samedi 13 janvier 2018

Oui salut, je voulais juste te dire que

   Je suis bien rentrée. J'ai raté le dernier métro mais j'ai rencontré deux italiens qui m'ont accompagnée jusqu'à la maison. Ton riz aux légumes est très satisfaisant. Sinon j'adore ma vie. Je suis rentrée les larmes aux yeux à peu de choses près. Comme si souvent. Des larmes de joie.
   Tous les soirs, quand je rentre j'ai un peu peur. Lorsque j'ai remonté les deux étages de mes marches d'escalier, que je tourne la clé dans la serrure de ma porte je frissonne un peu. Je dis systématiquement : salut. Y'a personne. Je suis sereine, rassurée ; frustrée. J'ai peur de ce moment où : quand j'aurai enfilé mon pyjama, ma brosse à dents dans mes gencives, la pinte d'eau glacée dans mon gosier, que ce soit fini. Que les milliers de secondes de cette belle journée soient balancées dans le néant interstellaire, et que ce soient les meilleures, les dernières. Tous les soirs. Et tous les soirs c'est pareil : c'est pas le cas. Parce que je dis : je t'aime ; merci ; je ris de bon coeur, dt mon coeur est énorme et je suis engrossée de bonheur.
   Tous   les   soirs .
   On peut choisir que les choses arrivent tous les soirs. Moi, j'ai choisi tous les instants de mon existence d'être abrutie de cette folle senation de pleinitude. Je plane : viens, venez, je vous accueille, atteignez moi.

lundi 8 janvier 2018

Pierre précieuse.

    La soirée était déjà parfaite : je dansais entourée des attachantes dizaines de paires de yeux que je fréquente maintenant depuis plusieurs mois. Il était une heure déraisonnable, et les dents des gens ivres clignotaient sous les lumières comme si c'était encore Noël. Tout le monde souriait, se dandinait, secouait ses bras, criait des syllabes inaudibles dans un joyeux vacarme. Et puis il y a eu le feu d'artifice.

   T'as débarqué tel un bouquet d'épis de blé avec tes mèches bouclées et tu m'as demandé de ton air le plus sceptique si j'aimais bien la musique. Quoi ? Ben oui j'aime bien, ça se voit..! Tu en voulais plus, tu étais exigeante. Toi, tu aimais mes cheveux -ou alors t'aimais pas trop ma gueule-, mais tu voulais absolument que je dégage ma tignasse de derrière mes oreilles. Tu m'as coiffée, on a dansé, tu m'as enlacée. Tu savais déjà qu'à midi on serait nues, quelque part dans cette grande ville que tu n'habites pas. T'étais relou, imposante, tellement certaine de la vérité absolue de chaque phrase que tu articulais que je me suis délicieusement laissée faire. J'ai glissé d'abord sur tes genoux fumer une clope avec tes potes, puis sur ton visage plonger mes pupilles dans tes gemmes à toi. T'as fini par céder plus que moi, à nous rejoindre en banlieue, juste pour mes beaux yeux. Je crois que tu mettais de la musique de merde, mais je ne t'en tiens pas rigueur, je n'entendais que les vibrations de ta présence. 

   Après, je suis venue avec vous.
   Il habitait une fantastique résidence de brique et de verre entre Goncourt et Belleville. Les baies vitrées se reflétaient les unes sur les autres dans le noir et j'avais l'impression d'aller dormir dans un énorme diamant. On a promis de ne pas faire de bruit mais il me semble malheureusement qu'on n'a pas été du genre à tenir nos promesses.
   T'as réclamé des clémentines. On n'a même pas fumé. Je me souviens de chaque couche de vêtement qui recouvrait ta peau, de la commissure de tes lèvres qui esquissait un arc de cercle que je pouvais enfin déguster sans jouer au chat et à la souris. Je me rappelle de votre tendresse, de votre synchronie, de votre chaleur, de l'odeur de l'oreiller où j'ai joui. 

   Le réveil a été provoqué par les dizaines de pas du repas de famille qui se tramait de l'autre côté du mur de la chambre. Paul est sorti dire bonjour quand j'ai commencé à m'habiller. Toi, tu t'es doucement étirée sous la couette et en regardant tes seins je me suis souvenue que Yanis t'avait dessiné au marqueur dans le cou. Cut here sur ta gorge. Tu m'as dit de te prendre en photo pour voir, et aussi de prendre ton numéro de téléphone. Je t'ai fait la bise mais je t'aurais bien prise aussi, encore. Tu souriais. Moi j'ai doucement ri en pensant à Paul qui se ferait charrier tout l'après-midi. Je me suis glissée dehors en te disant à bientôt, je le crois.

