Il n'y a pas de terminus ce soir, ce week end, jamais. Ce n'est plus que je t'aime c'est qu'il fait trop gris entre mes côtes, il y a trop de silence dans ma gorge, trop de fissures sur mes lèvres trop tard pour se réveiller le matin. Mes hanches se sont désalterées des douceurs de vos ongles il y a fort longtemps, et ma peau se craquèle au rythme du silence de ma lampe de chevet. La jaune, la douce, celle qui ne m'écorche pas les pupille minuit passé. Je me repose sur mes épaules sur mon vieil oreiller dans mes vieilles petites chaussettes noires en attendant que mon petit coeur cesse de trépigner d'impatience de hier, des ans derniers, des choses que j'ai toujours coupé en deux avec le gros couteau de cuisine qui était rangé dans la poche de ma peau. J'ai perdu mes ustensiles, je mange avec les doigts - à peine - je pense à ce que tu ne me manques pas sans cesse comme si cela rebouchait les canyons de poussière dans mes pores qui se reproduisent à la vitesse d'une portée de lapins. J'accuse le coup de grâce, avec mon cou de girafe : je rigole pour ne pas avaler mes lèvres à chaque inspiration, je glousse à chaque syllabe qui parvient à faire vibrer mes tympans, à chaque goutte de pluie. Il pleut à Paris cinq fois par jour. J'ai arrêté de m'en préoccuper ; l'averse peut bien s'échouer dans mes cheveux si elle veut, je suis déja trompée depuis des lustres. Le revers de ma veste scintille dans le miroir à chaque fois qu'elle m'enlace de ses grandes manches rembourrées, pour m'envelopper bourrée, fade, fretillante, frissonante. Molle. Morbide. Je bascule dans la rue sur les pavés humides car je n'ai toujours pas appris à controler mes dix orteils, les orteils internes. Je suis plus à l'aise en position horizontale, tournée vers les 16 mètres carrés qui me séparent du smog du treizième arrondissement. Mes courbatures seules me rapellent que j'ai encore mes quatre membres pour se redresser demain, après demain, semaine après semaine qui s'enchainent comment les maillons de tous mes bijoux. Les bijoux que je ne porte pas car ils m'étranglent, me refroidissent, m'encombrent. Je me love dans la nudité dans ma salle de bain, sous une couette épaisse, sous des yeux tendres. Sous une couche de fumée qui me respire plus que je ne l'inspire. Je suis glacée. Je suis endormie. Je ne suis pas là, pas là où il faut ce soir, pas là où il faut cette vie.
07 mars 2017
05 mars 2017
Soir de samedi
Les yeux qui piquent, les cernes qui tirent, les poils de chien sur le pantalon noir, les ampoules aux pieds, l'éternelle boule au ventre, la barre dans le crane, l'attente incessante de ses messages.
Du colorant entre les doigts, le tabac froid dans les cheveux, l'odeur du cannabis dans le métro, les secousses, les tours de la BNF comme des phares en bord de mer. La mer, la mer en noir et blanc à la télé ; l'odeur salée des chips qui raclent la glotte et qui s'écrasent dans la bile de l'estomac. La boule au ventre, toujours ; toujours la migraine, toujours le métro arrive trop tard trop vite. On est samedi soir, personne ne devrait rentrer à la maison.
10 février 2017
Tous les jours.
Deux, ou trois, ou quatre, ou plus. En musique, en dansant, en riant. Parfois seule.
C'est agréable ce mélange de sensations à la fois de lourdeur et de légereté, de fatigue et d'apaisement, de vide et de plénitude. J'oublie certaines émotions, certains ressentis, certaines choses à faire. Mon réveil sonne de moins en moins fort, mon sommeil est de moins en moins reposant, mes journées sont de moins en moins longues. Mes soirées, en revanche...
J'ai l'impression qu'il reste des années avant le mois d'avril, des millénaires avant le mois de juin. J'ai si hate : je m'imagine que loin, ailleurs, il y aura des merveilles qui sauront me faire oublier jusqu'aux personnes qui ont fait le plus battre mon coeur, jadis si indispensables. Même Maman ne me manque plus.
Folies de la vie.
03 février 2017
La rose.
