vendredi 29 août 2008

Ignorance.

    Elle était détestable. La peau grasse, roussie par le soleil, une chevelure affolée, mal teinte en un blond beaucoup trop jaune pour paraître vraisemblable, des yeux marrons, presque noirs, un peu globuleux et surtout un peu trop fatigués. Entre ses doigts sales se lovait un petit bout de papier gris, avec quelques mots étrangers griffonnés d'une main surement gauche et maladroite. La sienne sans doute.
    En face d'elle un homme, la quarantaine dépassée, un peu de sel dans les cheveux, une barbe d'une demi-douzaine de jours. Il regardait un peu ailleurs, par ci, par là, ses mains ridées cachées au fond des poches d'un jeans usé, par le temps et quelques traces de peinture verte. Un fatigué de la vie, comme tant d'autres. Il jeta un coup d'œil vers elle, s'attarda.
    Elle releva la tête brusquement, comme il l'avait prévu. Elle lui sourit. Lui, gêné, regarda ailleurs. Car elle était détestable, avec ses cheveux faux, et sa peau luisante. Il resta donc, les poches remplies de ses propres doigts à parcourir des yeux l'espace qui l'entourait. Et elle, tripotait son bout de feuille froissé.
    Personne ne s'en aperçût, car personne ne les observait mais ils avaient l'air bêtes, et même franchement cons tous les deux, à faire semblant de s'ignorer.
    Elle se releva, rêveuse, lasse, et marcha vers on ne sait ou. Il la suivit.
    Ils rentraient chez eux, dans leur appartement, loué la veille.
    Ils étaient détestables. Mais heureux, à leur façon.

samedi 23 août 2008

Confused.

Le ciel était parsemé de bleuets, de colza et de lavande.
La tiédeur du crépuscule engloutissait peu à peu les derniers instants de soleil.

Une étoile, égarée sans doute, vint s'installer dans ce champs de fleurs,
pour y passer la nuit comme tous les soirs.

La lune, quant à elle, jouait à cache-cache derrière des flocons de ouate, volant vers l'ouest.
Il n'y eut pas de bruit pendant quelques courts instants.
Et puis tout à coup, rien ne se passa.

Parce qu'il devait se passer quelque chose,
Forcément.

Mais la seule idée qu'eut l'astre, du haut de ses cieux,
c'est de remplir cet océan de fleurs d'encre bleue, noire, grise,
juste derrière mon dos.
Puis venir anéantir cet arc-en-ciel de lumière.


Je suis partie avant qu'il fasse totalement sombre.
Parce que, comme à chaque fois, ça me fit mal de regarder le passé.



    J'ignore l'âge que tu avais cet été là. Mais tu avais un pouvoir, celui de détruire tout l'avenir que j'ai bâti dans ma tête. Oui, tu inspirais la liberté. Et comme chacun l'aurait fait, j'y ai trempé mes rêves et noyé mes souvenirs. Mais ma chère, tout en me montrant du doigt le chemin vers les étoiles, tu a eu aussi la cruauté de me rester dans la gorge, et quand parfois j'essaie de te faire sortir de mon crâne, tu restes coincée, en travers.
Avec un souvenir amer, et un arrière gout de sel.