31 octobre 2010

Paris n'est si beau qu'à travers nos yeux.

   Petits déjeuners aux heures perdues : un chocolat chaud à Montmartre à 18h, pour voir le coucher de soleil avec Lucie et Julie; le lendemain : un quatre quarts mangé dans un bain pris à deux avec Lucie (faute d'envie de rhum de bon matin, 13h).

    Il y eut d'autres choses : les 1,5L de whisky avant d'aller en boite; sept étages de figurines érotiques vers Pigalle; trois cocktails au Beho pour vider le porte-monnaie; le Trocadéro où on a snobé la tour Eiffel; le numéro de Seb de la brasserie du Carefour; toutes les soirées à la lueur des bougies, et surtout : le resto à la Place des Artistes - avec vue sur la butte - en amoureux. La vie n'est un voyage : et les voyages ne sont que des suites de points virgules; je reviens en décembre à la capitale.

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P a r i s ;   d u   2 6   a u   3 1   o c t o b r e   2 0 1 0 .

21 octobre 2010

On ne bandine pas avec l'amour.

C'est pas ma faute
je n'y peux rien
je suis heureuse que quand tes yeux me disent qu'ils aiment les miens.


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19 octobre 2010

Clafoutis dans les draps.

Je te souligne
d'un trait
-
je te barre
d'une vague de froid
et l'aurore boréale qui se dessine sur tes yeux
ne m'empêche pas d'entendre
les quelques larmes qui coulent
par transparence,
fluides,
sous tes paupières
qui me clignotent en morse
"je t'aime tant".

Soit.
J'ignore si tes bras sont fatigués de moi
je ne sais pas non plus si ta patience
était seulement courtoise
ou vraiment douce.
Comme un ressort
j'ai fait sauter
des mots en vrac de ma bouche creuse
des mots en l'air
qui ont bien l'air
d'avoir atterri dans tes oreilles
affreuses,
qui ont gobé tant de merveilles
tant de dépouilles de rêves d'enfants,
tant de banalités...

Tu ferais mieux
de soigner tes acouphènes
- ceux qui te susurrent des bêtises
à chaque virgule.
A chaque bouchée d'air,
à chaque reprise,
j'oublie
ce que je voulais dire.
Les syllabes que je te chante sont saccadées
celles que je tais sont illisibles.
C'est presque vicieux
de ne pas savoir
prononcer les mots les plus simples,
c'est à deux doigts de l'impossible.

Deux doigts de trop :
un dans la gorge
l'autre sur les lèvres.

16 octobre 2010

Crier je t'aime avec le sexe.

   Une soirée à deux avec Lucie, après la Taverne du Perroquet, le Circus et le Bec de Jazz on ne savait plus où aller, du coup pour rire j'ai proposé le Heaven, minuscule club gay à coté de la préfecture dont l'entrée est parsemée de travestis en perruque blonde et talons hauts ainsi que de garçons aux débardeur décolletés et aux voix nasillardes. Nous étions persuadées que c'était ouvert jusqu'à 2h et c'est en tirant la poignée de l'entrée que Lucie m'a montré du doigt l'inscription "18h - 1h". Mais je ne l'avais pas entendue. En ouvrant la porte il s'est planté devant moi, l'air étonné, me surplombant à cause de la marche, et a jeté son regard dans le mien. Nous nous sommes regardés une seconde; deux secondes; trois secondes; quatre, cinq, six secondes, jusqu'à ce que je me force à sourire. "Bonsoir, m'a-t-il dit, en tout cas je suis très ravi de t'avoir rencontré". Et il m'a fait la bise, ainsi qu'à Lucie. On a discuté cinq minutes tous les trois sur nos plans pour la soirée et nos prénoms respectifs, et je ne sais plus ce qu'il disait car de temps à autres nos yeux se rencontraient de nouveau et on se taisait dans ou sourire, et on oubliait de faire semblant de suivre une conversation. L'alchimie des regards qui se noient mutuellement anéantit la parole et la conscience. Il m'a prise par la taille pour me montrer le Baron Rouge à deux pas de là où on était. Il m'a dit qu'il serait là jeudi alors je lui ai dit à jeudi, tout simplement, comme si on se voyait toutes les semaines depuis dix ans. Il m'a filé sa carte de visite avec son téléphone dessus, un beau petit carré de carton glacé qui le présentait comme graphiste-illustrateur-web designer-conseiller en communication.
   Après l'avoir quitté, Lucie a dit : "il n'y a que toi pour trouver un hétéro à la sortie d'une boite gay et te faire draguer comme une porcasse"; j'ai explosé de rire.

15 octobre 2010

Gregory Thielker.

http://hazel.cowblog.fr/images/CompleteStop-copie-1.jpgGregory Thielker - Coming to a complete stop, 2008, oil on canvas, 91,5 x 122 cm.

14 octobre 2010

Frustration.

Je serai celle
je serai celle qui n'aura rien fait
rien dit
rien vu
rien prévu
et qui pourtant
un beau jour d'automne
saura répondre à ses question
par des silences
celle qui fermera les yeux quand les gens parlent
celle qui n'aura pas le temps pour un café
parce ce que le temps c'est de l'envie
et l'envie et l'ennui ne s'opposent que par une consonne
et une voyelle
rien de très sérieux
lorsqu'il s'agit
de tourner la manivelle
de notre esprit
de temps à autre.

Je veux
qu'hier, demain et aujourd'hui ne s'échappent pas
d'entre mes doigts.
Je veux pouvoir les modeler, broyer et mordre,
et les jeter au caniveau quand la monotonie viendra sonner à la porte.

12 octobre 2010

Les cigales.

l'architecture de ta chevelure
me rappelle un poème
que Rodin a moulé dans du bronze.
ta posture - pas la tienne, celle de ton cœur qui bat comme bon lui semble -
me rappelle ces Trois ombres, siégeant dans le jardin éternellement pluvieux
plus douloureux que les spectacles des jongleurs de feu, un soir d'été
dans une ruelle d'une ville du sud.
Mangeons ensemble
les vérités qui se sont étalées sur nos langues
j'ai aussi faim que toi
et les bourrelets bleutés
sous tes yeux clos me chuchotent à l'oreille
que la nuit dernière tu as pleuré
comme pleurent les cigales, le dernier jour de juillet...

Les chagrins ne durent qu'une saison,
et les savoir chanter allègrement
enchante tout le monde;
c'est parce que les hommes sont cruels lorsqu'il s'agit de belles histoires.