jeudi 29 janvier 2009

Instant d'amour.








Couchez deux soleils sur la cote à cote, crinières étendues et emmêlées et laissez leur encore, une feuille de papier. Nous y griffonnerons de nos griffes les quelques gémissements qui sortent de nos gorges lorsque l'on fait l'amour. Nous rugirons quelques instants courbés l'un contre l'autre, et puis nous brulerons à petits feux les dernières gouttes de pluies de plaisirs qui se cacheront au creux de nos aisselles. Tes dents ont-elles laissé des baisers rouges là où le cou se jette dans les épaules ? Y a-t-il seulement des restes de tes fortes étreintes sous mes deux seins, ces deux globes beiges, que tu te plais à faire tourner entre tes mains ?








Jean-Baptiste Greuze - La Volupté

lundi 19 janvier 2009

Marque-pages.

http://hazel.cowblog.fr/images/Sanstitre2.jpg Claude Monnet - Les Nymphéas, Matin (détail)
 
Tu devais sentir le nénuphar, seulement voilà, je n'ai jamais senti une seule de ces
plantes. Mais j'aime penser que ces belles demeures de grenouilles ont
le même parfum que tu avais cette nuit là.

jeudi 8 janvier 2009

Solal.

  - Elle m’aime, je l’aime, vous l’aimez, tout le monde s’aime. Que de sucre ! Et quand vous serez mariée, Jacques vous sourira même en se rasant. Et moi je ne veux pas qu’on m’aime. Mon cœur ton cœur son cœur. Ma gondole ton luth son écharpe nos sentiments vos vapeurs leurs passions. Je te chéris tu m’affadis il me fait souffrir vous êtes odieux. Allez-vous-en à vos rêveries. Pas difficile, oui à vos rêveries, de comprendre votre genre de tempérament. Allez, allez, coccinelle ! J’en ai assez de vous voir. Vous rêvez d’une existence héroïque et révoltée et russe, et en réalité elle est ravie d’être la jeune fille du Maussane, et elle trouve que je suis impoli et d’où sors-je et cætera. Allez rêver. Vous si fière, offensez-vous donc au lieu de me regarder avec ces yeux d’hypnotisée. J’imagine que dans votre journal intime il doit y avoir des histoires de ce genre : « les pensées se pressent autour de moi comme le troupeau vers le berger versant le sel savoureux sur la pierre. » Je vous connais. Et je sais le reste. Ce qui ne peut se dire. Ce que vous faites la nuit. Rougissez donc !
  Il s’éloigna puis revint, plus mince et si ravisseur violent noir menaçant.
  - En réalité, c’est une déclaration d’amour. Va-t’en. Je t’aime. Et tu m’aimes aussi, par le Dieu vivant !


Albert Cohen - Solal