jeudi 20 septembre 2018

vendredi 7 septembre 2018

Achever

Parler et dire
mettre des mots sur les serpents
Les serpents muent

Je ne m'use mais me mue
En ce que je n'ai encore jamais été

Parce que c'est l'été indien
Dans trois semaines
Jusqu'au bout de la vie

jeudi 6 septembre 2018

Bientôt

Sinon j'oublierai l'odeur de ta peau, la lisseur des rondeurs de ton dos, le goût de tes phalanges et leur pression sur mes hanches. J'ai cabossé ta sérénitude, j'ai fait suer ta confiance, j'ai bu du poids du monde sur mes trapèzes qui ont craqué sous le silence. Tes risées scient mes neurones, je broie du noir comme au charbon et j'entends d'ici l'automne me chuchoter du vent.
Je cartographie ma colère en bégayant mes peurs, je n'oserai jamais dire l'épaisseur de mes chevilles, je tiens de bout à peine ; de peine, c'est pas la peine d'aller vers demain verser les larmes dans tes deux mains, ais-je assez de charge pour te pousser à bout de mes histoires à dormir debout (?
) ma torpeur est frivole, je m'écroule sous mes propres paroles je dis ce que je pensais ne pas croire et ne pas voir du matin jusques au soir. Chat-souris avec chat qui sourit
Jaune
Je suis jaune de mon coeur comme une feuille d'automne.
Que tu me pardonnes les milliers de fois ou je marche en titubant en m'affalant dans tes grands bras
Je brasse l'air de ma colère
Je brise l'ère de mes envies
Je frise les crises d'hystérie
Je t'envie
D'avoir
Le pas sur mon dos rond.

mercredi 5 septembre 2018

Rentrée de la casse.

Il y a des fois t’y peux rien, parfois ça ne s’avale pas, ça s’agglutine et s’accumule dans tes côtes ton entrejambe et tes poumons telle la poussière de sable qui grince entre tes dents et tes pages de bouquin lorsque l’été passe derrière le rideau des mois aux courants d’air, les « bre » sur le bout de la langue, et toi, ta langue gonflée qui te fait mal et qui est moite, qui boite, qui ne sait plus dire ce que tu as envisagé de beau pour ces prochaines semaines, pour l’hiver venant, pour le reste de cette vie.


Les doigts roucoulant sur le clavier à s’exprimer à des dizaine d’adresses ajourées d’un « a » en tourbillon ne font que s’enkyster de peines, de crampes, aboyant sur le plastique des touches des « cordialement » trop bien écrits.


J’avais le courage, il y a encore quelques jours d’écrire des milliers de lettres, d’apprendre les alphabets de toutes les langues, d’user ma collection de stylos plumes. Je suis déplumée, désormais, je suis vide, je suis molle, je suis suintante, rugueuse et acerbe même lorsque tes mains me touchent avec leur douceur infinie. Mes yeux s’embuent à chaque instant et cela me fait terriblement mal de savoir que demain encore je devrai me rabibocher avec le métro, avec mon micro-ondes, avec les nouveaux stagiaires.


J’ai le sentiment que du lundi au dimanche la vie se visse en moi comme dans un pas de vis sans fin. Je suis lacérée par les « di » de tous les jours de la semaine, par le réveil qui sonne chaque matin en m’arrachant à la chaleur de ton dos, et même, déjà, par les mois de vide qui vont arriver et engloutir toutes les bribes de confiance que j’ai accumulées vingt derniers mois entre mes mèches de cheveux.


Même eux, je les perds, par poignées.


Je suis chauve, échevelée de fatigue, vidée de la beauté du monde


Et ma langue, je pourrais l’avaler avec mes peines que j’en aurais pas le ventre moins lourd.

mercredi 29 août 2018

L'étaumne.

Je suis partie
A dessein
Ta gorge moite
Contre mon sein

Je suis belle à croquer
Fais moi un dessin
Vert de terre et d'orages
Comme l'été recouvert de nuages
Je m'enrage
Tu t'arranges
Je m'arrache
Tu m'ensonges

Mes joues s'orangent contre ton lobe
Je pertinence tes flancs exquis
Je perds le sens de c'que tu dis
Étoile filante dans un cirque
Tissant les constellations propres
Que tu t'amuses à me montrer
Quand j'amenuise les doux leurres
Qui ondent le ciel de nos lundis.

Dis-moi
Dix mots
Dimanche
Dans si longtemps
Que tu seras argenté et moi striée ;
A nous deux la voie lactée

mardi 28 août 2018

L'art Brut. // Les derniers paragraphes.

   « On s’est souvent étonné du fait que tant de pensionnaires d’hôpitaux psychiatriques se mettaient subitement à dessiner, sans avoir généralement aucune formation artistique, et en faisant preuve parfois de dons insoupçonnés. Pour être exact, il faudrait dire qu’ils recommencent à dessiner, puisqu’ils ne font que renouer avec une activité enfantine universelle. Il ne s’agit donc jamais que d’une interruption de la pratique du dessin. Mais alors, ne devrait-on pas plutôt s’étonner de ce que cette interruption soit définitive chez les individus ‘normaux’ ? A-t-on seulement essayé d’expliquer le tarissement général de l’expression graphique vers l’age de douze ans dans les sociétés occidentales ? Ne serait-ce pas que l’activité plastique représente une ‘décharge libidinale’ incompatible avec notre mode de vie, et qu’elle appelle soit un encadrement culturel (par le ‘système des beaux arts’), soit un refoulement pur et simple ? C’est en quelque sorte la rançon que nous devrions payer pour acquérir le maniement de la pensée abstraite, la maîtrise technique, le rendement matériel, valeurs cardinales de notre civilisation.
   S’il en est ainsi, on s’étonnera moins que les individus marginaux, dont le dressage éducatif a raté, ou qui, par tempérament sont rebelles aux normes sociales, et qui sont désignés de ce fait comme anormaux – schizophrènes ou non – perpétuent ou redécouvrent une faculté d’invention sacrifiée par notre culture. La détention, plus particulièrement, est propice à la création imaginative. Elle est comparable à un demi-sommeil. Elle entraîne une désaffection sociale et un déclin du ‘principe de réalité’. Le monde ambiant cesse d’être envisagé dans un sens instrumental et laisse transparaître les investissements pulsionnels sur le fondement desquels il s’est originairement construit. » 


Michel Thévoz, L'art Brut, 1975.