Boule à facettes, soirées improvisées par centaines, le timbre de ta voix qui s'accorde étrangement bien aux battements de mon pouls. Serréez collées dans des soirées trop remplies, à rire, à coeur déployé. J'en ai la poitrine qui me démange... je scintille mais je suis épuisée. Tu me manques, mais ce sera le cas durant toute notre existence.
23 janvier 2017
Les balafres
Tu m'enivres, tu me passionnes, tu m’absous de toutes les folies, de tous les carnages. "Hé mais vous êtes pas sœurs vous ?" On rit quand on l'entend mais je suis si fière. Je voudrais dormir près de toi au moins trois mois d'affilée. Au moins trois vies.
Rideau.
20 décembre 2016
Le camion arrive demain.
Elle m'a passé de la sauce soja, du vieux brie, de la lessive, sa belle robe taille XXS dans laquelle je peine à respirer. On s'est dit bonjour en riant sur le quai de l'Oise, j'ai bu la pinte qu'elle m'a payée en riant de mélancolie. Je ne sentais plus mes orteils surtout quand je regardais son cou maigre sur lequel elle avait oublié d'enrouler une écharpe. Susan marchait en titubant adroitement avec ses minuscules petons sur le bitume, barbouillée de miettes de gâteau au chocolat. Ils fumaient de l'autre coté de la route en riant et empêchant la petitr de s'écrabouiller parterre. Je les mirais assise de l'autre côté, comme un vieux film que l'on connait et qu'on ne reverra peut être plus.
On a tourné en rond autour des étalages à Franprix dans le rayon bio. On a finalement pris que le cidre. Je ne sentais toujours pas mes orteils.
Je ne saurais pour rien au monde dire quelle musique passait en boucle dans l'appartement pendant que j'enroulais sommairement les poêles et les verres à pied dans des magazines de mode. Peut-être qu'elle n'avait pas encore allumé son ordinateur. Il y avait beaucoup trop d'ail dans la sauce des pâtes mais Phafa ne semblait pas etre peinée de nettoyer les assiettes.
Quand elle a lancé le lave-vaisselle, le décompte - 59 minutes - était celui de mon départ. J'ai ri beaucoup ; j'ai embrassé Aphaïa encore davantage, sur ses grandes oreilles, sur ses flancs dodus, sur sa truffe humide.
Je travaille demain.
Je suis partie.
On s'est serrées dans les bras. J'ai enveloppé ce petit grand être de la totalité de mes membres superieurs, en calant mes doigts entre ses côtes. "A bientôt", "A l'année prochaine", en riant.
En descendant dans son hall d'immeuble tout recouvert d'horripilants stickers de Noël exhibés par la concierge, j'ai senti cette chose. Je me suis dit que je n'allait tout de même pas pleurer pour le départ de Mathilde !
Et pourquoi : n'allais-je pas pleurer pour le départ de Mathilde ? Parce qu'il fait froid, parce que je suis dans la rue, parce que mon sac est lourd, parce que je suis fatiguée et un peu saoule. Parce que je ne pleure pas. Elle a pourtant bien pleuré sur le marché de Joinville, elle..!
Pas moi.
Parce qu'on se revoit l'année prochaine, et que c'est bientôt.
16 septembre 2016
Sh
Je te loupe ; cela fait des années que ça arrive. Tu es partout sauf près d'ici, tu es loin et pourtant je perçois le vent qui se faufile entre tes boucles.
Tes pommettes sont en Amérique, mais ton sourire est dans mon champ de vision, je me réinvente ton odeur, ton timbre de voix, ton coup d'oeil en biais. T'es belle...
T'es loin. Pourtant je t'ai tout le temps senti près de mes épaules, sous une chaleur qui émane du soleil. Je n'ai aucun souvenir d'une entrevue avec toi sous la pluie, c'est surement parce que tu rayonnes.
Tu es mon premier voyage, mais je ne t'ai jamais sentie partir. Je ne t'ai jamais sentie là non plus, parmi nous, parmi ce tas de quotidien que nous sommes sur le bitume.
On a dansé ensemble, tu te souviens ? Qu'est ce qu'on a bu de thé, qu'est ce qu'on a mangé... la saveur de ces moments me revient plusieurs fois par semaine, et j'ose dire que tu es un délice, d'un velouté inconditionnel.
Tu as tendance à me manquer...