Carillon sous la pluie ne sonne plus des mots d'amour
la mélancolie enfume la chambre
aère la pièce, laisse partir les larmes
et les tristesses, de ces nuits turquoises
qui ne figuraient même pas sur le calendrier de l'an passé.
La mélodie s'emporte sous le ciel ébène
chasse les regrets à coups de do ré
les jalousies cloront les secrets des fenêtres
où derrière les reflets couleront de fols pleurs
d'un estival requiem.
26 avril 2009
03 avril 2009
En attendant Godot.
ESTRAGON. - Je suis fatigué. (Un temps.) Allons-nous-en.
VLADIMIR. - On ne peut pas.
ESTRAGON. - Pourquoi ?
VLADIMIR. - On attend Godot.
ESTRAGON. - C'est vrai. (Un temps.) Alors comment faire ?
VLADIMIR. - Il n'y a rien à faire.
ESTRAGON. - Mais moi je n'en peux plus.
VLADIMIR. - Veux-tu un radis ?
ESTRAGON. - C'est tout ce qu'il y a ?
VLADIMIR. - Il y a des radis et des navets.
ESTRAGON. - Il n'y a plus de carottes ?
VLADIMIR. - Non. D'ailleurs tu exagères avec les carottes.
ESTRAGON. - Alors donne-moi un radis (Vladimir fouille dans ses poches, ne trouve que des navets, sort finalement un radis qu'il donne à Estragon qui l'examine, le renifle.) Il est noir !
VLADIMIR. - C'est un radis.
ESTRAGON. - Je n'aime que les roses, tu le sais bien !
VLADIMIR. - Alors tu n'en veux pas ?
ESTRAGON. - Je n'aime que les roses !
VLADIMIR. - Alors rends-le-moi.
Estragon le lui rend.
ESTRAGON. - Je vais chercher une carotte.
Il ne bouge pas.
VLADIMIR. - Ceci devient vraiment insignifiant.
ESTRAGON. - Pas encore assez.
Silence.
VLADIMIR. - Si tu les essayais ?
ESTRAGON. - J'ai tout essayé.
VLADIMIR. - Je veux dire, les chaussures.
ESTRAGON. - Tu crois ?
VLADIMIR. - Ca fera passer le temps. (Estragon hésite.) Je t'assure, ce sera une diversion.
ESTRAGON. - Un délassement.
VLADIMIR. - Une distraction.
ESTRAGON. - Un délassement.
VLADIMIR. - Essaie.
ESTRAGON. - Tu m'aideras ?
VLADIMIR. - Bien sûr.
ESTRAGON. - On ne se débrouille pas trop mal, hein, Didi, tous les deux ensemble ?
VLADIMIR. - Mais oui, mais oui. Allez on va essayer la gauche d'abord.
ESTRAGON. - On trouve toujours quelque chose, hein, Didi, pour nous donner l'impression d'exister ?
VLADIMIR (impatiemment). - Mais oui, mais oui, on est des magiciens. Mais ne nous laissont pas détourner de ce que nous avons résolu. (Il ramasse une chaussure.) Viens, donne ton pied. (Estragon s'approche de lui, lève le pied.) L'autre, porc ! (Estragon lève l'autre pied.) Plus haut ! (Les corps emmêlés ils titubent à travers la scène. Vladimir réussit finalement à lui mettre la chaussure.) Essaie de marcher. (Estragon marche.) Alors ?
ESTRAGON. - Elle me va.
Samuel Beckett - En attendant Godot.
18 février 2009
Folies en poudre.
Le cœur chante une drôle de prose, moi à chaque regard j'explose ; la craie sur mes genoux, n'est plus de ce monde, cherche encore le tableau, ressers toi une blonde, dans mon paquet de cigarettes, mais s'il te plait arrête, de faire semblant de faire la tête. Caresse moi de ta langue, de tes dires, de tes rires, et laisse moi en paix manger ton sourire a pleine bouche à pleines lèvres, roses ou violettes, les fleurs fanent mais restent les miettes d'intentions, de passions, de nos premiers rendez-vous, de tes premiers baisers doux. Tout est joué, la mémoire sans regrets goûte goutte à goutte les matis voilés d'encore quelques étoiles, mais pourquoi hier soir la lune était si pale ? Ce soleil de minuit grisait tes yeux verts et le ciel d'encre noire, mais pardonne aux nuages, les quelques minutes de ce premier soir où je n'ai pas vu l'étincelle qui fit du rose de mes seins ton lait maternel.
