dimanche 29 août 2010

Compte à rebours.

J'ai du sang stagné sur les lèvres
à force de mordre de travers
tes clavicules blanches comme une neige vierge
perdues au beau milieu
d'un nuit à jamais trop courte
comme toutes les nuits
que nous passons ensemble
a se dire sans mots
que tout sera perdu demain;
mais chaque fois nous nous couchons après minuit
et demain devient ce jour qui ne viendra que dans vingt-quatre heures;
alors nous prions pour que les minutes passent vite
et pour que les secondes soient plus savoureuses à chaque bouchée.

Les yeux nous trahissent : les tiens
s'envolent vaguement au dessus de l'horizon, les miens
se battent contre une tempête inévitable
mais pourquoi faut-il creuser encore plus loin,
pourquoi faut-il apprendre par coeur chacun de nos chagrins ?
pour se le répéter en boucle la gorge nouée,
comme une vieille platine qui mâche
les notes mal accordées d'un vinyle que nous avons gravé toute notre vie ..?
C'est une berceuse qu'il faut que nous cherchons ensemble
un doux sommeil profond,
où nos regards oseront se rencontrer
sans peur
de ce qui nous attend quand nous nous réveillerons tout seuls.

vendredi 20 août 2010

Je suis amoureuse.

Mon nouvel amour fait un mètre de long à l'age adulte,
est de couleur rouge noire et blanche,
mange deux à trois fois par mois
et coute 125 euros.

Et je l'aurai un jour.



http://hazel.cowblog.fr/images/lppcow.jpgLampropeltis pyromelana pyromelana ou serpent-roi d'Arizona

mercredi 18 août 2010

Un soir qui virevoletait au-dessus de toutes les esperances.

