vendredi 25 juin 2010

Belle du Seigneur.

   - Mon Dieu, mais pour qui me prends-tu ?
   - Mais pour une putain, dit-il mélodieusement. Pour une petite putain très rusée.
   - Ce n'est pas vrai ! s'écria-t-elle, dressée, frémissante. je te défends de dire cela !
   - Comment, tu crois vraiment que tu es une femme honnête ?
   - Certainement ! et tu le sais ! J'étais désemparée par mon horrible mariage. ( Le coup de l'araignée, pensa-t-il.) je suis une femme honnête !
   - Excuse-moi, mais. (Il simula une hésitation de courtoisie.) mais tu revenais à ton mari un peu. (Il feignit de cherche un adjectif poli.)  Un peu moite de ce monsieur Dietsch et, enfin, je pensais que ce n'était pas tout à fait honnête.
   - J'ai eu tort de ne lui avoir pas avoué, mais j'avais peur de lui faire de la peine. C'est mon seul tort. De tout le reste, je n'ai pas à rougir. Mon mari était un pauvre être. j'ai rencontré un homme qui avait un âme, lui, une âme !
   - De combien de centimètres ?
   Elle le regarda, stupéfaite, comprit enfin.
   - Tu es révoltant !
Albert Cohen - Belle du seigneur

4 commentaires:

Alix a dit…

Il faudra que tu m'expliques pourquoi tu aimes tant ce passage ... J'avoue qu'il est bien mais c'est pas celui que je retiendrai de ce livre de 800 page ... =)

Alix a dit…

Ca y est, je l'ai fini, et définitivement, moi, ce que je retiendrai, ce sont les dernières pages, le dernier chapitre, qui est à la fois ignoble et sublime !

Hazel a dit…

En fait, Ariane, durant les disons... 250 dernières pages fait grave chier, et ce passage, où Solal l'envoie chier comme elle le mérite, est juste jouissif car en lisant le bouquin j'avais juste envie de faire pareil à certains moments..!
Ce que je dis peut peut-être sembler en contradiction avec la beauté du livre mais il n'en est rien, les monologues qui font des dizaines de pages, la lourdeur insupportable d'Ariane, l'écriture parfois baroque font partie des charmes incontestables de ce livre.
En revanche, le dernier chapitre m'a semblé assez fade par rapport à mes attentes ; je m'attendais à quelque chose de beaucoup plus grandiose. Il n'empêche que je crois que j'avais tout de même pleuré en refermant le livre.

Alix a dit…

Ce que j'ai aimé dans le dernier chapitre, c'est la manière dont il illustre parfaitement le statut des deux personnages principaux : on nous les présentent comme extraordinaire, mais ils sont pourtant assez ordinaire. Tout le roman joue sur cette ambivalence : ces amants exceptionnels réalisent tous les rêves, tous les fantasmes des amants ordinaires, mais cette situation qui tient de l'exception est profondément ancrée dans l'ordinaire, le quotidien. Et cette fin illustre très bien cela je trouve (je sais pas si j'ai été très claire ...)