Emil Nolde - Le peintre Schmidt-Rottluff
17 février 2009
Alexandrin en noir et blanc.
(Tout ira mieux lorsque le soir sera bourré,
et les étoiles paraitront floues et vacillantes
derrière les sombres arcs-en-ciels en noir et blanc
des lampadaires sombrant à tous les coins de rue.
Les gigantesques branches nues et desséchées
tendront leurs doigts vicieux pour t'écorcher les joues.
Les cris perçants te feront trembler les oreilles,
le vent violent s'engouffrera dans ton blouson,
des ombres frêles sautilleront devant tes yeux,
et quand la nuit se cachera sous l'horizon,
tout sera mort avec le lever du soleil.)
et les étoiles paraitront floues et vacillantes
derrière les sombres arcs-en-ciels en noir et blanc
des lampadaires sombrant à tous les coins de rue.
Les gigantesques branches nues et desséchées
tendront leurs doigts vicieux pour t'écorcher les joues.
Les cris perçants te feront trembler les oreilles,
le vent violent s'engouffrera dans ton blouson,
des ombres frêles sautilleront devant tes yeux,
et quand la nuit se cachera sous l'horizon,
tout sera mort avec le lever du soleil.)
29 janvier 2009
Instant d'amour.
Couchez deux soleils sur la cote à cote, crinières étendues et emmêlées et laissez leur encore, une feuille de papier. Nous y griffonnerons de nos griffes les quelques gémissements qui sortent de nos gorges lorsque l'on fait l'amour. Nous rugirons quelques instants courbés l'un contre l'autre, et puis nous brulerons à petits feux les dernières gouttes de pluies de plaisirs qui se cacheront au creux de nos aisselles. Tes dents ont-elles laissé des baisers rouges là où le cou se jette dans les épaules ? Y a-t-il seulement des restes de tes fortes étreintes sous mes deux seins, ces deux globes beiges, que tu te plais à faire tourner entre tes mains ?
Jean-Baptiste Greuze - La Volupté
19 janvier 2009
Marque-pages.
Tu devais sentir le nénuphar, seulement voilà, je n'ai jamais senti une seule de ces
plantes. Mais j'aime penser que ces belles demeures de grenouilles ont
le même parfum que tu avais cette nuit là.
08 janvier 2009
Solal.
- Elle m’aime, je l’aime, vous l’aimez, tout le monde s’aime. Que de sucre ! Et quand vous serez mariée, Jacques vous sourira même en se rasant. Et moi je ne veux pas qu’on m’aime. Mon cœur ton cœur son cœur. Ma gondole ton luth son écharpe nos sentiments vos vapeurs leurs passions. Je te chéris tu m’affadis il me fait souffrir vous êtes odieux. Allez-vous-en à vos rêveries. Pas difficile, oui à vos rêveries, de comprendre votre genre de tempérament. Allez, allez, coccinelle ! J’en ai assez de vous voir. Vous rêvez d’une existence héroïque et révoltée et russe, et en réalité elle est ravie d’être la jeune fille du Maussane, et elle trouve que je suis impoli et d’où sors-je et cætera. Allez rêver. Vous si fière, offensez-vous donc au lieu de me regarder avec ces yeux d’hypnotisée. J’imagine que dans votre journal intime il doit y avoir des histoires de ce genre : « les pensées se pressent autour de moi comme le troupeau vers le berger versant le sel savoureux sur la pierre. » Je vous connais. Et je sais le reste. Ce qui ne peut se dire. Ce que vous faites la nuit. Rougissez donc !
Il s’éloigna puis revint, plus mince et si ravisseur violent noir menaçant.
- En réalité, c’est une déclaration d’amour. Va-t’en. Je t’aime. Et tu m’aimes aussi, par le Dieu vivant !
Il s’éloigna puis revint, plus mince et si ravisseur violent noir menaçant.
- En réalité, c’est une déclaration d’amour. Va-t’en. Je t’aime. Et tu m’aimes aussi, par le Dieu vivant !
Albert Cohen - Solal
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