lundi 25 avril 2011

Le problème théologique : les apories du monothéisme.

   Le monothéisme doit concilier deux thèses fondamentales :
   - Dieu est le créateur du monde (création ex nihilo, c'est à dire à partir de rien) ;
   - Dieu est infiniment infini, il ne saurait ressembler aux hommes, tout anthropomorphisme doit être exclu. Prêter à Dieu des formes, des pensées, des attitudes, des comportements humains, c'est le propre des religions païennes.
   Or l'idée de création n'est-elle pas justement un résidu d'anthropomorphisme ? N'est-ce pas imaginer Dieu sous le modèle d'un artisan "qui met la main à la pâte" ? Beaucoup de philosophes "païens", adversaires des chrétiens, le pensaient...
   La création marque une coupure entre Dieu et Dieu, un avant et un après incompatible avec sa perfection, puisque l'être parfait ne peu changer.
   Le problème devient plus aigu si l'on tient compte de la différence entre immortalité et éternité. Les dieux grecs sont immortels : ils ne meurent pas mais ils sont soumis au temps comme l'univers. En ce sens, ils peuvent accompagner les trajectoires éphémères des créatures mortelles. Mais l'éternité n'est pas un temps infini, c'est un au-delà du temps. Est éternel l'être qui n'est pas soumis au temps, car le temps divise l'être en lui-même.
   Mais si Dieu est éternel, comment expliquer qu'un contact soit possible entre lui et l'homme ? Par exemple, Sait Augustin, en écrivant ses Confessions , bâtit une vaste prière. Il se souvient de son enfance, de sa jeunesse, de ses errances et erreurs. C'est un cheminement dans la mémoire, donc dans le temps : comment ce qui demande du temps peut-il toucher Celui qui, par définition, est hors du temps ? La seule solution serait de faire du temps une réalité créée par Dieu, en même temps que la création. Alors, la question même de l'avant-la-création disparaît.

Explication du livre XI des Confessions de saint Augustin.

jeudi 21 avril 2011

Shehneze.

   Il y avait une fille assise en face de moi et de mon café. J'aurais aimé que ce soit un reflet du miroir : j'aurais aimé avoir ses cheveux, ses bras, sa grâce, ses yeux malicieux, son entrain. Elle fumait une cigarette toute fine que je lui avais déposé à coté de sa tasse qu'elle ne buvait pas, elle me racontait - non, elle me montrait avec ses mots - un spectacle de danse. Mais je crois que la danse, c'était elle. Ses lèvres qui bougeaient, ses doigts qui enlaçaient de temps à autres une allumette, ou la petite cuillère qui servait à mélanger le sucre, tout était mouvement de liberté, chorégraphie de la nature, chanson aux notes envoutantes.
   Elle toussait parfois, comme toussent les tuberculeux. Ce n'était rien mais j'avais un peu peur pour elle, j'avais peur que sa poitrine explose sur mon visage, que sa belle blouse se déchire et se tache de sang. C'est excessif tout ce que je ressentais, mais elle toussait comme une orgue lors des enterrements. C'était le pollen. Le petites ombrelles de poils s'élançant dans les airs des feuilles de platanes, comme des cascadeuses délurées qui avaient pour unique but d'atterrir sur sa chevelure, couleur coucher de soleil. Elle toussait de plus belle, et elle était mignonne.
   Peut-être, un jour, cet hiver, elle accouchera d'un platane. D'un bel arbre qui étirera ses branches comme un enfant au réveil, jusque dans le cieux.

dimanche 10 avril 2011

Manivelles de la séduction nocturne.

