mardi 24 septembre 2013

Ma gonzesse, celle que j'suis pas avec

   On connait tous des filles. Même mou, j'en connais. Dans ma prochaine vie, j'en essaierai peut-être une ou deux, histoire de savoir ce que j'ai raté dans celle-là. Parfois je me l'imagine... Elle serait belle, avec des formes ergonomiques et design, surtout au début. Elle aurais deux seins et deux fesses, comme tout le monde, mais sans poils dessus. Elle serait toujours levée avant moi pour exfolier sa crème de nuit et bien faire pénétrer ça crème de jour. Elle ferait pipi assise sans en mettre partout. Le soir, devant la télé, elle voudrait toujours m'extraire les points noirs avec ses ongles immenses pendant que je regarderais le foot (dans ma prochaine vie, je serai fan du PSG). Elle voudrait aussi m'épiler le nez et les oreilles mais ça, plutôt crever. Elle me choisirait mes chaussettes et mes caleçons fantaisie chez Monop'. Pour mon anniv' elle m'achèterait des pantoufles LOL avec une tête de lapin. Elle me mettrait au régime Dukan sans que je m'en aperçoive. Avant que je parte au boulot, d'un geste expert, elle ma rajusterait mon col, me rabattrait la mèche, me moucherait le nez et m'embrasserait le front tout en m'envoyant un SMS pour pas que j'oublie le pain en rentrant ce soir. Le week-end, pendant que je réparerais la yaourtière en écoutant RMC, elle mettrait des photos de son chat sur Facebook car elle aime les animaux.  Et puis, nous ferions l'amour par terre, fougueusement, sauvagement, surtout au début. Comme je serais abonné à FHM, je saurais qu'il ne fait pas négliger les préliminaires avec les filles : machouillage du lobe auriculaire, titillage du creux du genou, gratouillage du nombril, farfouillage de sa caverne d'Ali Baba... Ensuite, une fois l'acte de chair consommé, je la laisserais finir tranquillement son orgasme de 10 minutes, couchée sur le tapis Skulgörgh de chez Ikea, pendant que je fumerais une clope en cachette sous la douche. Comme elle aurait lu "50 nuances de gris", elle voudrait pimenter nos ébats en me saucissonnant avec mes cravates de boulot et je serais tellement excité que j'en oublierais que ce sont des Armand Thierry caca d'oie (je serai agent de Century 21 dans m prochaine vie). Elle me trouverait très beau, surtout au début. Après, elle me dirait que la calvitie me va bien et que je suis très drôle mais moins que Haudiquet. Elle serait aussi très intelligente. Elle comprendrait le mode d'emploi de la Freebox et les pages culture de Libé. Elle testerait sur moi les recettes de son blog culinaire. Elle ne lirait pas de livres, elle les dévorerait. À chaque rentrée littéraire, elle s'achèterait le dernier Amélie Nothomb (dans ma prochaine vie, Amélie Nothomb écrira encore). Quand nos enfants seraient élevés, elle prendrait peut-être un amant, et moi aussi, on ne se refait pas. Elle cougar, moi gaypar, nous serions complices comme au premier jour. On partirait en Twingo Espace passer un week-end à Center Parcs. Comme je l'imagine, elle sourit d'un rien. Comme je l'imagine, elle pense bien. Comme je l'imagine elle pourrait même, être celle qui sera la femme que j'aime.
 
Par Pascal Fioretto, Fluide Glacial n 447, septembre 2013

dimanche 15 septembre 2013

Poser les mots.

   J'ai aimé brutalement. J'ai aimé de la puissance d'une mâchoire de crocodile en train de déchiqueter une carcasse de bébé antilope ; j'ai aimé de la déraison d'une mère incapable de nourrir son enfant ; j'ai aimé de la dureté d'un glacier resté gelé pendant des millénaires au nord du Groenland. J'ai aimé. J'ai aimé et mon amour a creusé des sillons sous mes paupières et dans mes veines, entre chacun de mes cheveux et dans creux de mes coudes, encore la couche de chaque ongle de pied et dans ma raie des fesses. Ça a laissé des sillons énormes comme le système solaire, dans mon coeur.
   Il y a, dans les déserts les plus arides, dans les routes les plus solidement goudronnées, des traces de pneus, des traces de dérapages de visiteurs égarés. Personne n'y fait attention, c’est simplement là, marqué. Personne n'y passe ; personne ne passe exactement au même endroit que toi. Alors les sillons restent là des mois et des années : une diagonale noire sur le bitume, un creux dans la terre sèche... Jusqu'à ce qu'on refasse la route, pour peu qu'elle soit intéressante à prendre.
   Je n'attends pas les travaux, le chemin reste praticable malgré les virages. Nous sommes souvent seuls à faire l'erreur au même endroit. J'ai été seule, j'ai roulé trop dangereusement, j'ai freiné trop vite, j'aurai toujours des cicatrices. J'en parlerai en riant lorsqu'elles ne feront plus mal. Ou je les cacherai. 
   Pour l'instant, des fois, je ne sais pas si je suis encore dans l’ambulance ou à l’hôpital, car je pleure tellement ça fait mal. Mais je ne suis pas morte, je suis vivante, je suis là, je le ressens.

samedi 14 septembre 2013

Le début de la triste éternité.

Il fait gris à Paris et tu me manques.
Tu es injoignable.

   Parfois, j'ai l'impression de sortir avec un fantôme. Un fantôme à la voix rassurante, au sourire chaleureux, aux paroles réconfortantes. Mais tu es absent la plupart du temps. Je me demande parfois si toute ces merveilleuses vacances sous le soleil ne sont pas simplement des bouts de rêve que j'assemble dans ma tête, pour avoir l'illusion d'être bien, d'être heureuse, de ne pas être toute seule. Je dois me contenter d'appels furtifs, de textos courts, de passages de sur facebook évasifs. Je m'agrippe à chacun de  tes mots, les plus simples, comme s'ils avaient le pouvoir de me réconforter. Il ne l'ont pas. Seule ta présence me contente, et j'y ai très peu droit. Une journée avec toi c'est comme une fête, et en période de cours, on festoie peu, presque jamais. 
   Je n'arrive pas à savoir si c'est toi qui m'oublies si souvent ou si c'est moi qui pense trop à toi. Tu es si loin que je me demande si tu existes, quand moi je suis ici, à Paris. Alors au final c'est moi qui finit par ne plus exister, encore et encore. J'oublie la signification des mots que je t'assigne, j'oublie les mots, les moments de bonheur, tes baisers... j'oublie tout. 
   Je l'ai déjà dit, je suis une coquille vide. Avec ou sans toi.

mercredi 4 septembre 2013

Coquille vide.

Que faire cette année ?
Et l'année d'après,
et en master...
Et pourquoi un master, au juste ?
Pourquoi faire,
pourquoi étudier ?
Dans quoi travailler ?
Pourquoi travailler ?
Pourquoi vivre.

Je n'ai pas de projets. Pas d'idées. Pas d'envies. 
Serai-je anormale ?
Tout le monde sait quoi faire,
veut faire quelque chose, 
même quelque chose de petit,
de bête
une licence, 
une expo,
un voyage...
Pas moi.

Coquille vide que je suis !
On a mangé mes envies
avec une sauce beurre ail et persil
Je ne suis personne maintenant
personne d'intéressant.