   - Je te fais visiter ?
   En plein jour le patio était encore plus charmant qu'au petit matin. Il me rappelait exagérément la mosquée de Paris par ses couleurs. Un petit canal turquoise traversait la cour intérieure de couleur ocre, il y avait des arbres de part et d'autre, un petit escalier sable menait vers une table et des chaises comme sur une charmante terrasse de campagne. Il y avait même des composts au fond de la cour. Un poumon dans la capitale.
   - Mes parents et leurs amis habitent tous ici depuis super longtemps. Ils ont tous eu des enfants en même temps. Et maintenant c'est nous qui habitons là. Mes potes habitent ici et là. 
   Je reviendrais... Paul m'a claqué la bise en posant sa main sur mes fesses et je me suis jetée dans les artères du 10e arrondissement à la recherche de noms de rues familières. Le quartier me paraissait fabuleusement attirant, la température agréablement vivifiante et l'aveuglante lumière blanche du ciel gris de Paris m'irradiait les yeux. J'ai dégringolé jusqu'à République avec le sentiment d'aller au Festival de Cannes.

   Je me suis rappelée qu'hier soir, en arrivant, pendant un instant, la délicieuse pensée de vouloir être amoureuse m'a traversé l'esprit. D'avoir une seule paire de bras tendres qui m'enlacerait régulièrement m'a paru alors être une optique envisageable pour les prochains mois. Ces idées ont volé en éclat au bout des quinze premières secondes où t'es venue me parler. Parce que je pilote un vaisseau beaucoup trop rapide et qui ne me laisse pas le temps de m'accrocher aux bras des gens,
parce qu'il n'y a pas assez de minutes sur terre pour satisfaire mon planning,
parce que j'affectionne bien trop le fait d'être flattée par des voix neuves,
parce que je ne suis jamais rassasiée,
parce que j'ai failli me décrocher la mâchoire en souriant tout le dimanche,
parce que j'ai une furieuse envie de toi. 

mercredi 13 décembre 2017

Une ambiance qu'on ne peut fuir // succinct bilan.

   Ça sent le sapin à certains coins de rues où les gens se pressent d'excitation afin d'acquérir leur arbre de Noël afin d'y entasser dessous les cadeaux au moment venu. Les enfants sont impressionnés par ces immenses conifères de plus d'un mètre qui s'élèvent au-dessus de leur petites têtes emmitouflées dans des bonnets colorés et mis de travers. Les manteaux des passants crissent en se frôlent dans la rue ; l'air est chargé d'électricité provoquée par ces frottements de laine, de matière imperméable et de plumes. Mais surtout, ce sont les scintillements des guirlandes, des vitrines et des lampadaires qui se reflètent dans les flaques de verglas fondues qui électrisent les dizaines de milliers de parisiens que je croise chaque soir dans les rues.
   On ne peur fuir cette ambiance. J'ai l’impression d'être un grain de chocolat en poudre, qui est inévitablement mélangé avec toutes les autres centaines de milliers de poussières de chocolat dans une énorme tasse de lait brûlant, afin de ne former qu'une seule et unique masse fondante. Son odeur se croise d'ailleurs à l'entrée de chaque boulangerie ; chacune d'elle propose un assortiment arc-en-ciel de pâtisseries qui ravivent les yeux et les papilles. Moi, je n'ai assez de pièces dans mon porte-feuille que pour les moins chères des bières des bars les plus simplistes. Mais ça me rend bien heureuse de pouvoir savourer mes quelques gorgées de houblon dans cette effervescence commune, géante de laquelle je fais indéniablement partie, malgré moi.
   Je n'ai pas eu le cafard depuis des semaines ! Je jubile de plaisir tous les soirs -; un peu moins tous les matins car j'affectionne plus de tout la tendresse de ma couette en plumes. Je suis débordée mais je déborde : d'énergie, de bonne volonté, de plaisir, de chaleur. Je n'ai d'ailleurs presque pas froid : le vent glacial me fouette bien mes chevilles dénudées - que d'aucuns sont scandalisés de voir en cette saison - ainsi que mes doigts et mes narines, mais je n'éprouve aucun mal-être en ressentant ces picotements. Au contraire : ils me stimulent ; je frissonne, je m'émoustille, je frétille d'énergie.