   J'ai monté les deux étages en courant, comme chaque vendredi soir, après mes interminables neuf heures de cours qui me font finir à 18h15. J'ai ouvert la porte et mes yeux se sont posée sur le dos de Silouane. J'ai pris un plaisir fou à l'embrasser au creux de sa joue barbue, tout autant que lorsque j'ai embrassé Lucie et sa soeur. J'étais surfatiguée, surexcitée. J'avais faim, à tel point que je les ai forcés à faire les pâtes tout de suite après mon arrivée. J'avais tellement honte de les avoir renversées sur tout le plan de travail que je suis allée me cacher dans le salon sous un plaid jaune et discuter doucement avec Louise, de peur qu'on me découvre. Quel soulagement, 20 minutes après, lorsqu'ils m'ont jeté un chat à la figure et invité à manger à table. 
   Nous sommes sortis avant vingt heures. Il faisait jour comme en plein après-midi, et nous avons trouvé fou le fait qu'il fasse plus clair dehors que dans le bar où nous étions en train de de boire nos mojitos qui étaient incroyablement citronnés ce jour-là. J'ai dit à Lucie de me passer sa carte bleue pour que je retire quelque trente euros pour cette soirée. Ensuite, on a couru au Bec de Jazz qui était plus vide que jamais, à tel point que nous n'osions parler qu'à mi-voix pour me pas se faire remarquer des quatre serveurs avachis sur le comptoir. Le soleil s'était couché, il était près de 22h30 et Silouane, ce traitre, est rentré chez lui, j'avais beau le supplier, lui voler son priquet, il était parti comme si de rien n'était. J'étais triste de le savoir si fatigué de soirées arosées. 
   Alors, nous sommes allées chez Dub, qui faisait une soirée cocktail à la maison. Quoi de plus beau qu'un carte remplie de noms les plus fous - Paf la grenouille, Cervelle de singe le retour, Color Italian, Amour, et j'en passe - qu'on consommait comme des petits pains. Ensuite nous sommes allés faire un petit tour au Heaven avec Antoine, où Solène - un garçon, pas très très garçon - m'a fait toutes sortes d'attouchements pour me piquer ma cigarette. Nous avons dansé comme des fous sur la barre de strip-tease, j'en ai encore mal aux jambes de descendre jusqu'au sol en dandinant les fesses comme une putain bon marché. Personne ne nous regardait, mais nous, on était fascinés par nous trois, nos sourires, la sueur sur nos fronts. Je riais de bonheur.
    Lucie, ma chère, ma belle Lucie, en rerentrant chez Dub, a inventé une merveille avec des sirops de kiwi et de banane, du rhum et du curaçao, un peu de citron, un peu de je ne sais quoi encore qui était de la couleur des mers tropicales, et qui se buvait comme le plus succulent des fruits exotiques. Un coup de fil de Jude nous a prévenu qu'il venait dans cinq minutes avec Charles et Elo, déjà complètement alcoolisés. Alors, avec Lucie, nous sommes sortis à leur rencontre et profité pour accheter du riz, qu'on a mangé plus tard, grillé et avec des lardons, la bouche pleine de rires. Quelques retrouvailles avec Axel, nous ont donné la nostalgie des années passées...
   Lucie, entre deux cigarettes, avant de partir, m'a ouvert les yeux sur quelques bêtises que je me posais dans ma tête, et qu'il faudra juste mettre à plat dans les prochains jours. Nous sommes rentrées folles de joie, folles de fatigue pour se coucher à six heures du matin, presque nues à cause de la chaleur.

   Le lendemain, nous nous sommes fait le plus royal des brunches, et le café nous a fait tenir encore quelques heures, juste assez pour faire les boutiques.

dimanche 3 avril 2011

L'accordéoniste.

Il est quatre heures
tout le monde s'éveille
les joues des femmes étaient ce soir couleur groseille
le cliquetis des bouteilles
résonnait à chaque pas
on hurlait notre bonheur
on chantait notre joie
et l'accordéoniste
semblable à un rois
ne savait plus par quelle note commençait la valse à mi temps.


   Et il y avait deux Kévin, des Emma, des Scarlett et des Claire. Logan et Lucie parlaient d'amour dans un coin, Evane ne voulait plus jouer de l'accordéon alors qu'il a joué les plus belles reprises de Brassens la moitié de la nuit. Jude dansait en marchant, ses pas étaient savamment manipulés par l'alcool coulant à flots dans son sang. La bouteille de vodka gisait parterre, et le jus d'orange premier prix irrefermable suppliait qu'on le boive. Un homme de 35 ans nous parlait de son shit du bled, et nous engueulait car on fumait de la merde. Damien ressemblait affreusement à un acteur français bas de gamme mais tous, avaient le sourire aux lèvres.  Même Silouane, débarbu, était venu nous dire bonjour, nous conter son magnifique projet de voyage et nous piquer quelques gorgées. Lucie me suppliait, elle, de ne pas partir je ne sais plus je ne sais plus je ne sais plus comment j'étais heureuse. Quelques heures plus tôt à peine, Lou nous a promis de merveilleuses retrouvailles à son anniversaire. Je ne sais plus combien de fois nous sommes allées faire pipi dans les rues en pente, sur la faculté de médecine, entre deux voitures, combien de fois j'ai dit que j'adorais cette soirée, ces soirées, ses cheveux, à quel point j'avais envie de l'embrasser, d'embrasser tout le monde, de crier je t'aime de partir en courant pour revenir demain même heure même endroit.
   On a piqué un bouquet géant de fausses herbes, et Jude me racontait sa soirée pour la huitième fois quand nous sommes rentrés main dans la main, en subissant chaque marche de l'escalier de quatre étages qui nous séparait du lit où on a fait longuement l'amour avant de s'endormir comme des bébés.


On est dimanche personne ne bouge
Il me demande des dolipranes
ceux que j'ai mangé la veille
nous sommes nus sous la lumière
et je peine à ne pas refermer mes paupières
le chat miaule à peine
que sont devenus ces autres âmes de la nuit qu'on a passés ?
étaient-ce des fantômes, étaient-ce nos rêves ?
Je m'en souviens, c'était la musique.