08 novembre 2013

J'aurais pu vous dire ce qu'il y avait.
Pardon, j'ai cru une fois de plus que s'armer de silence était plus sage.
Je ne suis pas sage.
ce n'est pas si simple, de tout corriger,
de tout réparer,
de tout reconstruire.
De construire. Dessiner de nouvelles esquisses.
Je refais les mêmes ratures aux mêmes endroits,
j'ai pas trop la force de me mettre derrière un bureau et de travailler :
pas trop la force de m'asseoir à une table de café et de tout vous raconter.
J'ai rien à dire, je n'connais rien.

Merde.
Encore une fois je rechute en disant ça.
C'est faux : j'ai des dizaines d'heures à remplir avec ma langue,
et centaines de pages à noircir de mes savoirs.
J'ai la tête pleine,
J'ai la tête pleine, (les yeux aussi...)
il faut seulement que je sache trouver une utilité à cette masse,
ou plutôt que je n'en aie plus peur, plus honte.
Qu'elle m'enchante.

   J'ai pleuré et crié toute la peur que j'avais il y a deux jours, sous ma couette, parce que j'ai enfin gouté à ce qui m'attend plus tard : un travail. J'ai eu honte. J'ai eu mal. Et puis le lendemain j'avais pas le choix.
   Il faudrait que je ne me laisse plus le choix de marcher à l'ombre et de travers. C'est pas en prenant la main de quelqu'un que je saurai danser toute seule. Je me casserai la gueule un beau matin. Je préfère qu'on me regarde. J'ai (pas) envie d'avoir des choses à montrer, à faire. Mais je ne me laisserai plus le choix. Par simplicité.

06 novembre 2013

Tout quitter.

Mon stage,
L'école,
Mon mec,
Mon corps,
Mes potes,
Mes vêtements,
mon appart,
Paris,
Mes responsabilités,
Ma vie.

20 octobre 2013

Miraculé absent.

*

J'ai mal aux dents 
comme quand je t'aime
et que mes molaires grincent
derrière mon sourire
de peur de rester bloquée dans ce rictus
qui me donne un air trop enfantin

j'ai mal aux tempes
comme quand je perds
l'image de ton visage
derrière mes paupières
et que je ne sais plus qui je dois rendre heureuse
car j'oublie la couleur de tes yeux

j'ai mal aux paumes
comme quand je pleure
et que je sers tes doigts imaginaires entre mes ongles
et que je pleure de plus belle car
même quand c'est réel
je pleure quand même.


*

l'Inquiétude.

   Quand maman était à l'hôpital, c'était prévu depuis longtemps, son opération. Elle est allés voir le chirurgien plusieurs fois avant de se faire opérer, il lui a tout expliqué et a trouvé le temps, les gens et l'endroit adéquats et nécessaires à son opération. Elle a été opérée sans complications, et sa réeducation, bien que longue, se fut déroulée comme prévu. Elle a eu mal mais on savait que ce n'était pas grave. Elle était surveillée et j'étais là pour elle. C'est pour cela que je ne me suis jamais inquiétée.
   Quand Nicolas était à l’hôpital, c'était par surprise. Il m'a appelé en larmes en me disant de ne pas m'inquiéter. Il ne s'est pas douté un seul instant de sa journée que ce soir il se retrouverait sur un brancard, on ne ne l'avait pas prévenu ou pas préparé. Arrivé là bas, il a du attendre pour qu'on lui fasse des radios à la va-vite pour lui expliquer rapidement qu'il n'avait surement rien. Il l'ont laissé allongé sans rien lui donner pour le soulager. Il a été renvoyé chez lui le matin, sans certificat, sans bilan, sans prescription de médicaments. Il avait mal. Je ne suis pas là pour lui car j'habite à l'autre bout du pays. Je ne peux même pas lui tenir la main une minute, pour le réconforter un peu. C'est pour ça que je m'inquiète. 

