samedi 19 juin 2010

2008 et des poussières.

   Il y a des fuites d'eau, quelque part entre l'hémisphère gauche et droit de mon cerveau; ce sont des souvenirs, des photos, des images, des bribes de textes qui s'échappent. Une sorte de rétrospection involontaire, provoquée par des pixels, qui ont jadis été de réels instants, et qu'on a capturé malgré eux sur une carte mémoire grâce à une appareil photo numérique. C'est doux et amer à la fois, comme un repas du lendemain, qu'on n'ose pas réchauffer au micro-ondes, comme un mégot qu'on a rallumé des heures après, comme une flaque d'eau dans laquelle on a marché sans trop faire attention. On mouille ses chaussures, ses joues, on sourit un peu. C'était moi, toutes ces filles brunes aux cheveux longs, raides, bouclés, c'était moi toutes ces grimaces, ces sourires figés, ces yeux pétillants ou énigmatiques. J'étais la mer, la mer qui s'en va et qui revient, sans cesse, nuit et jour, par n'importe quel temps. J'étais celle aux mille visages, celle aux mille instincts, celle aux mille colliers de perles et de diamants, j'étais les coquillages, les poissons, le sable, le sel.
   Le vent m'a emportée bien loin, il y a deux ans. Y a-t-il une chose que je regrette ? Y a-t-il en ce monde un seul instant que j'aurais aimé ne pas vivre ? Je crois que j'ai tout aimé. J'ai aimé chaque seconde avec passion, depuis que j'ai posé mes petits pieds de fillette de sept ans sur le sable chaud du bord de mer de Palavas, en 1999. Je garde précieusement dans mon cœur chaque dispute, chaque larme versée de travers, chaque ami perdu. Je me souviens de tous les noms, de tous les visages. Je me rappelle de Léa au CP, de Fany en CM1 de Anastasia en CM2, de Kim en 6ème, de Guilhem, de Jade, de Macarena, de Marianne.
   Le vent m'a volé des milliers de souvenirs, et ce n'est qu'en me déposant violemment sur le sable où je suis née que j'ai ramassé ces milliers de coquillages, éparpillés par les vagues aux quatre coins de ma tête. Je me complète, petit à petit. Je retrouve la mémoire, comme celui qui, sorti du coma, a l'impression de revenir de chez les morts. Je respire à grands coups, et l'air marin - celui qui m'a élevée - rentre dans chacun de mes poumons. J'ai tout à réapprendre par cœur, pour tout oublier plus vite et tout remplacer par des centaines de nouvelles histoires.
   Je ne m'envolerai plus jamais avec le vent.

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