dimanche 9 mai 2010

Des dieux marins.

   Je n'aime pas les mouettes. Par jalousie. Parce que ces bateaux ailés vivent au dessus-de la mère, la bien-aimée matrice qui engloutit chaque noyé de larmes entre ses cuisses moites et salées comme après un coït sans le moindre reste d'amour. Elle finit par gober des milliers  de fous, qui ont chuté ivres morts de sentiments incontrôlables dans le trou noir de leur cœur, si rongé déjà, au moment où ils ont découvert leur existence. L'eau salée, douce et vicieuse les caresse de ses habitants, si réconfortants : des algues, des petits poissons qui tourbillonnent autour, quelques oursins qui chatouillent gentiment les chevilles, des étoiles de mer qui font croire au ciel déjà tué à cause des yeux pleins de sel, morts eux aussi. Les noyés vivent ainsi dans la pénombre de la lave bleue, noire, gisante dans les intestins, le sexe, les oreilles, entre les orteils, jusqu'à ce qu'elle s'infiltre enfin dans la tête puis descende dans le cou, passe derrière les clavicules et atteigne enfin notre petit moteur, qui freinera alors doucement sa cadence pour ne faire qu'un avec les vagues. Et des années, des centaines d'années plus tard il ne restera du noyé que quelques bouts de marbre vivant, qui sera rejeté, par une forte tempête sur la plage. Les mouettes, elles, sont au-dessus de tout ça.

   Voilà, maintenant tu connais la véritable nature d'un coquillage.

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