dimanche 26 avril 2009

Larmes céléstes.

Carillon sous la pluie ne sonne plus des mots d'amour
la mélancolie enfume la chambre
aère la pièce, laisse partir les larmes
et les tristesses, de ces nuits turquoises
qui ne figuraient même pas sur le calendrier de l'an passé.
La mélodie s'emporte sous le ciel ébène
chasse les regrets à coups de do ré
les jalousies cloront les secrets des fenêtres
où derrière les reflets couleront de fols pleurs
d'un estival requiem.



vendredi 3 avril 2009

En attendant Godot.

http://hazel.cowblog.fr/images/godot.jpg

 ESTRAGON. -
Je suis fatigué. (Un temps.) Allons-nous-en.
 VLADIMIR. - On ne peut pas.
  ESTRAGON. - Pourquoi ?
  VLADIMIR. - On attend Godot.
  ESTRAGON. - C'est vrai. (Un temps.) Alors comment faire ?
  VLADIMIR. - Il n'y a rien à faire.
  ESTRAGON. - Mais moi je n'en peux plus.
  VLADIMIR. - Veux-tu un radis ?
  ESTRAGON. - C'est tout ce qu'il y a ?
  VLADIMIR. - Il y a des radis et des navets.
  ESTRAGON. - Il n'y a plus de carottes ?
  VLADIMIR. - Non. D'ailleurs tu exagères avec les carottes.
  ESTRAGON. - Alors donne-moi un radis (Vladimir fouille dans ses poches, ne trouve que des navets, sort finalement un radis qu'il donne à Estragon qui l'examine, le renifle.) Il est noir !
  VLADIMIR. - C'est un radis.
  ESTRAGON. - Je n'aime que les roses, tu le sais bien !
  VLADIMIR. - Alors tu n'en veux pas ?
  ESTRAGON. - Je n'aime que les roses !
  VLADIMIR. - Alors rends-le-moi.
Estragon le lui rend.
  ESTRAGON. - Je vais chercher une carotte.
Il ne bouge pas.
  VLADIMIR. - Ceci devient vraiment insignifiant.
  ESTRAGON. - Pas encore assez.
Silence.
  VLADIMIR. - Si tu les essayais ?
  ESTRAGON. - J'ai tout essayé.
  VLADIMIR. - Je veux dire, les chaussures.
  ESTRAGON. - Tu crois ?
  VLADIMIR. - Ca fera passer le temps. (Estragon hésite.) Je t'assure, ce sera une diversion.
  ESTRAGON. - Un délassement.
  VLADIMIR. - Une distraction.
  ESTRAGON. - Un délassement.
  VLADIMIR. - Essaie.
  ESTRAGON. - Tu m'aideras ?
  VLADIMIR. - Bien sûr.
  ESTRAGON. - On ne se débrouille pas trop mal, hein, Didi, tous les deux ensemble ?
  VLADIMIR. - Mais oui, mais oui. Allez on va essayer la gauche d'abord.
  ESTRAGON. - On trouve toujours quelque chose, hein, Didi, pour nous donner l'impression d'exister ?

  VLADIMIR (impatiemment). - Mais oui, mais oui, on est des magiciens. Mais ne nous laissont pas détourner de ce que nous avons résolu. (Il ramasse une chaussure.) Viens, donne ton pied. (Estragon s'approche de lui, lève le pied.) L'autre, porc ! (Estragon lève l'autre pied.) Plus haut ! (Les corps emmêlés ils titubent à travers la scène. Vladimir réussit finalement à lui mettre la chaussure.) Essaie de marcher. (Estragon marche.) Alors ?
  ESTRAGON. - Elle me va.


Samuel Beckett - En attendant Godot.