : "Oui. J'arrive dans une heure". Je me lapide déjà intérieurement, j'avais prévu de rentrer tôt, de réviser, de me coucher avant minuit après avoir fait la vaisselle et passé l'aspirateur. On mange, on se sourit, on sort. Logan est en retard, comme absolument tous les soirs, nous, à trois - La belle bouclée, le beau barbu et moi - on se prend un Mojito. Puis, Bec de Jazz - nous gardons toujours les mêmes QG. Logan est enfin là, on se paye une jolie bouteille, on fume, on parle de Rachmaninoff et Ravel, de clitoris et d'homosexualité, on parle et chante en russe, puis en espagnol, on criait trop dans la rue quand le videur nous a fait la deuxième remarque. On se casse au Heaven. Vous ne savez pas ce que procure la sensation de danser comme la plus sensuelle des stripteaseuses sur une barre dans une salle remplie d'hommes... qui aiment les hommes. Toute l'énergie sort par les pores, ce n'est plus de la transpiration mais du plaisir qui se loge sous les aisselle, dans le dos, entre les jambes. Vodka-Mangue, encore une danse. On sort. Où est-ce qu'on va ? Charlie's. C'est le faux anniversaire de Juliette, toute la rue chante en chœur la célèbre chansonnette d'anniversaire, certains - comme à leur habitude - y ajoutent quelques vulgarités. On a du Pastis, deux mousseux immondes, un guitariste bourré, une déesse couleur chocolat percée de partout, un chanteur qui pue la bière et Marvin pour se chuchoter quelques secrets à l'oreille. Et le vent de novembre n'a pas su nous glacer. Nous sommes partis presque à contrecœur pour nous retrouver tout de même plus au chaud, chez Silouane où j'ai répété à tue-tête pendant plus d'une heure "Non, c'est une hélice" à la fin des phrases de chacun car Silouane ne voulait pas me laisser sa place; internet ne marchait pas, mais le thé chaud, les gâteaux, la musique - des chants de guerres de l'armée rouge - ont su nous retenir jusqu'à cinq heures du matin. Il nous a promis des fondants et une chicha pour demain, au goûter, quant à Logan, il était endormi depuis longtemps quand on est parties avec Lucie.


   Samedi.


   Réveil à 13h38, on mange, on joue aux Sims, petit passage à Monoprix pour dédommager notre venue et on retourne dans les tente mètres carrés d'où on était parties dix heures plus tôt. Il a tenu sa promesse : ses fondants sont merveilleux, et sa chicha est vraiment trop belle. On a joué au Yathzee sur le PC de Lucie jusqu'à 19h. Il n'y a pas eu de chute, car il y en aura des dizaines, de soirées comme ça.

samedi 6 novembre 2010

le plus beau jardin du monde en guuise de fumoir.

   Rendez-vous à 11h30 à la gare. J'émerge du lit vers 10h47, je saisis mon téléphone et, découvrant les messages reçus pendant la nuit : je me rappelle de Diu et Alex alcoolisés, des deux mecs croisés près du Rockstore avec lesquels on a fini pas appeler Lola pour manger son chihuahua  des verres vidés au bec de Jazz et des confidences sexuelles. Je réveille Lucie, qui, pour une fois fait la marmotte à ma façon. Café. Je pars à la gare pour retrouver Cécile. Notre train a du retard, on ne comprend rien, on monte dans un TGV qui va à Bruxelles, mais comme prévu - malheureusement - on descend à Nîmes. Durant les 24 minutes de trajet officielles - qui se doublent la plupart du temps - on joue au Tarot à quatre, avec Jérôme et Marcus : nos deux morts. Sorties de la gare, quatre personnes nous indiquent quatre directions opposées pour le Parc des Expos. Finalement, ces nîmois n'ont pas la notions des grandeurs, en trente cinq minutes, on était arrivées. Une clope, on rentre. Des dizaines de sacs de cuir, de colliers de perles, d'instruments de musique, de sculptures en fer nous font tourner la tête, à tel point que maintenant je me suis mise dans le crâne de me faire le sac de mes rêves moi-même. Évidemment il ne sera pas comme ceux-là, mais je garde espoir et surtout motivation. On sort une heure trente plus tard, rassasiées de soif de création. On va dans une petite ruelle, et là, on croise le parc le plus magnifique de tous les temps. Après le joint on essaie sans succès de manger les pommes du pommier qui était là, puis on croise, par terre, entre les herbes, une poire bien mure. Ayant fait le tour du jardin nous découvrons enfin le poirier - lorsqu'on a ramassé le fruit, il suffisait juste de lever la tête vers le haut - : c'était une magnifique arbre de deux mètres à peine, en forme de cœur et aux feuilles rouges. Et puis, on voulait vivre ici mais la faim affreuse nous a contrait à bouger au Subway. Au retour, nous avons retrouvé la gare en 15 minutes, on a pris le train de 17h37 en jouant encore au tarot jusqu'à l'annonce de la voix de la SNCF qui nous invitait à descendre à Montpellier Saint Roch. Je n'ai pas payé.
   En attendant le tram, une silhouette. "Marvin ?". Un cri. "Marvin !". Un sourire, et puis les siens, par milliers. Et la pêche pour toute la soirée, malgré la fatigue insurmontable.

lundi 1 novembre 2010

Sans applaudissements.