   Il y avait des éléphants en bois peint de toutes les tailles sur les étagères qui accueillaient en vrac DVDs, livres et CD. Il y avait du Camus entre deux Jeff Buckley, Jane Austen était accompagnée d'une cassette de Almodovar à droite et d'un live de Bojan Z à sa gauche, puis s'alignaient en file indienne deux Marc Villard, la tétralogie Solal d'Albert Cohen, un film de Kubrick, un livre acheté au musée d'Orsay, quelques CDs de rock russe, un vieil exemplaire d'un journal féminin, La Dame de Pique de ce cher Pouchkine et des dizaines d'autres bouquins. Des deux cotes de la fenêtre en bois pendaient des bouts de tissu d'un rose transparent, avec des arabesques cousues de fils colores. Un porte encens noir ainsi que des boites entières de ces bâtons parfumés étaient poses négligemment sur un coin de table. A gauche de la télévision, près de la porte il y avait une statuette de girafe haute de plus d'un mètre; plus d'une demi-douzaine de cendriers jonchaient ca et la sur le sol ou tout le monde était assis en tailleur. Les deux seules demoiselles de la salle étaient blondes et se ressemblaient comme des sœurs. Elles fumaient de très fines cigarettes qu'elles jetaient a peine entamées en s'empressant d'en rallumer d'autres. Elles parlaient très vivement entre elles en utilisant des mots anglais a chaque phrase, et en gesticulant beaucoup avec leurs bras, comme si elles chassaient des chauves souris vivaces. Kryzstoff entra dans la pièce avec un plateau de métal use ou étaient poses des tasses et des mugs fumants. Chacun était unique par sa couleur et sa forme. Il les posa très doucement parterre, au milieu du cercle que formaient les invites et tout le monde saisit son breuvage, il y eut même une dispute assez bruyante mais très brève entre les deux nanas car les deux voulaient la petite tasse carrée, celle avec des fleurs roses. Louis était calmement vautre et admirait intensément les étagères, il n'arrêtait pas de jeter des coups d'oeil aux éléphants qui semblaient traverser un désert sorti de son imagination; les bêtes étaient chargées de verres colorés et de gravures qui ressemblaient a des pierres précieuses. C'est seulement lorsque Kryzstoff se planta devant lui, une tasse a la main, que Louis arriva à détacher son regard du troupeau d'animaux. Il prit la tasse en bredouillant un vague merci, se brula les doigts, renversa un peu de thé sur son jean et se brula les cuisses, jura assez fort pour que tout le monde - a part les deux blondinettes - se retourne pour le regarder, s'excusa et s'empressa de boire son thé qui lui brula la langue. Un sourire bienveillant aux lèvres, Kryzstoff s'accroupit a cote de lui et proposa du sucre en tendant la sucrière sans un mot. Louis mit huit bonnes secondes a comprendre que ces petits bouts de verres couleur caramel étaient sensés sucrer son thé, et quand d'un air presque affole il demanda s'il pouvait avoir une cuillère, Kryzstoff lui la tendit en pouffant de rire.
   LOUIS, d'un air un peu pince. - Qu'est-ce qu'il y a ?!
   KRYZSTOFF, amuse. - Rien, tu te comportes comme un enfant qui se trouve parmi un groupe d'adultes dont il ne connait pas les manières.
   LOUIS, essayant de paraitre a l'aise. - Non, pas du tout, je suis bien... (Puis, une note boudeuse dans la voix.) Mais c'est vrai que je connais presque personne ici..! A part Angèle...
   Alors Kryzstoff s'assit contre Louis, de façon a pouvoir passer son bras autour de ses épaules. Il approcha sa bouche tout près de son oreille et lui chuchota tout bas, comme si c'était le plus grand des secrets : "je vais te raconter...".
   KRYZSTOFF, tout bas, a Louis. - Regarde, a ta droite, c'est Jim. Il est arrive d'Angleterre en France a l'age de neuf ans et dit a tout le monde qu'il rêve de retourner vivre dans son pays natal. Pourtant il s'obstine a faire ses études ici, a la fac. Il joue de la gratte comme un dieu, je me souviens, au lycée, il avait son propre groupe. Il passe tout son temps libre chez moi, comme aujourd'hui, ou chez Erica, et il apporte parfois sa guitare. Erica c'est la blonde de gauche, elle veut faire croire a tout le monde qu'elle parle super bien british, alors que c'est a cause de l'anglais qu'elle a rate la mention au bac. Elle est amoureuse de Jim, personne ne le sait mais a moi, elle me dit tout. Je la connais depuis que je suis a la fac. C'est elle qui s'est assise a cote de moi au premier cours de ma première année. Depuis, on est inséparables, on s'engueule trente fois par jour, mais au fond on s'adore. Sa copine, c'est Élodie elle a arrêté les études il y a deux ans et passe sa vie dans les bars, chez des amis, ou en voyage. Sa mère est morte quelques années auparavant, du coup son héritage lui permet de mener la belle vie. Elle a décide de se consacrer a l'apprentissage de tout et de n'importe quoi, par exemple en ce moment elle prend des cours de peinture, d'informatique, et de tir au pistolet. La semaine dernière elle m'a supplie d'être son partenaire pour des cours de tango. Celui qui parle fort, avec le T-shirt bleu fluo, c'est Marvin. Nous étions au collège ensemble et puis on s'est retrouves a la fac. C'est le gars qui met de bonne humeur n'importe qui n'importe quand en moins de dix minutes. Observe-le un peu, rien que dans ses gestes et sa façon de parler, il fait rire. Et puis c'est pas seulement le genre de clown de la bande, il sait aussi consoler et conseiller quand y'a besoin. Merde, attends, je reviens j'ai oublie d'apporter les biscuits.
   Il se leva d'un bond et disparut dans la cuisine. Moins d'une minute après il revint avec une montagne de gâteaux verses sur une grande assiette. Il les posa sur le plateau à thé, entre quelques tasses déjà vides, et revint s'asseoir a cote de Louis.
   KRYZSTOFF. - Ouais, je sais les gâteaux sont difformes et d'une couleur peu appétissante mais il sont super bons, goutes-en un !
   LOUIS, après avoir saisi un biscuit. - C'est vrai qu'ils sont bons, tu les achetés ou ?
   KRYZSTOFF. - Je les fais moi-même, c'est une recette que ma grand-mère m'a appris quand j'etais encore gosse et que je passais mes dimanches après-midis chez elle a m'ennuyer. J'en fais souvent car tout le monde les aime bien, et moi le premier ! (Il s'approcha de nouveau de Louis, lui passa son bras autour de ses épaules afin de retrouver exactement la même position que tout a l'heure et reprit la description des invites comme s'il ne l'avait pas interrompue.) Benjamin, c'est celui qui discute avec Jim, ils ne s'aiment pas trop mais l'un comme l'autre ils sont amoureux de la musique et incollables a ce sujet. Du coup, a chaque soirée ils reprennent une discussion arrêtée la veille, et parlent successivement pop, classique, rock, jazz... Au fait, tu aimes le jazz ? Je vais mettre un peu de musique.

samedi 14 août 2010

Confrontation.

   La mélancolie écrit doucement son histoire sur mon visage. Aujourd'hui, comme tous les autres jours et comme tout le monde depuis à peu près trois mois on m'a dit que j'étais belle mais que j'avais l'air extrêmement triste. Alors je me mire dans la glace, nue dans la salle de bains après ma douche, les seins blancs, le dos douloureux; l'intérieur de mes joues que je me plais à exhiber devant le miroir sont en sang avec de gros hématomes : c'est à force de les mordre. Je n'arrive plus a pleurer : je fais cette grimace si habituelle, une sorte de sourire force avec le front et les yeux plisses, les larmes approchent, sont prêtes à couler, il y en a même une qui apparait au coin de l'œil et puis... plus rien. Elles ne sortent plus. Tout comme les mots de ma bouche...

jeudi 12 août 2010

Drogues dures.

