jeudi 13 novembre 2008

Flirt.

Il marchait sur la pointe des pieds, ce cœur de craie, enjambant le coucher de soleil, les paupières closes, pour atteindre l'encre noire qui prenait un bain au-dessus des platanes décorés de sécheresse et d’ennui par des bribes de souffles glacés. Les feuilles déjà mortes ne parvenaient plus à revenir à l'état d'agonie, et même en jouant joyeusement au massacre sur l'asphalte miné de flasques couches d'eau, on apercevait leur peau se défragmenter pour exhiber leur squelette cassant en forme de toile d'araignée nappée de caramel. S'étant endormies sur leur bout de tissu, les deux douces accolades de calcaire avaient déjà délaissé dans leur rêves remplis de soupirs de papillons de nuit le sens de leur représentation graphique, et quelques molécules vivaces de CaCO3 s'envolèrent pour se promener quelque part entre l'opéra et les palmiers. Les palmiers d’ailleurs avaient l’air bien enrhumés par les lumières fades de cette fin de soirée, et la croix pétillante de la pharmacie – celle qui cligne de ses yeux verts et bridés au-dessus de la tête des passants – se garda bien de les fournir en aspirine. Elle s’amusait à jeter les petits cachets blancs dans les flaques qui bouillaient, puis dégageaient de la fumée qui, à peine sortie de l’eau, se séchait avec un courant d’air rosé et roulait sur ses roues voluptueuses vers du tabac corseté dans du papier, prisonnier entre des doigts poilus et onglés, ou bien vers des cheminées en marbre des appartements des alentours, pour se donner un petit sens. Un ruban de fumée qui imitait ironiquement un nœud papillon défait rencontra un groupe de molécules de calcaire, appartenant autrefois à la partie droite du cœur gribouillé, sur une tuile de bâtiment de cinq étages et demi. Ils s’embrassèrent tendrement et décidèrent d’apprendre à danser un slow sur les mains. Après quelques trente-quatraines de pas, le voile de nicotine goudronnée mélangé à du médicament, commença à avoir de beaux cernes jaunes derrière les oreilles, il salua donc poliment le calcaire en faisant une belle révérence, et s’enfuit dans la direction de la grande ourse. L’humidité commençait sa métamorphose en cordes de pluie et la poussière calcaireuse, de peur de se dissoudre, se suicida en se faisant écraser par la semelle de chaussure d’une Converse grise.

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