POLINA

C'est étrange...


THANATOS

De quoi ?


POLINA

Je dis à tout le monde que je vais très bien.


THANATOS

Et ? Tu n'as pas l'habitude ?


POLINA

Si, j'ai l'habitude de mentir, mais là, c'est presque se mentir à soi-même...


THANATOS

Qu'est-ce qui se passe ?


POLINA

Je déteste cette question, je ne sais quoi répondre à chaque fois. Car si je creuse bien, je n'ai aucun souci. Tout pour être heureuse, théoriquement.


THANATOS

Théoriquement ? Et en pratique ?


POLINA

En pratique aussi. Même sur le plan amoureux tout va plutôt bien...


THANATOS

Je te sens hésitante.


POLINA

Oui... Je ne sais pas pourquoi. Nous sommes à nouveau ensemble, tout a l'air de se passer bien, comme on le veut...


THANATOS

Mais ..?


POLINA

Quoi mais ?!


THANATOS

Arrête de faire genre que tu ne vois pas de quoi je parle ! Tu sais très bien ce qui te ronge. Es-tu si renfermée, à toi, à lui, pour ne pas savoir le reformuler avec une phrase ?


POLINA

Je crois que oui.


THANATOS

Petite conne. Je vais te le dire, moi, ce qui va pas, je vais te le crier sur les toits, je vais...


POLINA

Tu ne pourras pas. C'est à moi, tu ne pourras pas le dire si je ne suis pas d'accord, si je ne peux pas, tout simplement.


THANATOS

Mais arrête, ressaisis toi ! Qu'est-ce que tu fais ? Où est-ce que tu plonges, où est-ce que tu comptes t'enfuir, comme ça, en fermant ta gueule ? Parle, dis tout ce qui te sort par la tête !


POLINA

Mais je ne peux pas lui dire ça !


THANATOS

Mais pas à lui ! A toi ! C'est à toi que tu dois te le dire, c'est toi le problème, Polina, c'est toi seule qui peut te nettoyer le cerveau au kascher, toi seule qui peut tout virer, souffler un coup, dépoussiérer les recoins sales et reprendre tout à zéro, le cœur léger.


POLINA, pleurant.

Pourquoi tu me dis tout cela ? Maintenant je pleure... Tu sais très bien que j'en suis incapable.


THANATOS

Tu pleures, tu pleures... Tu pleures tout le temps ! Tu ne sais faire que ça : pleurer ! Ça ne t'est jamais venu à l'esprit qu'il y a autre chose que des larmes dans ta tête ? Que les heures que tu passes à pleurer pourraient être utilisées à autre chose ?


POLINA

J'ai rien à faire...


THANATOS

Oh, pauvre petite, elle n'a rien à faire ! Tu as dix-huit ans, tu dois trouver autre chose qu'arroser tes remords. C'est pour ça qu'ils s'enracinent en toi. Tu es incapable de les déchirer ..! (Polina reste silencieuse, sanglotant de temps à autres. Après un quart d'heure de silence Thanatos reprend la parole, exaspéré.) Je ne sais plus quoi toi dire. Je n'ai plus rien à te donner. Il revient mercredi soir. Mets ton plus beau sourire, et viens le chercher à la gare. Lorsqu'il descendra du train, embrasse le, dis lui que tu l'aimes, parle lui, trouve autre chose, n'importe quoi qui t'empêchera de lui dévoiler une millième fois tes larmes. Il en a marre, de tes yeux qui pleurent ! Montre lui qu'il y a autre chose en toi que de l'eau salée. Montre lui les graines de vie qu'il te reste. Donne les lui ! Il saura les planter mieux que toi, au fond de son cœur, il saura les réchauffer d'amour, et peut-être un jour elles pousseront en ne vivant que pour les rayons du soleil.

Polina a arrêté de pleurer, les traces de larmes brillent sur ses joues, elle a le regard dans le vide, elle inspire fort un coup, puis expire doucement. On voit tout son corps se dégonfler. Elle reprend son inspiration, puis tousse fort mais brièvement, se lève, et part vers la gauche, en titubant. Arrivée derrière le rideau, on entend son corps tomber sèchement sur le sol, un bout de son pied dépasse du rideau. Thanatos se lève, lui jette un coup d'oeil attristé, et part vers la droite. Quand il est caché derrière le rideau on entend un claquement de doigt. le pied de Polina se retire derrière le rideau. Une minute de silence, avec des jeux de lumière bleue et jaune sur la scène.



VOIX DE LA SNCF

Votre attention s'il vous plait. Le train numéro six mille deux cent trois, en provenance de Paris Gare de Lyon et à destination de Perpignan va entrer en gare, voie 2B. Éloignez vous de la bordure du quai.

Bruit de train. Rideau.