10 février 2017

Tous les jours.

   Deux, ou trois, ou quatre, ou plus. En musique, en dansant, en riant. Parfois seule.
   C'est agréable ce mélange de sensations à la fois de lourdeur et de légereté, de fatigue et d'apaisement, de vide et de plénitude. J'oublie certaines émotions, certains ressentis, certaines choses à faire. Mon réveil sonne de moins en moins fort, mon sommeil est de moins en moins reposant, mes journées sont de moins en moins longues. Mes soirées, en revanche...
   J'ai l'impression qu'il reste des années avant le mois d'avril, des millénaires avant le mois de juin. J'ai si hate : je m'imagine que loin, ailleurs, il y aura des merveilles qui sauront me faire oublier jusqu'aux personnes qui ont fait le plus battre mon coeur, jadis si indispensables. Même Maman ne me manque plus.

   Folies de la vie.

03 février 2017

La rose.

Chère A.,
   C'était la plus belle. La plus simple. La plus évidente. Je n'ai pas fait de déclarations d'amour depuis des millénaires, je ne savais plus en faire. Je... je ne sais pas dire je sans un petit peu penser à toi. Je ne sais pas faire quelque chose sans un tout petit peu penser à toi. À la fois petit diable et petit ange dans ma tête tu me maintiens droite, tu me rends fière et digne et forte. Et heureuse, pardi. Tu as une de ces dégaines dans mes yeux... je scintille, à y penser.
   Boule à facettes, soirées improvisées par centaines, le timbre de ta voix qui s'accorde étrangement bien aux battements de mon pouls. Serréez collées dans des soirées trop remplies, à rire, à coeur déployé. J'en ai la poitrine qui me démange... je scintille mais je suis épuisée. Tu me manques, mais ce sera le cas durant toute notre existence.
Amour et poulpe,
Girafon.

23 janvier 2017

Les balafres

   Je vais manger un yaourt entre mon quatrième et mon cinquième verre de vin. S'il y a des lignes que je suis pas incapable d'écrire, tu peux les résumer en huit mots, en trente secondes, et j'en ris de bonheur, de défaillance. J'ai failli à ma règle et tous mes vêtements transpirent désormais le tabac froid ; la fenêtre est ouverte et le chauffage est à fond, EDF est passé relever le compteur alors ça devrai aller maintenant. Je n'apprécie même plus de faire la vaisselle, je n'affectionne plus les plats chauds, les soirées sur l'ordinateur. J'ai pris le temps de vivre un peu, un peu trop. J'ai trop bu ; je bois trop : je boirai jusqu'à ce qu'on m'aiguille pour la prochaine destination à prendre. L'avion est dans cent quarante six soirs. Je ne serai jamais rassasiée jusque là, jamais satisfaite de mes années à paname, de mes nuits douces, de mes journées fades.
   Tu m'enivres, tu me passionnes, tu m’absous de toutes les folies, de tous les carnages. "Hé mais vous êtes pas sœurs vous ?" On rit quand on l'entend mais je suis si fière. Je voudrais dormir près de toi au moins trois mois d'affilée. Au moins trois vies.

   Rideau.

20 décembre 2016

Le camion arrive demain.

Elle m'a passé de la sauce soja, du vieux brie, de la lessive, sa belle robe taille XXS dans laquelle je peine à respirer. On s'est dit bonjour en riant sur le quai de l'Oise, j'ai bu la pinte qu'elle m'a payée en riant de mélancolie. Je ne sentais plus mes orteils surtout quand je regardais son cou maigre sur lequel elle avait oublié d'enrouler une écharpe. Susan marchait en titubant adroitement avec ses minuscules petons sur le bitume, barbouillée de miettes de gâteau au chocolat. Ils fumaient de l'autre coté de la route en riant et empêchant la petitr de s'écrabouiller parterre. Je les mirais assise de l'autre côté, comme un vieux film que l'on connait et qu'on ne reverra peut être plus.
On a tourné en rond autour des étalages à Franprix dans le rayon bio. On a finalement pris que le cidre. Je ne sentais toujours pas mes orteils.
Je ne saurais pour rien au monde dire quelle musique passait en boucle dans l'appartement pendant que j'enroulais sommairement les poêles et les verres à pied dans des magazines de mode. Peut-être qu'elle n'avait pas encore allumé son ordinateur. Il y avait beaucoup trop d'ail dans la sauce des pâtes mais Phafa ne semblait pas etre peinée de nettoyer les assiettes.
Quand elle a lancé le lave-vaisselle, le décompte - 59 minutes - était celui de mon départ. J'ai ri beaucoup ; j'ai embrassé Aphaïa encore davantage, sur ses grandes oreilles, sur ses flancs dodus, sur sa truffe humide.