   Je manque de temps d'être fatiguée, d'être lasse, d'être blasée. Il ne reste plus que dix-neuf jours avant la fin de la plus belle année de mon existence. Je ferai tout pour, mais je ne suis pas certaine que 2018 me soit aussi propice. Alors je respire avec allégresse l'air glacial de ce mois de décembre qui me procure autant de joie que le ferait habituellement un mois de juillet entre mer et garrigue. C'est l'odeur du bonheur qui se répand dans mes poumons, encore et encore. Et je continuerai à cultiver cette merveilleuse sensation, encore et encore, jusqu'à la fin de la dernière année qu'il me sera donné de vivre.
   Car je mourrai en décembre, si seulement je meurs un jour. 

samedi 18 novembre 2017

Albert Calmus - L'étranger

Des bruits de campagne montaient jusqu'à moi.
Des odeurs de nuit, de terre et de sel rafraîchissaient mes tempes.
La merveilleuse paix de cet été endormi entrait en moi comme une marée.
À ce moment, et à la limite de la nuit, des sirènes ont hurlé.
Elles annonçaient des départs pour un monde qui maintenant m'était
à jamais indifférent. Pour la première fois depuis bien longtemps,
j'ai pensé à maman. Il m'a semblé que je comprenais pourquoi
à la fin d'une vie elle avait pris un « fiancé », pourquoi elle avait joué
à recommencer. Là-bas, là-bas aussi, autour de cet asile où
des vies s'éteignaient, le soir était comme une trêve mélancolique.
Si près de la mort, maman devait s'y sentir libérée et prête à tout revivre.
Personne, personne n'avait le droit de pleurer sur elle.
Et moi aussi, je me suis senti prêt à tout revivre. Comme si cette grande colère
m'avait purgé du mal, vidé d'espoir, devant cette nuit chargée de signes
et d'étoiles, je m'ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde.
De l'éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j'ai senti
que j'avais été heureux, et que je l'étais encore.

mardi 17 octobre 2017

Peau neuve

Un mois que je suis rentrée.
Je crois que c'est seulement aujourd'hui que j'ai pu déterminer avec exactitude l'instant précis où a commencé ma nouvelle vie. J'étais sortie du métro avec mon épouvantablement énorme valise turquoise -et mon autre valise bleue, plus petite mais plus obèse-, je m'étais approchée avec fierté mais incertitude de l'arrêt de bus où on s'était données rendez-vous. Je levais ma tête haute d'un air un peu hautain et je regardais lentement de gauche à droite de sorte à ne pas avoir l'air de chercher quelqu'un du regard, puisque j'étais autonome et n'avais besoin de personne.
J'avais plein d'a prioris. Je t'imaginais peut-être snob, peit-être laide, peut-être niaise, peut-être bête, peut-être avec une voix insupportable, peut-être même tout cela à la fois. Je n'avais que les dix chiffres de ton numéro de téléphone et deux bref messages échangés pour me faire une idée. Et puis t'as débarqué du coté où je ne regardais pas, sans que je sois prête à enfiler ma cuirasse imaginaire avec laquelle j'accueille à l'accoutumée les inconnus. Tu m'as dit bonjour avec ta plus belle bise et tu m'as demandé si j'avais fait bon voyage avec le plus éclatant des primo-sourires. Ça a fissuré quelque chose quelque part entre mes poumons. Je t'ai répondu naturellement, sincèrement, du tac au tac. Ça a fissuré en fait cette espèce de boule dans le ventre que j'avais à chaque contact avec un étranger. Je me sentais légère, en confiance. J'ai souffle.
J'ai été un peu réservée, à peine sage. Ça a duré un instant. Depuis ce jour là, ce moment précis où tu m'as salué de ta jovialité sans bornes il n'y a pas eu deux seuls jours d'affillée où je n'ai pas ri aux éclats, où j'ai été frustrée, triste, sobre, mal entourée, dévalorisée, malheureuse.
Un mois que je suis rentrée.
J'ai encore mal à la poitrine quand je revis les images de mon départ. J'ai rarement autant pleuré, devant des gens, en public, seule. Encore maintenant quand ma playlist tombe parfois sur cette fameuse chanson phare de l'été qu'on a écouté en boucle j'ai des fourmis dans les joues et le dents qui se serrent.
Un mois que je suis rentrée.
Quatre que je suis follement vivante, pleinement épanouie, étonamment heureuse. Je mange aussi goulument à la louche les heures passées à coder du HTML à 20h en classe que celles à boire une cinquième bière pendant mes concerts de punk. Car il y a assez de carburant d'amour dans mon coeur jusqu'a la chute de mes dernières dents tellement j'ai croqué de beaux souvenirs Outre-Atlantique, ici, partout, constamment.

mercredi 6 septembre 2017

Démangeaisons

    Ça gratte. Ça gratte depuis quelques jours...
   Je sens comme une grossière râpe à fromage me frotter doucement le coeur sur sa partie supérieure. Ça appuie un peu sur les organes, sur les poumons, ça m'empêche un peu de prendre de l'inspiration. J'imagine à ces moments là mon coeur de gruyère se transformer en une motte de beurre. J'imagine que cela ne fait pas mal, que ça glisse sans m'écorcher, que ça gratte dans le vide et que cela ne me fait rien de plus qu'un simple massage cardiaque.