   Je n'ai jamais eu à m'inquiéter dans la vie, car j'ai toujours su la source du problème et la démarche pour le résoudre, et j'y ai participé de près ou de loin. Là, la source du problème est vague, la résolution partiellement satisfaisante,e t surtout je ne peux rien faire du tout.

11 octobre 2013

Le premier jet depuis que j'ai regardé ailleurs

   J'ai voulu chercher ma langue dans ma tête, dans mon coeur. Elle était toujours là, dans ma bouche, et j'ai compris que je pouvais la prendre avec les doigts, que c'était toujours la mienne, qu'elle connaissait toujours les mêmes mots. J'ai peut-être perdu mon vocabulaire, mais je n'ai pas perdu ma langue. Elle sait toujours me faire dire des mots doux, des mots douloureux, des mots forts. Il faut juste que j'arrête de l'oublier. Je l'oublie souvent. Je voudrais m'en souvenir tout le temps désormais : je peux être heureuse comme je peux parler. Simplement, on change parfois de langage, d'intonation, mais on sait toujours se faire comprendre.

   Je sais parler comme je sais être heureuse.

10 octobre 2013

La vie d'Adèle.

   Des années que je n'ai pas ressenti un film.
   La vie d'Adèle... non, la bouche d'Adèle. Adèle pleure, Adèle rit, Adèle mange mais elle ne parle pas. Adèle n'a pas besoin de parler, ses lèvres parlent à sa place : elles sont grasses de bolognaise, gluantes de morve, tremblantes de pleurs, humides de baisers. Abdellatif est un fétichiste de la bouche.
   Des années que je n'ai pas vécu un film.
   La vie d'Adèle est un petit chemin poussiéreux tout tracé : parcours ordinaire, famille ordinaire, envies ordinaires... un truc pas palpitant du tout. Et pourtant je me suis surprise à avoir quelquefois le coeur un peu noué, en me mettant à sa place, en ayant pitié d'elle, peur pour elle, honte d'elle. Elle ne joue pas un personnage, c'est nous qui nous glissons dans sa peau.
   Des années que j'ai pas vu un film.
   Je ne sais pas si c'est un chef d'oeuvre. Je ne sais pas si c'est un film innovant, engagé, bien filmé, intelligent ou moralisateur. Je sais juste que quand on me parle de cinéma j'imagine à peu près ça : quelque chose d'assez irréaliste filmé de manière assez réaliste.



   Ce qui est osé c'est pas les 15 minutes de sexe filmé en gros plan, c'est les 2h45 de détails du quotidien, qui laissent bouche bée de naturalisme. Bouche bée comme Adèle durant tout le film.

04 octobre 2013

Le déluge.

   C'est fou d'être aussi triste. Je ne sais pas si c'est la tristesse qui me rend folle ou la folie qui me rend triste. Je vois juste que le ciel me tombe sur la tête et que mes yeux me tombent sur les joues. Les gens sont trop pressés pour être tristes à Paris, moi je suis plus que jamais pressée d'y partir, pour être heureuse. Mais oui, je le sais, ce n'est pas une solution de fuir le problème à 700 kilomètres plus au sud. Que ce sera toujours là, dans ma tête, cette bulle de nostalgie qui grossit chaque jour en se remplissant de liquide qui s'écoule par les yeux et le nez et la bouche pour se remplir encore et encore. C'est drôle : une coquille vide remplie d'une grosse bulle. Il y a la bave et la maison, ne manque plus que l'escargot. Peut-être qu'on m'a bel et bien mangée. Mais qui mangerait d'un fruit aussi amer, aussi sec ? Peut-être ai-je pourri, quelque part au soleil, ou dans un panier à fruits... Ou me suis-je évaporée en restant collée à un mur crépi dans une maison de campagne quelque part dans la Provence ?
   Je ne finis même plus mes longues plaintes laissées ici. Je n'ai plus la force de me plaindre jusqu'au bout.