Je travaille demain.
Je suis partie.
On s'est serrées dans les bras. J'ai enveloppé ce petit grand être de la totalité de mes membres superieurs, en calant mes doigts entre ses côtes. "A bientôt", "A l'année prochaine", en riant.
En descendant dans son hall d'immeuble tout recouvert d'horripilants stickers de Noël exhibés par la concierge, j'ai senti cette chose. Je me suis dit que je n'allait tout de même pas pleurer pour le départ de Mathilde !
Et pourquoi : n'allais-je pas pleurer pour le départ de Mathilde ? Parce qu'il fait froid, parce que je suis dans la rue, parce que mon sac est lourd,  parce que je suis fatiguée et un peu saoule. Parce que je ne pleure pas. Elle a pourtant bien pleuré sur le marché de Joinville, elle..!
Pas moi.
Parce qu'on se revoit l'année prochaine, et que c'est bientôt.

16 septembre 2016

Sh

   Je te loupe ; cela fait des années que ça arrive. Tu es partout sauf près d'ici, tu es loin et pourtant je perçois le vent qui se faufile entre tes boucles.
   Tes pommettes sont en Amérique, mais ton sourire est dans mon champ de vision, je me réinvente ton odeur, ton timbre de voix, ton coup d'oeil en biais. T'es belle...
   T'es loin. Pourtant je t'ai tout le temps senti près de mes épaules, sous une chaleur qui émane du soleil. Je n'ai aucun souvenir d'une entrevue avec toi sous la pluie, c'est surement parce que tu rayonnes.
   Tu es mon premier voyage, mais je ne t'ai jamais sentie partir. Je ne t'ai jamais sentie là non plus, parmi nous, parmi ce tas de quotidien que nous sommes sur le bitume.
   On a dansé ensemble, tu te souviens ? Qu'est ce qu'on a bu de thé, qu'est ce qu'on a mangé... la saveur de ces moments me revient plusieurs fois par semaine, et j'ose dire que tu es un délice, d'un velouté inconditionnel.

   Tu as tendance à me manquer...

30 août 2016

Bientôt la fin

La nuit est passée,
Les journées ont passé
L'été s'est émietté
Le soleil s'est décomposé sur ma peau
Je suis bariolée, je suis fatiguée,
Des mois que je n'avais pas pleuré à t'en briser la cage thoracique,
C'est pareil tous les aoûts, toutes les dernières soirées,
Je passe ma vie à attendre les dimanches sonores, les lundis câlins, les soirées à vingt
Le temps passe en trombe en la compagnie de vos sourires,
Je garde en tête toutes les perles, les jeux de mots, les blagues nazes,
Je meurs de chagrin avant chaque septembre,
Je meurs de chagrin ce soir,
Pour une année encore.

25 août 2016

Véritablement

Le déclic s'est fait à deux heures du matin, dans mon lit, dans le noir. Je suis rentrée saoule, saoulée, fatiguée, acharnée. Je me suis plongée dans la mollesse de mon matelas après avoir pensé à tout le confort du monde - le verre d'eau, le baume à lèvres, le réveil - ... j'ai glissé mon coussin entre mes cuisses, la couette sur mes hanches, l'oreiller entre ma tête et mon épaule et j'ai fermé les yeux, et j'ai songé à toi.
Niaiseries...
J'aurais posé tout le poids de mon bras droit sur ton torse, juste en dessous de tes tétons car tu serais en train de dormir déjà depuis bien longtemps sur le dos. J'aurais peut être râlé car ton souffle rauque serait en passe de devenir un ronflement agaçant. J'aurais râlé. J'aurais fait mine de chatouiller tes cotes sans aucune réponse et j'aurais pensé à ce qui pourrait me faire dormir.
Soupir,
Douceur...
Les autres choses sont d'une lassante tristesse ; peut être aurais-je eu envie de toi, un moment, avant de faire fuir mes yeux de leurs orbites. J'aurais pu penser mille maux... j'aurais pu être ailleurs. Mais aucun baiser n'aurait eu cette saveur...
Je t'aime un peu tous les jours, tu es le sel de mes après-midis, l'acidu de mes soirées, le volontaire de mes battements de coeur, mon charmant bonheur.
Je m'endors, encore.