   J'ai souri. J'ai souri dix mille fois cet été, cette semaine, ce soir là ; ces soirs là. J'ai eu si mal au ventre d'avoir autant ri, d'avoir autant bu, d'avoir autant aimé.
   J'ai les jambes pliées sur la fausse chaise en rotin, le regard dans le vague, une belle gueule dans la main, un briquet un peu trop loin, la guirlande lumineuse qui me cache les passants sur le boulevard Rosemont. J'imagine cette terrasse recouverte de ses feuilles d'automne, et puis la table en palettes que J. a faite en foutant plein de colle à boit partout recouverte d'une épaisse couche de neige ; l'épaisse fumée qui sortira de la bouche de M. quand elle fumera sa clope avec ses moufles, avec son thé. C'est si imminent. Et moi je suis encore tellement ici, tellement en vacances, tellement en vie, en pyjama, tellement bien...
   Je suis partie trop loin, cette fois. Trop loin pour mettre un point à la douceur des heures qui passent à une cadence si peu monotone, aux réveils qui sonnent dans le vide ; très peu pour moi de choyer mes feu petites envies de conforts hebdomadaires. Ce sera désormais vendredi tous les jours de mon existence mais parfois on ira travailler en fin de semaine.
J'suis devenue mélomane, euphorique, alcoolique, vaginale, rayonnante, dérisoire, grande gueule, sarcastique, moins timide, moins maigre, moins anxieuse, plus procastinatrice, encore plus lisse, plus superficielle, plus impartiale encore, plus fun, plus full, plusieurs.
   Je ne dis pas que je reviendrai. Mais je me promets de repartir. Pas nécessairement ici, mais obligatoirement avec les mêmes personnes. Ces milliers de personnes qui ont foulé le parquet du salon pour me donner des lampées de bonheur. J'en suis gavée, liquéfiée, saoûle. 
Pour le moment.

vendredi 18 août 2017

À vive allure

   J'ai une folle envie de vous prendre,
   Tous.
   Je déborde...
   Je veux sentir vos sourires bénir mes yeux rieurs, je veux vous voir fous, beaux, herissés : au moins un peu heureux comme moi.
   J'ai l'impression de soutenir le monde qui m'entoure avec mon petit doigt gauche. Je suis loin de céder, au contraire : je me muscle, je me remplis, je m'elève. Vous m'élevez : je suis votre enfant à tous, votre petite dernière, votre bout de vous, votre accomplissement votre conscience votre rêve. Je vous suis si reconnaissante...
Tous les soirs je pense à vous, à vous tous. Vous être la plus belle chose du monde qui me soit arrivée, chacun de vous, chaque moment passé en votre compagnie, chaque seconde où j'ai songé à vous, votre peinitude. Regardez vous ! Vous êtes tous plein d'un savoureux fluide qu'on appelle vie ; moi je le nomme bonheur et je le laisse me scillonner les veines les aisselles et le coins de mes lèvres le plus souvent que je peux.
   J'ai décidé il y a quelques jours que je serai heureuse pendant dix ans. Quand je l'ai dit à mes colocs ils m'ont regardé bizarrement. "Pourquoi ?"
   Pourquoi ?! Comment ça pourquoi ?! Y a-t-il une seule raison au monde de ne pas décider d'être heureuse ? Pis seulement pour dix ans, ce n'est rien pardi. Il ne reste plus que neuf ans et 359 jours... Parce que je le veux je le decide je me l'octroie de plein droit. Parce que je suis vivante et que je le savoure chaque minute depuis six mois. Parce que les rares fois où j'ai pleuré en 2017 c'était de bonheur et c'était tellement bon. Parce qu'il suffit de sourire le matin au lieu de grogner. Parce qu'il suffit de comprendre les actes des autres pour les pardonner et les accepter, parce qu'il suffit de desserrer un peu son coeur, comme quand on enlève le pied de la pédale de l'accélérateur pour admirer le paysage : il y a toujours de belles choses à voir, à faire, a sentir, à raconter. Roulez sereinement, mais pas trop lentement, n'oubliez pas votre prochaine destination : ce sera la meilleure de votre vie.