mardi 20 décembre 2016

Le camion arrive demain.

Elle m'a passé de la sauce soja, du vieux brie, de la lessive, sa belle robe taille XXS dans laquelle je peine à respirer. On s'est dit bonjour en riant sur le quai de l'Oise, j'ai bu la pinte qu'elle m'a payée en riant de mélancolie. Je ne sentais plus mes orteils surtout quand je regardais son cou maigre sur lequel elle avait oublié d'enrouler une écharpe. Susan marchait en titubant adroitement avec ses minuscules petons sur le bitume, barbouillée de miettes de gâteau au chocolat. Ils fumaient de l'autre coté de la route en riant et empêchant la petitr de s'écrabouiller parterre. Je les mirais assise de l'autre côté, comme un vieux film que l'on connait et qu'on ne reverra peut être plus.
On a tourné en rond autour des étalages à Franprix dans le rayon bio. On a finalement pris que le cidre. Je ne sentais toujours pas mes orteils.
Je ne saurais pour rien au monde dire quelle musique passait en boucle dans l'appartement pendant que j'enroulais sommairement les poêles et les verres à pied dans des magazines de mode. Peut-être qu'elle n'avait pas encore allumé son ordinateur. Il y avait beaucoup trop d'ail dans la sauce des pâtes mais Phafa ne semblait pas etre peinée de nettoyer les assiettes.
Quand elle a lancé le lave-vaisselle, le décompte - 59 minutes - était celui de mon départ. J'ai ri beaucoup ; j'ai embrassé Aphaïa encore davantage, sur ses grandes oreilles, sur ses flancs dodus, sur sa truffe humide.

Je travaille demain.
Je suis partie.
On s'est serrées dans les bras. J'ai enveloppé ce petit grand être de la totalité de mes membres superieurs, en calant mes doigts entre ses côtes. "A bientôt", "A l'année prochaine", en riant.
En descendant dans son hall d'immeuble tout recouvert d'horripilants stickers de Noël exhibés par la concierge, j'ai senti cette chose. Je me suis dit que je n'allait tout de même pas pleurer pour le départ de Mathilde !
Et pourquoi : n'allais-je pas pleurer pour le départ de Mathilde ? Parce qu'il fait froid, parce que je suis dans la rue, parce que mon sac est lourd,  parce que je suis fatiguée et un peu saoule. Parce que je ne pleure pas. Elle a pourtant bien pleuré sur le marché de Joinville, elle..!
Pas moi.
Parce qu'on se revoit l'année prochaine, et que c'est bientôt.