   Une sale envie d'exploser. On me demande si je vais bien; moi, je ne sais que répondre. Peut-on aller bien, quand tout va bien mais qu'on se sent si oppressée... comme dans un bocal mis sous pression pour qu'on rentre dedans ? Je regarde les blogs qui m'ont dans leurs favoris. C'est qui tous ces gens ? C'est qui "trema", "joris" et les autres ? Je me sens oppressée de ne pas les connaitre, frustrée de ne pas savoir écrire comme eux, comme les gens normaux qui arrivent à raconter leur vie en quelques lignes de façon passionnante et limpide. Je me sens obligée de m'exclure de la ronde de blogs qu'on se plait de visiter, je me sens poussée par moi-même à exclure les gens des lignes que j'écris, je ne veux surtout pas qu'ils comprennent de quoi, de qui je parle. Ils se foutraient de moi. Sous mes grands airs de nana qui a tout ce qu'on se doit d'avoir a dix-huit ans, j'ai seulement ce que les autres cachent : des caprices, des peines, énormément de remords, un labyrinthe à la place du cœur. Je suis face à mon moi virtuel - facebook et mes 69 amis hors ligne - en train d'éclater, de bouillir de l'intérieur. C'est vide de sens tous ces statuts, tous ces commentaires, toute cette mêlasse grasse de potins : la seule chose qui me raccroche à un monde que je m'efforce de garder autour de moi, dans lequel je parviens a peine a pénétrer sans faire trop tache. Je suis si brève.., Si brève dans mes mots, dans mes idées, mes relations, mes états d'âme. J'ignore si c'est normal, si c'est grave, si c'est réparable. J'ai une folle envie de supprimer toute notion de relation entre les êtres humains et vivre dans un studio crasseux et ensoleillé pour fumer clope sur clope en écrivant pavé sur pavé, vers sur vers. J'aimerais passer ma vie à apprendre, à avoir le temps de m'apprendre moi-même pour apprendre et comprendre les autres. Pour savoir comment il faut faire pour rentrer dans le moule où tout le monde cuit à petit feu depuis leur intégration dans la société. Comment les gens coexistent harmonieusement en arrivant a supporter et même aimer ses semblables ? Au point de mettre des blogs d'inconnus dans leurs favoris. Je suis une inconnue et je suis dans les favoris de garçons et de filles qui ont  mon âge, qui passent entre une et six fois par semaine sur leur page web raconter leur journée ou leurs sensations. Je ne comprends pas comment l'homme a su à tel point devenir dépendant d'autrui. Moi qui ne le suis pas, je suis en manque de cette dépendance que je n'arrive pas à ressentir ou du moins à garder longtemps quand je l'attrape. J'aimerais parvenir à me suffire pleinement à moi-même, et ne pas avoir besoin de se sentir nécessaire auprès des autres.

   C'est tout a fait horrible, ce que je dis.

mardi 10 août 2010

Le seuil de liberté.

Ton souvenir en moi
longe
les traitres mots
que
tu as toi-même tracés


et ce ne sont que des débris de coeur
qui
me piquent les yeux
et
ce n'est qu'un vague problème
que
cette situation absurde
qui
nous surplombe


comme j'aimerais vivre
seule
les mille extases
qu'on
a eu l'habitude de vivre ensemble


c'est a deux doigts de l'impossible
mais
je ramasserai les bouts de verre éparpillés dans ma poitrine
et
je redescendrai un de ces jours la colline
qui
dans son sein héberge des tilleuls


(ceux qui pousseront un jour sous nos fenêtres)

mardi 3 août 2010

Des pièces vides.

   Ils ont des lits deux places, des étagères remplies de livres, un iTunes plein à craquer, des tables basses où gisent des cendriers gris aux odeurs acres. Il a encore des cartons dans le couloir en face de la porte d'entrée, la cuisine est plus vide que pleine, les WC marchent mal, la sonnette ne marche pas. Ils ont des visages d'anges, heureux et matures, Guilia tombe de fatigue un sourire doux aux lèvres, Eloïse a le regard d'une fille qui a fait beaucoup trop d'efforts dans la journée. On réchauffe des raviolis dans la même ambiance que si c'étaient des gambas, on fume clope sur clope, Sonia lit du théâtre avec ses yeux de chat, Ambre parle de Gorillaz avec Jude et Pablo. je n'ai pas l'habitude des prénoms, des visages, des manières de la musique, du calme et de la sérénité qui règne dans la pièce. Leur plafond va s'écrouler un jour ou l'autre, espérons que je ne m'écroulerai pas avant.