lundi 28 mars 2011

Cela se joue à un fil sur des milliers.

Il y a une chose, ce serait, la plus belle chose qui puisse nous arriver, et surtout m'arriver à moi.
J'en tremble déjà je joie et de bonheur, mais je ne vous dirai rien,
je garderai mon secret jalousement,
de peur que quelqu'un d'entre vous souffle dessus.

Je vous en supplie, croisez les doigts pour moi...

samedi 12 mars 2011

Yellow.

   Je n'ai jamais bien su comment m'y prendre avec les jaune d'œufs, trônant au plein mieux de l'œuf au plat. En général je les coupe en deux mais leur sang jaune se déverse dans toute l'assiette et j'ai beau l'éponger avec des petits morceaux de mie de pain, rien n'y fait, le crime est ineffaçable. Parfois, je les perce en plein milieu d'un coup de fourchette - un poignard dans le cœur - mais là aussi, dès que j'y tempe mon pain, le jaune s'enfuit par les côtés, tant et si bien que je ne sais plus par où l'éponger. 
   Non, décidément, je préfère les œufs à la coque.

mercredi 9 mars 2011

Après la pluie, le mauvais temps.

   On ne m'a pas dit qu'il fallait rester ainsi figée à jamais. Tu ne m'avais pas interdit de pleurer à chaudes larmes. Aurait-il fallu que je sache lire dans tes pensées ? Qu'est-ce que ça aurait changé ? Où serions-nous allés ? Main dans la main, face au vent, pieds nus sur le sable ? Foutaises ! La mer sera toujours au bord de mes yeux, au moindre grain de sable. La plage sera tes mots, les vagues seront mes étreintes, tu seras le soleil qui m'assèche, le vent qui me met en colère. Tu seras celui qui m'anime, tu seras celui qui m'aime.

mardi 8 mars 2011

Fin de partie.

NAGG. ― Qu'est-ce que ça veut dire ? (Un temps.) Ca ne veux rien dire. (Un temps.) Je vais te raconter l'histoire du tailleur.
NELL. ― Pourquoi ?
NAGG. ― Pour te dérider.
NELL. ― Elle n'est pas drôle.
NAGG. ― Elle t'a toujours fait rire. (Un temps.) La première fois j'ai cru que tu allais mourir.
NELL. ― C'était sur le lac de Côme. (Un temps.) Un après-midi d'avril. (Un temps.) Tu peux le croire ?
NAGG. ― Quoi ?
NELL. ― Que nous nous sommes promenés sur le lac de Côme. (Un temps.) Un après-midi d'avril.
NAGG. ― On s'était fiancés la veille.
NELL. ― Fiancés !
NAGG. ― Tu as tellement ri que tu nous as fait chavirer. On aurait dû se noyer.
NELL. ― C'était parce que je me sentais heureuse.
NAGG. ― Mais non, mais non, c'était mon histoire. La preuve, tu en ris encore. A chaque fois.
NELL. ― C'était profond, profond. Et on voyait le fond. Si blanc. Si net.
NAGG. ― Écoute-la encore. (Voix de raconteur.) Un Anglais ― (il prend un visage d’Anglais, reprend le sien) ayant besoin d’un pantalon rayé en vitesse pour les fêtes du Nouvel An se rend chez son tailleur qui lui prend ses mesures. (Voix du tailleur.) « Et voilà qui est fait, revenez dans quatre jours, il sera prêt. » Bon. Quatre jours plus tard. (Voix du tailleur.) « Sorry, revenez dans huit jours, j’ai raté le fond. » Bon, ça va, le fond, c’est pas commode. Huit jours plus tard. (Voix du tailleur.) « Désolé, revenez dans dix jours, j’ai salopé l’entre-jambes. » Bon, d’accord, l’entre-jambes, c’est délicat. Dix jours plus tard. (Voix du tailleur.) « Navré, revenez dans quinze jours, j’ai bousillé la braguette. » Bon, à la rigueur, une belle braguette, c’est calé. (Un temps. Voix normale.) Je la raconte mal. (Un temps. Voix de raconteur.) Enfin bref, de faufil en aiguille, voici Pâques Fleuries et il loupe les boutonnières. (Visage, puis voix du client.) « Goddam Sir, non, vraiment, c’est indécent, à la fin ! En six jours, vous entendez, six jours, Dieu fit le monde. Oui Monsieur, parfaitement Monsieur, le MONDE ! Et vous, vous n’êtes pas foutu de me faire un pantalon en trois mois ! » (Voix du tailleur, scandalisée.) « Mais Milord ! Mais Milord ! Regardez ― (geste méprisant, avec dégoût) ― le monde… (un temps)… et regardez ― (geste amoureux, avec orgueil) ― mon PANTALON ! »

Beckett - Fin de Partie