06 avril 2025

La frange.

Tu deviendras libre non quand tes jours seront dénués de soucis, tes nuits de besoin et de douleur,
Mais lorsque ces choses borderont les franges de ta vie sans empêcher que tu les surmontés, nu et libre.

Khalil Gibran, Le Prophète 

20 février 2025

Prémonitions attardées.

C'est comme si ça m'avait presque manqué. Peut être parce que je n'arrive pas à me retrouver aussi profondément que je le voudrais ces derniers temps, j'ai senti qu'en grattant, quelque chose allait s'effriter.

Tu avais l'odeur d'une personne triste. Je la connais cette odeur, elle a beaucoup trop campé sous mon nez, trainée d'amours en amours depuis mon adolescence. Je reconnais l'odeur d'un homme rempli de mélancolie parmi toutes. Elle a une couleur grise, elle est hérissée et molle à la fois, aussi fuyante et coulante qu'un jaune d'œuf. 

J'ai énormément travaillé ces dernières années. Mes journées sont millimétrées, mes semaines, mes plannings, s'enchainent et s'emboitent comme des meubles IKEA entre eux, dans le seul et unique but d'aller le mieux possible. Je suis devenue égoïste, casanière, mystérieuse, excellente au travail, plus sportive, plus dormeuse, moins drôle, je m'habille avec moins de style, je picole moins, j'ai des tendances hypocondriaques, j'anticipe tout beaucoup trop, je ne regarde quasiment plus les infos, je fais des puzzles… Tout ça dans l'unique but de me supprimer la plus grande quantités d'angoisses que la vie me déverse dessus à chaque journée d'existence. Je vais mieux. Je vais mieux car depuis hyper longtemps je n'ai pas chialé sur mon sort le soir au fond de mon lit. Je vais même plutôt très bien, car j'ai coché toutes les petites cases d'une vie tranquille. Une vie sans folies. Une vie qui ne me fait pas penser aux lames d'un cutter qui pénètrent mes veines.

Alors c'était dur, ce soir, de te voir si abattu. Parce que la région de ma vie où j'ai dû mettre le plus de pansements est celles des relations amoureuses, et cette montagne-là est recouverte d'un milliers de bandages, elle sous garrot serré et cela ne saigne plus depuis pas mal de temps. Mais c'est sensible, comme l'est une grosse cicatrice. C'était nécessaire ce soir, de se rappeler que je ne peux pas être un pansement pour quelqu'un d'autre, que je suis à ma place, et que les choses qui arrivent ne sont pas de ma faute.

Mais cela fait mal, comme quand quelqu'un t'appuie sur une plaie en voulant te faire un câlin. Et cela me rend triste car ça rappelle à quel point cela peut être profond, une blessure, que peut-être, celles-ci ne guérissent jamais, sauf que ça ne donne pas de statut "travailleur handicapé", même pas de carte "station debout pénible".

Ce soir, la station debout est pénible. Alors je me recroqueville, et je frissonne, j'ai le droit, finalement, de parfois enlacer la douleur et de pleurer un peu ensemble avec elle.


31 octobre 2024

Pré(in)cisions.

Je suis juste ; - de justesse
Je suis pure, de paresse
Bonne augure, je t'adresse
Me pavane tard le soir so(m)bre comme en costard
J'incise, les craquelures cousues de ce qu'il ne faut pas penser pas dire
Puisque les mots ont du pouvoir je m'en sers pour mes désirs

Chuchottons ce qui plairait, pas ce qui agace
Contrer le mauvais sort
Sirotant la vie sur une terrasse

Je jacasse
Mais jamais je me lasse

24 octobre 2024

Revenir.

Je m'éveille.
Ce qui me m'éveillée ?
Le Japon
Les concerts
L'alcool
Toi.

On dormira quand on sera mort.

30 septembre 2024

Aphaïa.

Un jour, nous avons dormi ensemble contre le gré de ta maîtresse. Tu t'es allongée de tout ton corps sur mon clic-clac d'étudiante et des pattes avant et tes pattes arrières touchaient les deux murs. On a passé quelques jours toutes les deux a Paris, dans le 13ème et tu étais si calme et si complice. Je me rappelle toujours de l'oreur de tes coussinets, ils sentent le bon saucisson, et j'adorais les renifler a chaque fois que je te voyais. Toi, quand tu me voyais tu m'accueillir avec une chaussure dans la bouche, pour me fêter, comme si ma présence était vraiment une joie. Ta présence a toi, en tout cas, a été une joie immense de ta maîtresse pendant onze ans. C'est long en années chien, tu es bien vieille. 
A l'heure où j'écris ça tu es en traind e faire ta toute ultime balade du soir. J'espère que ça sent le chat partout et que tu iras manger une crotte, une dernière pour la route, et que tu embeteres Iago.
Je te pleure et t'embrasse de tres loin sur ta tête toute blanchie. Bonne route, tu as eu la plus belles des vies de chien.

16 septembre 2024

Respirer.

Les poumons qui fonctionnent quand je cours,
C'est vivifiant.


07 juillet 2024

Migraine de bonheur.

J'ai pleuré.
J'ai pleuré il y a deux jours de peur et de terreur. D'incompréhension, d'injustice, de désespoir. J'ai pleuré car j'avais peur. J'avais peur que mon chéri se fasse insulter dans la rue, j'avais peur que je ne puisse pas exercer une haute fonction administrative en tant que bi-nationale, j'avais peur qu'on tape encore plus de noirs et d'arabes dans ce pays. J'avais peur que mon travail doive se restreindre a faire bonne figure devant le pouvoir, j'avais peur que mon papa ne puisse plus bénéficier de l'AME en tant que réfugié politique. J'en ai morvé dans mon lit tellement j'avais peur.

Et puis j'ai pleuré tout à l'heure. J'ai pleuré le 7 juillet à 20h sur la place Stalingrad quand sur un écran géant un grand demi cercle majoritairement rouge s'est affiché sous nos yeux. J'ai sanglote de soulagement dans les bras de mes copines, j'ai chialé fort mais personne ne s'entendait car tout le monde autour de moi hurlait de joie. C'était assourdissant, tout ce soulagement. Comme un furoncle qui éclate et qui enfin fait disparaitre la puanteur.

Ce soir, j'ai usé mes cordes vocales, j'ai levé mon poing, j'ai souri fort en voyant des drapeaux français, et j'ai chanté la marseillaise plus fort que je ne l'ai jamais chanté. En choeur, avec tous le peuple français qui a voté pour l'union, pour la solidarité, pour un avenir meilleur, pour toutes et tous. Et Jean-Luc Mélenchon a bien expliqué le sens des paroles de la Marseillaise. Le sang impur, c'est pas nous, c'est celui des ennemis, celui qui sont contre la liberté. Nous on est purs par notre brillance, nos multitudes, nos espoirs, notre union.

C'est un moment de joie. Les moments ne sont pas éternels. Il faut se mobiliser maintenant, plus que jamais. 

Je voudrais continuer à être fière d'être française, pour très longtemps.